RDC: Tshisekedi en guerre contre les élus qui "manipulent" les milices

Le Président congolais Félix Tshisekedi

Le nouveau président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a lancé mardi un avertissement sans précédent aux élus qui "manipulent" les groupes armés dans l'est du pays, en les menaçant de poursuites pour "complicité d'assassinat".

L'ex-opposant, proclamé vainqueur de l'élection présidentielle du 30 décembre, s'est exprimé à Beni (est), région-martyre du Nord-Kivu où plusieurs centaines de civils ont été massacrés depuis octobre 2014.

"J'ai averti tous les acteurs qui manipulent les groupes armés. La loi va s'appliquer à eux dans toute sa rigueur", a déclaré M. Tshisekedi, qui effectue son premier déplacement dans l'intérieur du pays depuis son élection. Une tournée entièrement placée sous le signe de la lutte contre l'insécurité.

"Tous ceux qu'on arrêtera, qu'il soit député national ou provincial, pas question d'immunité. Il sera traduit devant la justice. Et il sera condamné pour complicité d'assassinat", a poursuivi le président congolais.

La veille à Goma, chef-lieu du Nord Kivu, M. Tshisekedi a réuni un conseil de sécurité. Pendant cette réunion, un responsable militaire a accusé "certains politiciens véreux" de soutenir des groupes armés, d'après le compte-rendu du ministre de l'Intérieur par intérim, Basile Olongo.

Frontalière de l'Ouganda et du Rwanda, la province du Nord Kivu est depuis 25 ans le fief de groupes armés congolais ou étrangers, principalement le FDLR hutu rwandais.

Le président a annoncé "le relèvement des troupes qui ont fait longtemps" au Nord Kivu. Il n'a pas repris sa promesse de campagne faite ici-même début décembre: "Une fois élu président, j’installerai l’État major à Goma, afin de terminer le problème de l’insécurité des groupes armés".

A Beni, les massacres sont attribués par les autorités aux ADF, historiquement des musulmans ougandais luttant contre le président Museveni et installés dans l'est du Congo depuis les années 90.

Mais un officier congolais, le général Muhindo Akili Mundos, a été accusé par les Nations unies de complicité avec un sous-groupe des ADF quand il était en poste à Beni en 2014-15.

Depuis le 1er août, la région de Beni et Butembo est aussi frappée par une épidémie d'Ebola qui a fait 814 morts selon les derniers chiffres officiels.

Le nombre quotidien de décès a fortement augmenté depuis fin mars, après les attaques contre les centres de traitement de Butembo et Katwa, à 50 km de Beni.

M. Tshisekedi a invité les habitants de Beni à suivre "les consignes" des équipes médicales anti-Ebola, parfois confrontées à des dénis de la maladie.

"Si vous ne les respectez pas, la maladie va se propager et la RDC sera mise en quarantaine et en urgence internationale (...) Nous serons coupés du reste du monde", a prévenu le président congolais qui a visité le Centre de traitement d'Ebola de Beni.

Les attentes sécuritaires ont rythmé ses précédentes étapes à Goma et Lubumbashi.

Outre les groupes armés, les habitants de Goma s’inquiètent d'une flambée de la criminalité urbaine. "Des personnes armées entrent dans la ville Goma et tuent froidement de paisibles citoyens. Ils se retirent sans être inquiétées par la police ni l'armée", a constaté le ministre de l'Intérieur par intérim Basile Olongo.

A Lubumbashi le week-end dernier, le président avait "constaté un déficit criant d'encadrement des hommes" de l'armée et de la police.

Il s'agit de la première tournée dans l'intérieur du pays du président Tshisekedi, qui avait multiplié les déplacements à l'étranger depuis son investiture le 24 janvier.

Depuis son investiture, M. Tshisekedi n'a toujours pas formé de gouvernement, et travaille soit avec des ministres de l'ancienne équipe du président Kabila, soit avec des intérimaires.

Il n'a pas non plus procédé à des réformes majeures au sein de l'appareil sécuritaire, à part un changement à la tête de l'Agence nationale de renseignements (ANR).

Le président est lié par un accord politique avec les pro-Kabila qui contrôlent le Parlement, les assemblées provinciales, une majorité de poste de gouverneurs et l'appareil sécuritaire.

Autre candidat de l'opposition, Martin Fayulu revendique la victoire à la présidentielle, et qualifie M. Tshisekedi de "marionnette" de M. Kabila.

Avec AFP