Juvenal Munubo : "la Ceni veut éloigner l'espoir de l’imminence des élections en RDC"

Le député national congolais, Juvenal Munubo

La RDC ne pourra organiser les élections prévues en 2017. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé avoir besoin de 504 jours après la fin de l'enrôlement des électeurs pour réussir sa mission. Impossible pour l'opposition congolaise d'accepter la "provocation" du président de la CENI, Corneille Nangaa.

 Alors que plusieurs députés ont choisi de boycotter les séances plénières de l'Assemblée nationale, le depute Juvenal Monubo, membre de l'Union nationale pour le Congo (UNC), a choisi de continuer le combat au sein des institutions et "respecter le mandat que lui a donné le peuple." Monsieur Monubo plaide pour l'union de l'opposition et s'interroge sur la réussite de l'application de l'article 64 de la constitution qui donne le pouvoir au peuple de "faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution.  Oeil d'Afrique : Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé un besoin de 504 jours après la fin de l'enrôlement pour organiser les élections. Ce qui conduit à un glissement jusqu'en 2019. Quelle est votre réaction ? Juvenal Munubo : c'est une chose qui ne devrait pas surprendre outre-mesure la classe politique. Il n'y a pas de volonté du côté de la Ceni, ni du côté du pouvoir et il n'y a pas suffisamment de volonté du côté du parlement. En juin dernier, j'avais sollicité une session extraordinaire du parlement pour discuter de la loi électorale, du rapport annuel de la Ceni, de la loi sur le CNSA. Mais ma requête n'avait pas été soutenue. Il y a comme une sorte de convergence de manque de volonté pour aller aux élections. L'intention pour le pourvoir de continuer le glissement existe depuis longtemps. Rien de tout cela est une surprise. La CENI qui est l'organe technique devant organiser les élections se trompe dans sa volonté de prendre le temps nécessaire afin d'organiser des élections qui ne seront pas sujets à des contestations ? Il y a une exagération au niveau de la CENI. Nous convenons que l'organisation d'élections dans un pays vaste comme la République démocratique du Congo est un processus assez délicat. Mais il y a une exagération. Il y a des étapes que la CENI peut comprimer ou fusionner. Corneille Nangaa n'est pas en mesure de nous situer sur la fin de l'enrôlement. Alors parler de 504 jours après l'enrôlement nous est difficile à comprendre. C'est un moyen pour Nangaa d'éloigner l'espoir de l'imminence des élections.  Peut-on encore organiser les élections avant la fin de l'année ? A un moment donné, il faudrait que l'on se décide. Il faut lever les options. Il est clair qu'il sera difficile d'organiser trois élections avant la fin de l'année. Mais c'est facile d'en organiser une. La présidentielle. Pour cela, il faudra faire consensus. Malheureusement, j'ai du mal à voir cette personne qui jouit de la pleine confiance dans la classe politique pour appeler les uns et les autres.  Comment expliquez-vous les échecs qui suivent les accords entre le pouvoir et l'opposition ? Lorsqu'on organise des dialogues à répétition, cela démontre le manque de sérieux. Car, si tout le monde faisait correctement son travail, si chaque institution travaillait avec le sens du devoir, on n'organiserait pas de dialogue. L'exemple de la présence de la Monusco dans ce pays démontre notre incapacité à avoir un système de sécurité efficace. Lors de ces dialogues, les agendas sont divers. Il y a ceux qui viennent pour fragiliser l'opposition. Raison pour laquelle, à chaque dialogue, il y a eu débauchages. Il y aussi ceux-là qui viennent dans le but d'obtenir un poste. C'est cela notre grand problème. Dans tout cela, on oublie la situation critique dans laquelle est le peuple. Certains leaders de l'opposition parlent d'appliquer l'article 64 alinéa 2 de la constitution pour faire partir monsieur Kabila du pouvoir. Il faut être en mesure de l'appliquer. Il est facile de le dire, mais sommes-nous en mesure de le faire ? Ceux qui pensent le faire doivent avoir en tête qu'en face il y a un appareil de répression. Le préalable serait que l'on se rassembler. Toute l'opposition doit s'unir. L'opposition est trop disparate avec des groupes ici au Congo et d'autres à l'étranger. Nous devons nous mettre ensemble et définir les moyens de lutte ou de pression. Parce ce que nous avons en face un pouvoir qui refuser de partir. D'aucuns, pense que les députés de l'opposition devraient quitter l'Assemblée nationale et ne plus siéger.  J'utilise ma fonction pour faire le contrôle parlementaire. C'est parce que je suis député national que j'ai pu ouvrir le dossier sur les passeports semi-biométriques. Je viens de déposer une motion de défiance contre le vice-premier ministre en charges des affaires étrangères. Je ne crois pas que l'on peut être un acteur efficace si je renonce au mandat que le peuple m'a donné bien que nous ayons dépassé le délai. Celui boycotte les sessions parlementaires, demande tout est son contraire. Il souhaite l'alternance, mais s'abstient d'apporter sa contribution comme député.  Propos recueillis par Roger Musandji