Interview / Anne MBUGUJE, Présidente de la ligue nationale de boxe féminine de RDC

Anne MBUGUJE, nouvelle présidente de la ligue nationale de boxe féminine nommée depuis mars 2018

Du 18 au 28 juillet 2018 se tiendront à Alger en Algérie, les Jeux Africains de la Jeunesse. La Fédération Congolaise de Boxe y alignera ses pugilistes dont 6 femmes de la ligue nationale de boxe féminine. L’occasion pour nous de faire le point sur les activités et actions de cette ligue avec Anne MBUGUJE, sa nouvelle présidente nommée depuis mars 2018.

Anne MBUGUJE est l’actuelle directrice du Cabinet du Ministre du Budget de la République Démocratique Congo. Connue du secteur bancaire pour avoir dirigé la Banque Internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC), elle sort des sentiers battus pour investir le terrain du « Noble Art ». Gageons qu’avec cette dynamique congolaise, la boxe féminine en RDC gagnera ses lettres de noblesse. Un défi qu’elle accepte de relever assurément !

Depuis le mois de mars 2018, vous êtes la première femme a avoir été nommée Présidente de la ligue nationale de Boxe Féminine. Comment une ancienne bancaire, de surcroit directrice de Cabinet d’un grand ministère, se retrouve dans le monde de la boxe ?

Je suis une amatrice du Noble Art depuis toujours. Je pratiquais encore la boxe, il n’y a pas très longtemps, quand j’avais encore un peu de temps libre.

Ensuite, la fonction que j’occupe au sein de la ligue nationale de boxe féminine est une fonction de gestion, de management des personnes, des finances, du matériel, des infrastructures, de mon point de vue à part la matière puisqu’il s’agit de boxe, je ne m’éloigne pas vraiment de mon cœur de métier qui est celui des chiffres et du management.  Et ici, je lie l’utile à l’agréable.

Présentez-nous la ligue nationale de boxe féminine. Comment se passent  vos relations avec le Président de la Fédération congolaise de Boxe ?

La ligue nationale de Boxe féminine fait partie de la Fédération Congolaise de Boxe, son président le Général Ferdinand Ilunga Luyoyo a été élu en février dernier, il a succédé à Alidor Mbangila et moi j’ai été nommée en mars.

Nous sommes avec tout le staff technique la nouvelle équipe et nous travaillons de concert pour remettre comme Ferdinand Ilunga Luyoyo l’avait dit  lui-même lors de son élection « la boxe congolaise à un niveau international comme dans le passé ». 

D’entrée de jeu, la tâche n’est pas facile mais on va tout faire pour donner une nouvelle impulsion et changer positivement les choses.

Pour ce qui est de nos relations, nous entretenons des rapports très cordiaux, je n’hésite pas à faire appel à lui, si j’ai une question ou une préoccupation et il sait qu’il peut compter sur moi, nous formons un bon équilibre.

Et la Fédération en quelques mots ?

En ce qui concerne la Fédération Congolaise de Boxe est affiliée au comité olympique. Il y a plusieurs formations dont une vingtaine de formations féminines en RDC. 

A la ligue nationale de boxe féminine nous avons pour mission d’encourager la pratique de la boxe féminine, de communiquer sur la fonction sociale et éducative de la boxe, et  de former le personnel technique et d’encadrement.

Chaque année un championnat national de boxe est organisé en collaboration avec la ligue nationale de boxe amateur, par la fédération congolaise de boxe. Ce championnat réunit environ une dizaine d’équipes venues des différentes provinces de la RDC.

Qu’entendez-vous par « fonction sociale et éducative » de la boxe ?

La boxe comme tout sport revêt une fonction sociale et éducative. Je veux dire par là que  faire du sport est bon pour la santé, le maintient du corps, est bon pour l’esprit, épanouit et permet de mieux vivre et de se sentir bien. Le sport implique aussi un engagement, envers son club, son équipe, et de ce fait a un impact positif sur la cohésion sociale. Enfin, le sport contribue à forger une personnalité, à développer des valeurs comme le respect de l’éthique, le respect de l’adversaire, des règles, etc.

De manière plus spécifique, chez nous en RDC voir des femmes sportives n’étonne pas, elles courent, elles marchent, elles font du fitness, du vélo en salle…mais les voir sur un ring, combattre, n’est pas une chose courante. Il y a beaucoup des préjugés, on comprend qu’une femme reçoive des coups, mais qu’elle sache les esquiver et en donner, ah, cela devient étonnant voir frustrant pour une certaine opinion. Mais au-delà de ces préjugés, nous voulons sensibiliser les jeunes filles, et les femmes à cette pratique qui les rend plus combatives, courageuses, persévérantes, et leur permet de développer un sens tactique en même temps qu’un sens de l’honneur. Mais aussi leur apprend à se défendre en cas d’agression.

Et plus spécifiquement en matière de boxe féminine comment s’exprime cette fonction sociale ?

Toute pratique sportive implique toujours le corps, et dans la boxe, ce dernier est à la fois le siège, l’instrument et la cible. En l’occurrence, quand la femme boxe et notamment en Afrique cette notion du corps prend tout son sens, ce corps convoité en société par les hommes, ce corps qui peut-être un objet de honte (parce que meurtrie, ou stigmatisé), est aussi un corps que la société, l’homme veut contrôler en lui assignant un posture souvent immobile, on ne veut que la femme bouge ou évolue. Or avec la boxe, la femme congolaise pose un acte de revendication, voire de rébellion pour certains, mais elle fait intrusion, elle investit un territoire masculin, celui des pugilistes et y revendique un droit de citer !

Transposée à une réalité congolaise, cette intrusion est un acte de liberté et à chaque fois qu’une femme monte sur le ring, le ring devient une métaphore de sa vie. Que ce soit lors des entrainements ou lors d’un combat, elle combat, elle boxe d’abord pour elle, en tant qu’individu féminin, elle boxe contre les préjugés, contre l’exclusion et pour la mixité, le respect de ce qu’elle est, de qui elle…une femme. Ce sport conjugué au féminin est de mon point de vue, la meilleure illustration de ce que la femme est capable de faire, de se dépasser, de se surpasser pour oublier les regards, ceux des proches, de la société. Ce sport forge le caractère, car bien souvent les boxeuses sont des battantes. Ce sport donne ou conforter une confiance indéfectible face aux vicissitudes de la vie. Je trouve que les boxeuses ont un supplément d’âme qui le porte haut, non seulement vers la victoire pour certaines, mais pour toutes vers la dignité !

Comment comptiez-vous opérer cette sensibilisation ?

Nous avons pensé à organiser des matchs dans les collèges et lycées avec des ring gonflables. Des arbitres viendront expliquer aux élèves les règles, leurs métiers et feront une présentation de la boxe de son histoire mais aussi et surtout du rôle de la boxe dans le rayonnement de notre pays, alors Zaïre, notamment avec le match de Muhammad Ali et George Foreman au stade Tata Raphaël de Kinshasa 1974. L’idée est de les faire pratiquer le temps d’une journée la boxe pour qu’il ou elle découvre ce sport et les valeurs qu’il véhicule  afin de « combattre les clichés ».

Vous avez parlé de « remettre la boxe à un niveau international comme dans le passé » alors que le palmarès de la boxe féminine, au vu des réalités que sont les siennes, est honorable. 

J’ai repris la phrase du Président de la Fédération Congolaise de Boxe parce que je trouve qu’elle résume très bien notre projet pour la boxe Congolaise. C’est vrai que les boxeuses congolaises sont à féliciter car leurs conditions d’entrainement ne sont pas aisées. Sans faire preuve d’ingratitude, il faut noter que ce palmarès a été obtenu au niveau national et continental. A ces deux niveaux, nous avons effectivement des championnes médaillées d’or que ce soit en catégorie Coq, Léger, mi-Welter ou Moyen, il s’agit respectivement de Zalia Boleki, Sakombi Marcella, Sharufa Rachidi, Malewu.

La championne d’Afrique 2017 est une congolaise Sakombi Matshu Marcella en Catégorie Léger. Nous avons eu aussi 5 médaillées de Bronze lors de ce championnat d’Afrique qui s’était tenu à Brazzaville du 17 au 25 juin 2017 : Ndongala Rosette (Catégori Mouche), Zalia Boleki (Catégorie Coq), Ndaya Micky (Catégorie de Plume), Sharufa Rachidi (Catégorie Super Léger), Malewu (Catégorie Moyen).

Je suis convaincue que nos boxeurs et boxeuses peuvent accéder à des championnats internationaux et  c’est notre rôle au sein de la fédération et de la ligue de les encadrer en les mettant dans des conditions d’entrainement (infrastructures, matériels) idéales pour qu’ils puissent atteindre le maximum de leur capacité, combattre sur un ring international et surtout les garder en RDC car ils sont des fiertés nationaux, respectés et inspirent la jeunesse par leur combativité, courage, et persévérance.

Quelles sont les moyens dont vous disposez pour réussir à atteindre cet objectif de « remettre la boxe congolaise à un niveau international » ?

Nous avons commencé par effectuer un état des lieux, nous avons eu des réunions avec les boxeuses et le staff technique pour connaître leurs priorités, d’une part, et d’autre part, nous faisons le tour des installations et des lieux d’entrainement pour nous rendre compte des conditions d’entrainement de nos membres. Maintenant il s’agit de déterminer les priorités et d’agir concrètement. Il y a le volet financier car sans fonds, sans budget, on ne peut pas changer les choses. On va s’employer à trouver des sponsors pour compléter notre budget.

La question des finances est effectivement au centre des préoccupations. Avez-vous prévu de permettre aux boxeuses de vivre de leur pratique ?

C’est une réelle difficulté qui ne se rencontre pas seulement dans la boxe. Mais il est vrai que les boxeuses ne vivent pas encore grâce aux gains de leur pratique sportive. Les droits d’entrées pour un match qui se déroule à la FIKIN, par exemple, se situe entre 10 et 20 $, voire 2500 FC (franc congolais) quand le spectateur prend place au pourtour du ring. Même quand on organsine des Matchs dans des lieux prestigieux les droits d’entrées oscillent entre 20 et 50$.  Les recettes de ces évènements  ne sont pas suffisantes. Mais nous réfléchissons à la mise en place d’un fond social pour aider les boxeuses, et les boxeurs qui pourraient être comme des bourses octroyées mensuellement aux plus méritants du fait de leur palmarès mais aussi de leur implication ou encore de l’assiduité aux entrainements pour les motiver davantage mais aussi leur permettre de rester concentrer sur les objectifs.

Mais c’est un projet, et il faut encore en définir clairement les modalités, les conditions d’accès et les montants. Avec de la volonté, on peut changer les choses, c’est un travail d’équipe mais à notre niveau nous devons impulser des changements notables pour nos boxeuses et boxeurs.

Du 18 au 28 juillet 2018 se tiendront à Alger, les Jeux Africains de la Jeunesse et certaines de vos pugilistes y seront alignées, comment appréhendez- vous ce rendez-vous qui est en quelque sorte votre baptême en tant que nouvelle présidente de la ligue nationale de boxe féminine ?

Pour ces jeux Africains de la Jeunesse, nous avons aligné 6 boxeuses : Mbabi Tshiehusi, Muika Marie Joel, Yuma Mave, Ema Merveille, Mambuata Bevelly et Anjiga C’est la vie, elles se préparent activement pour être prêtes et donner le meilleur car ce rendez-vous d’Alger est déterminant puisque les résultats comptent pour les qualifications aux jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) qui se tiendront pour cette troisième édition à Buenos Aires en Argentine du 6 au 18 octobre 2018.

 

Propos recceuillis par Roger Musandji

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