Les 37 ans de pouvoir de Paul Biya vus par les journaux camerounais

Le président Paul Biya

La célébration des 37 ans de pouvoir de Paul Biya est le principal sujet commenté par les journaux camerounais parus ce mercredi.

«Par un matin de novembre», commence Signatures : «Pour la première fois de son histoire, le Cameroun s’apprêtait à changer de président. Une ambiance teintée de stupeur et d’interrogations a enveloppé le pays depuis la démission le 4 novembre au soir d’Ahmadou Ahidjo son premier chef d’État. Et puis le 6 novembre, c’est une explosion de joie suite à la prestation de serment de Paul Biya, le nouveau président.»

37 ans plus loin, ce jour aurait dû être celui de la fête pour tous les compatriotes épris de paix et d’unité nationale, rappelle Essigan, regrettant que le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) ait décidé d’en faire son affaire en excluant les autres forces sociopolitiques des festivités.

«6 novembre 1982-6 novembre 2019 : 37 ans, trois grands souffles rebelles», titre Intégration : entre les deux bornes du règne de Paul Biya, quelques personnalités politiques ont donné du tournis à son régime.

S’arrêtant simplement à l’an I du septennat actuel, Mutations évoque un bilan mitigé : le gouvernement a certes poursuivi la réalisation de certains projets d’infrastructures, mais le retour de la paix, priorité des priorités du chef de l’État, n’est pas effectif, de même que la relance de l’emploi.

Un an après avoir prêté serment, renchérit Le Messager sous le titre «Paul Biya, la force de la stagnation», le chef de l’État, acculé de toutes parts, est incapable de tenir ses promesses particulièrement sur le plan de la gouvernance.

«Le Cameroun est économiquement paralysé et à genoux», acquiesce, dans les colonnes de Le Quotidien de l’Économie, son ex-conseiller en la matière Christian Penda Ekoka, passé avec armes et bagages dans l’opposition. «Il faut changer les institutions politiques», insiste-t-il dans Le Jour.

Interrogée par Le Jour, l’avocate et leader des droits de l’homme Alice Nkom se déchaîne littéralement, traitant le régime du «Renouveau» de «cancer» : «La régression de tous ces concepts, de toutes ces valeurs démocratiques est dramatique. Ils ont été mis sous le boisseau par le président de la République, pour qu’il soit le seul maître. Et pas un simple maître, mais dieu, et nous en sommes là ! Il a le pouvoir absolu, c’est lui qui distribue les libertés à qui il veut et comme il veut à travers le dispositif qu’il a mis en place. Vous savez, quand vous avez construit quelque chose pendant 37 ans, c’est que vous avez marqué pendant longtemps un être humain ; cela laisse des séquelles. En 37 ans, ce président a durablement marqué le mental et l’avenir du Camerounais. Il y a des gens à qui Paul Biya fait croire qu’il est le meilleur.»

C’est un tout autre dirigeant que présente pourtant Tribune d’Afrique, un «jeune homme de 86 ans» à qui le temps a certes laissé quelques rides sur le visage, mais qui tient toujours le gouvernail du Cameroun d’une main de fer dans un gant de velours. Entre réussites et échecs, le pays est resté debout.

À la vérité, ose, le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune, après 37 ans de Renouveau, Paul Biya est resté le même et son objectif inchangé : «Le décollage économique et la prospérité du Cameroun restent la préoccupation majeure du président de la République», en dépit d’un contexte socio-économique et sécuritaire pas toujours favorable.

Bien des avancées ont été enregistrées, reconnaît The Guardian Post. Beaucoup de ces changements, au plan politique particulièrement, sont survenus parfois au prix de la vie de compatriotes dont des anglophones sans qui il n’aurait certainement jamais pu aller aussi loin. Une communauté culturelle qui, soupire le quotidien à capitaux privés de langue anglaise, reste frustrée et, depuis plus de trois ans, est plongée dans une violente crise sécessionniste.

Avec APA