Un oeil sur la diaspora : Freddy Mulumba KABALA, directeur associé chez Black Fahrenheit

Freddy Mulumba KABALA, directeur associé chez Black Fahrenheit
Directeur associé de l'agence de communication Black Fahrenheit, Freddy Mulumba KABALA fait parti de cette diaspora africaine vivant en France qui insiste sur une nouvelle image des africains et la promotion de ce qu'il appelle l’afrodynamisme. Depuis cinq années, Black Fahrenheit s'emploie a répondre aux besoins des entrepreneurs, des décideurs, des institutionnels qui représentent un marché avec des besoins spécifiques. 
 
Black Fahrenheit est un nom qui interpelle. D'où vient ce nom?
 
En plus d’avoir du caractère, le noir est une couleur noble qui cristallise. C’est également plus qu’un clin d’œil à cette Afrique noire à laquelle nous sommes viscéralement attachés. Fahrenheit c’est en référence au temps. A notre époque. Cela symbolise aussi une unité de mesure de l’énergie. Cette énergie qui nous conditionne au quotidien. Nous avons l’objectif et l’ambition d’influer sur notre temps non pas en spectateurs mais en étant des acteurs majeurs dans notre domaine voire au-delà.
 
Black Fahrenheit a donc pour cible l’Afrique ?
 
Vivant à Paris, c’est ici que nous avons créé notre structure. Paris est une veritable plaque tournante, un hub international. Beaucoup d’africains y vivent ou y transitent. Parmi ces femmes et ces hommes, il y a des entrepreneurs, des décideurs, des institutionnels qui représentent un marché avec des besoins dont il faut tenir compte et répondre. Pour faire court, nous vivons une époque de mobilité. Un client africain satisfait ici à Paris,  parlera de nous ou fera appel à nous pour une prestation sur le continent. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés au Burkina Faso, en Guinée Equatoriale ou encore au Kenya. Black Fahrenheit est également basé à Mayotte. C'est le plus africain des territoires Français. Avec des enjeux évidents liés à sa localisation. Un accès direct sur le continent via l'Océan Indien.
 
La communication est large, avez-vous une spécialité ?
 
L’un des premiers besoins que nous avions identifié était celui de structurer les organisations d’événements. Nous ne le dirons jamais assez mais un événement est une sortie qu'il ne faut pas rater. Il faut faire bonne impression dès la première occasion. Pour ce faire, nous avons choisi d'élever le niveau d’exigence en étant très pointilleux sur les process. Les africains n’ont plus besoin de chercher en dehors des compétences africaines pour avoir de la qualité. Black Fahrenheit, pour ce qui est de la communication, les accompagne. Le discours pouvait paraître prétentieux au début mais nous avions besoin d’une seule chance pour faire la démonstration de notre vision.  Quand l’opportunité s’est présentée, nous étions prêts. Vous vous voyez remettre les clés d’évènements internationaux tels que des forums économiques avec toute la sensibilité, la complexité et les enjeux que ça comporte, c’est là que vous sentez le challenge et le poids des responsabilités. Chez BF, l’obligation de résultat est la seule option que nous nous laissons. C’est ainsi que nous nous retrouvons à Washington pour le Believe In Africa Forum, à Malabo pour la remise de prix scientifiques du Gouvernement Équato-Guinéen et de l’UNESCO, à Bruxelles depuis 4 ans pour le “Rebranding Africa Forum“ et bien entendu à Paris sur le “Africa Development Day“. Donc pour répondre à votre question, nous sommes une agence de communication à 360° avec un très gros point fort sur l’organisation d’événements de grande envergure. C’est sur ce domaine d’expertise et plus précisément à travers nos concepts propres que nous avons forgé notre image de marque.
 
Mais BF c'est aussi du conseil en communication, par l’accompagnement de candidats aux élections et des collectivités dans leurs développements. Une partie de notre activité sur laquelle nous communiquons très peu puisque nous produisons des axes stratégiques pour des personnalités publiques.
 
Là encore c’est un challenge que nous avons su relever avec confiance. Sur notre antenne basée dans l’océan indien, nous avions identifié un besoin pour certaines personnalités et organismes publics de repositionner leur image. Le tout dans un contexte institutionnel occidentalisé mais surplombé par une structuration sociale africaine. Le résultat de nos actions ont permis à certains candidats d’accéder et renouveler des mandats électifs, à certaines collectivités de mobiliser et impacter la population sur des projets structurants, et surtout à un Président de région, de redresser et reprendre les rênes de son positionnement médiatique en créant du lien avec la population…
À l’ère du tout numérique, toute personne morale et physique doit avoir une maîtrise de son image ou d’autres s’en chargeront à son insu. 
 
Ceux qui vous suivent associent BF à un réseau, pouvez-vous en dire plus ?
 
Notre métier nous oblige à observer la société. A la voir évoluer. Il était important pour nous d’aller plus loin que les sondages et les statistiques. Nous avons imaginé des concepts de networking par lesquels transiterait notre cœur de cible à savoir, la diaspora africaine, d’étudier son ADN et d’être au plus près de ses préoccupations.  Grâce à cela nous avons atteint nos 3 objectifs majeurs: identifier les profils, prospecter nos futurs clients et créer une dynamique autour des enjeux de développement du continent Africain.
 
Pour exemple, notre concept phare existe depuis 5 ans. Basé sur un partenariat solide avec l’Hôtel Renaissance Paris Arc de Triomphe (Groupe Marriott). Un vendredi par mois, plus de 300 personnes viennent se retrouver pour échanger autour de thématiques  diverses et variées. Avec un taux de renouvellement de plus de 60% sur 5 ans. Ça fait du monde !
 
Nous voulions entrer sur le marché avec un autre standard, celui de l’Afro communication“, donc il fallait une caution morale pour le valider, et qui de mieux que les principaux concernés ? L'engouement est tel que ceux qui viennent à nos événements s’identifient comme étant de la “Communauté BF“
 
Ce sont des événements communautaires ?
 
Je sens la petite taquinerie dans votre question. Il n y’a qu’en France où le terme communauté a une connotation négative. Ou du moins, tout le monde a le droit de se réunir mais dès que des africains pour ne pas dire des noirs, s’organisent pour réfléchir sur des thèmes qui leur sont propre, c’est suspect. Mais les temps changent. Au rdv du banquet de la vie, il est important de se choisir une bonne place. Etre acteur. Pour revenir à votre question, C’est sûr que pour se sentir à l’aise dans nos événements, il vaut mieux aimer l’Afrique et les africains. Vous serez surpris de voir combien de non africains aiment notre Afrique et veulent partager une vision africaine, nous on appelle cela l’afrodynamisme. Que ceux qui ne veulent y voir qu’une communauté continuent, il y a bien longtemps que nous savons que les africains et la diaspora africaine sont un marché avec ses spécificités. L’économie que ça génère est juste colossale. A nous africains d'en avoir la maitrise.
 
Quels sont vos prochains challenges ?
 
Les entreprises ou les institutions ont besoin de communiquer et les évènements font parties de la communication. La bonne nouvelle est qu’ils ne sont plus seuls. Black Fahrenheit croit au potentiel de toutes ces structures portées par des africains ou visant le marché africain et celui de sa diaspora. Elles ont un savoir faire. Elles peuvent compter sur nous pour le « faire savoir ». Nous sommes sur de l’affinitaire avec des enjeux communs. Nous ferons le job avec un niveau d’exigence qu’ils ne trouveront nulle part ailleurs. Je reviens sur le concept mensuel que nous développons sur Paris. Nous le faisons évoluer. Nous allons plus loin dans la consolidation du réseau. Le BF EXECUTIVE NETWORK est une plateforme business qui centralise la dynamique afro et qui la fédère via des rencontres et des conférences. Nous voulons en faire le RDV et le point de carrefour incontournable de la diaspora africaine mais aussi afro. L'ouverture vers les afro antillais, afro-américains, afro latinos est nécessaire. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir créer des liens avec le continent africain.
 
Parlez nous un peu de vous ? D’où venez vous ?
 
Je vais faire simple. Je vis en France. Mon esprit est donc Français. Je suis né à Kinshasa. Mon cœur est congolais. Je tire mes racines du lac Munkamba. Mon  âme est kasaienne et je suis impreigné de la philosophie humaniste “Ubuntu“. Je suis la somme de tout ça. Un panafricain convaincu. Mon père était diplomate. Il a travaillé à l’UNESCO et a beaucoup œuvré pour la sauvegarde et la préservation de la nature dans le monde. J'y suis très sensible. Enfant j’ai vécu au Kenya, puis au Sénégal. Apres mon BAC, obtenu en France, j'ai fait mon cursus universitaire aux USA, suivi d’une école de journalisme à Paris.
 
Quelle est votre attache avec la RDC ?
 
Je suis très attaché à la RDC. Ce que je vais dire n’est forcement pas neutre mais je ne sais pas s’il existe sur terre meilleur endroit. Ce pays est écologiquement béni. Et les gens sont d’une vitalité et d’une créativité incroyables. Mais….
 
Mais ?
 
La jeunesse compte pour ¾ de la population. Les jeunes sont le Congo de demain. Je déplore un manque de vision et une absence de projet dont la jeunesse serait le cœur, la priotité. Demandez à un jeune congolais ou à une jeune congolaise de 18 ans où elle ou il se voit dans 1 an. La réponse est désolante. Quand la jeunesse entière d'un pays ne rêve plus, ca revient à attendre d'un corps qu'il bouge alors qu'il est presque totalement anesthésié.
 
A qui la faute ?
 
Je ne parlerai pas en terme de faute mais de responsabilité. Si la tête ne fonctionne pas, le corps ne suivra pas.
 
Envisagez vous de retourner un jour au Congo ?
 
J’en rêve ! Individuellement et avec Black Fahrenheit. Il y  a des réalisations que j’aurais aimé mettre au crédit de la RDC. J’ai l’intime conviction que je peux beaucoup apporter à mon pays mais mon pays ne veut pas de moi. Le Congo a fait de ma famille et moi des SDF. Et je pèse mes mots. Je ne rentrerai pas dans les détails mais quand vous avez une maison achetée par vos parents en 1974 qui a été spoliée et occupée depuis 2013 par une femme affirmant qu’elle lui aurait été donnée. 14 années de procès qui nous ont à chaque fois donné raison. Mais rien ne bouge parce que c’est voulu. La situation est juste surréaliste et ubuesque. J’ai vu ma mère en larme à la télévision nationale. Implorant que justice lui soit rendue. Des connaissances et des amis qui lui ont tourné le dos. Seule contre un système. Je ne pourrai jamais l'oublier ! Mais on ne lâche rien. L’endurance est la signature de ma famille.
 
Effectivement c’est assez surréaliste
 
ça l’est. Mais l'exemple de ma famille est loin d'pas isolé. Les biens mal acquis, comme la justice à deux vitesses ou, le système d’éducation chaotique etc… sont des enjeux ou des challenges que la RDC doit relever. Je fais confiance au temps. Nous y sommes tous soumis. Rien n’est figé dans la vie…. Entre temps on se rend utile même de loin. La diaspora c'est l'Afrique en dehors du continent. Elle représente un poids économique très important. Je compte m'y impliquer d'avantage et faire ce que je sais de mieux. Rassembler. Structurer. Organiser.
 
Votre mot de la fin ?
 
L’optimisme. Encore et toujours. Je suis un afro inconditionnel. En tant qu’agence de communication nous avons un rôle important à jouer. Celui de raconter l’Afrique différemment. Il y a de belles histoires à raconter. Celles des trains qui arrivent à l'heure. Des collaborations entre africains qui fonctionnent. Plus que jamais les plus jeunes qui nous regardent doivent trouver en nous de l'inspiration. Et cela commence par le regard que nous portons sur nous même. Pourquoi ne pas s'appuyer sur la philosophie UBUNTU? "Je suis parce que nous sommes."
 
Nous avons tous les uns avec les autres un lien invisible qui nous engage collectivement dans la bonne ou la mauvaise direction. Il faut en être conscient. Pour finir, notre jeunesse doit se remettre à rêver. Accompagnée par des ainés bienveillants qui croient en elle et qui lui murmure que c’est possible. Si BF arrive à contribuer à ce rêve devenu possible, nous aurons réussi quelque chose de grand. Il y a pléthore de talents dans notre continent, il devient urgent de travailler main dans la main. Ensemble nous gagnerons mais UNIS nous triompherons.
 
Roger MUSANDJI