Interview : Francis Mvemba, des affaires à la politique

Francis Mvemba, Président du parti congolais Parti Émergence du Congo (PEC)

Il est né à Kinshasa en République démocratique du Congo. Arrivé en France à l'âge de 6 ans, il grandit à Corbeil-Essonnes, dans la banlieue parisienne. Il s'essaie au football, il évolue en CFA avec Viry-Chatillon mais à cause d'une blessure (le ménisque), il est obligé d'abandonner ses rêves de jouer au plus haut niveau. De sa première entreprise de livraison au succès dans le monde des affaires, Francis Mvemba le résume en un seul mot "le travail". À 35 ans, Il se présente comme un homme d'affaires ayant réussi sa vie professionnelle.  Aujourd'hui, Francis Mvemba a accepté de répondre aux sirènes de la politique. Il a donc crée le Parti Émergence du Congo (PEC). Une nouvelle aventure qui semble ne pas le faire douter sur son issue. Interview. 

Votre parcours reste une énigme pouvez-vous le résumer en cinq dates ou événements clés?

Tout d'abord ma naissance au Congo, suivi de mon arrivée en France, mon retour au Congo quelques années plus tard, puis mon premier contrat minier et enfin je dirais les dates de naissance de mes enfants.

Vous êtes à la tête de plusieurs sociétés. Quelle est l'activité principale de Francis Mvemba? 

Je suis un homme d’affaire africain atypique. J’aime faire les choses proprement, c’est plus long, plus difficile, mais je construis et j’avance chaque jour. Principalement du négoce de matières premières et de la valorisation d’assets de ressources naturelles ( mines et hydrocarbures ) puisque je suis co-propriétaire d’une technologie d’exploration. 

Si vous ne deviez garder qu'une activité, laquelle choisiriez-vous? 

Certainement celle de servir mon pays, c’est celle qui me motive le plus. Depuis que j’ai créé mon parti, le PEC, je mesure la lourde responsabilité que j’ai et j’ai fait le choix de tout sacrifier pour être au service des Congolais. 

Il y a –t-il un élément précis de votre vie qui vous a poussé à devenir un entrepreneur?

La faim. Je ne suis pas issu d’une famille aisée, j’ai grandi avec bon nombre de nos frères africains qui avaient eux aussi l’ambition d’améliorer leur condition et celle de leur famille. Pour nous tous il n’y avait pas tellement d’opportunités. Certains ont voulu prendre des raccourcis et ont du en payer le prix, d’autres n’ont jamais eu l’opportunité de leur vie. De cette période, j’en ai retenu cette volonté de réussir, en travaillant, simplement.

Quelles étapes avez-vous franchies pour en arriver où vous en êtes aujourd’hui?

Comme je l’ai dit, le travail, c’est le moteur principal. Mes frères doivent comprendre ça. Les étapes, c’est tout d’abord de se retrouver père des mon jeune âge. Cela vous oblige a être responsable. Après, ce qui m’a fait certainement franchir une nouvelle étape, c’est de ne jamais avoir trahi mes valeurs et mes partenaires. Au bout du compte, ça paye. Année après année, votre réputation d’être un homme fiable vous précède, elle vous ouvre des portes et vous permet de construire des amitiés de grande valeur. 

A quoi ressemble une journée type dans la peau de Francis Mvemba ?

Tout d’abord je dois dire qu’il n’y a pas une journée sans prière. D’une façon plus matérielle, j’aime bien commencer ma journée par une revue des informations africaines. Ensuite, j’ai tout les jours des rdv et mes activités politiques qui me prennent la plus grande partie de mon temps. Le reste du temps je le consacre a ma famille quand j’en ai la possibilité.

Quels sont les difficultés que vous avez rencontré lors du lancement de vos sociétés?

Comme tout les africains qui font des affaires, la principale difficulté, ce sont les préjugés auxquels il faut faire face. Le racisme, toujours présent quel qu’en soit la forme, le risque opérationnel du pays, le risque de réputation. Il faut rester prudent, courageux, et mettre des garde-fous à chaque étape afin de pérenniser son business model.

Au bout de combien de temps avez-vous réussi à embaucher les premiers membres de votre équipe ?

Cela a été assez long, je préfère répondre à cette question en disant que cela fait 7 ans que l’équipe est la même, solide, compétente et réactive. Et depuis quelques mois nous avons su nous entourer de plusieurs personnes clefs pour notre communication et notre campagne, dont une plus particulièrement que je considère comme une grande sœur et qui a une expérience de plusieurs campagnes sur le continent africain. 

Peu d"informations concernant vos activités sont disponibles. Comment réussissez-vous à démontrer la transparence de vos entreprises?

Cette question est intéressante car elle est symptomatique de la société dans laquelle on vit. Je m’explique. Quand un jeune entrepreneur réussit, le premier réflexe qu’on a inconsciemment c’est de se dire, c’est louche, il faut gratter ce qu’il y a vraiment dessous. Je trouve cela injuste. C’est un réflexe qui tire les jeunes entrepreneurs vers le bas, qui les démotivent même.

Ceci dit, je respecte la position de ceux qui estiment qu’un homme publique/politique ait une obligation de transparence sur ses activités rémunératrices. Ce que je peux vous dire, c’est que toutes mes activités sont légales, et que plus je me rapproche des responsabilités politiques, plus je m’éloigne du monde des affaires. Ceci pour éviter les éventuels conflits d’intérêt. Je n’ai quasiment plus de mandat d’administrateur de société, j’ai même récemment démissionné de certains postes. Je sais que les détracteurs se feront un plaisir de me critiquer si je n’ai pas un profil respectable et sans compromis. 

La RDC compte environ 477 partis. Pourquoi créez-vous un autre mouvement politique?

J’ai essayé de m’intéresser à plusieurs d’entre eux, après tout, pourquoi ne pas faire partie d’une équipe déjà existante si celle ci veut travailler pour l’émergence du Congo. Mais après quelques rendez-vous et cessions de travail, j'ai compris que nos objectifs sont divergents.

La création de notre parti fait suite à une longue réflexion et à un travail avec des experts indépendants afin d'établir un programme politique fiable. Nous avons eu une réflexion globale sur l’avenir de notre peuple et de notre Nation. Nous avons quantifié et structuré l’ensemble des mesures phares de notre programme qui définissent l’émergence de notre pays, sans oublier, la jeunesse, l’économie, la sécurité, la justice, l’éducation, les transports, l’emploi, la culture, notre position dans la sous-région et dans le monde. 

Quelle personnalité (s) politique(s) vous inspire (nt)?

Avant de vous répondre sur les personnalités qui m’inspirent, ce qui me guide dans mes actes et dans mes choix, c’est ma foi chrétienne. Quand on parle de politique, lisez la bible – Esaïe 60, et vous comprendrez un des fondements de mon inspiration.

Si on parle des personnalités qui ont marqué mes convictions, j’ai hérité bien sûr de tout ceux qui ont lutté pour la liberté, contre l’esclavage et tout type de soumission de l’homme noir. Je suis congolais, je suis noir, je retrouve mes pères dans des anciens leaders qui ont marqué l’histoire comme Nelson Mandela ou notre héros national Patrice Lumumba. Mais également je pense à Aimé Césaire et à Léopold Sédar Senghor qui ont assis le sujet de la négritude. En ce qui concerne nos contemporains, je regarde avec intérêt ce que fait Mohammed VI dans sa pratique d’une  gouvernance ambitieuse et d’une vision panafricaine, mais aussi d’autres, dont on parle moi  ns mais qui sont des exemples de travail et d’intégrité : je pense au mathématicien et ancien ministre Saliou Touré, je pense aussi à d’autres acteurs de la société civile comme le Dr. Bénédict Oramah d’ Afreximbank, ou également Tony Elumelu. Nous avons besoin de ces leaders, de ces forces vives qui nourrissent l’Afrique.

J’aimerais aussi profiter de cette question pour exprimer mon profond respect pour tout ceux qui, bien loin de ces hautes sphères politiques et financières, me donnent une autre forme de motivation dans ce que je veux accomplir pour notre pays, pour notre peuple.

Tout ces gens que je vois, tant à Kinshasa qu’en province, du simple marchand d’eau dans la rue au Directeur de banque,  et qui a force de travail et de volonté arrivent à subvenir aux besoins de leur famille. Chaque jour, ils bravent les difficultés, les crises du pays tant politiques qu’économiques, ce sont eux ma vrai motivation. Notre peuple, si le dessin de notre nation est claire, sait se lever et faire avancer le pays et c’est notre devoir de nous mettre au service de la RDC pour que le Peuple et l’Etat, garant de nos institutions, restent unis et accèdent à la condition qui leur ait due…

Votre mouvement sera t-il membre de la majorité présidentielle ou un parti d'opposition?

En ce qui concerne notre position sur l'échiquier politique, nous n'allons pas faire usage d' anciennes méthodes. Nous avons une autre grille de lecture qui nous fait dire que nous ne sommes ni de la majorité présidentielle, ni de l'opposition. Notre mission principale est de servir nos concitoyens.

Il faut que nous réussissions à écarter les candidats aux interêts personnels de l'espace politique congolais. Nous devons sortir de la politique politicienne qui n'a d'autres buts que le fameux "hôte toi de là que je m'installe". 

La richesse humaine et celle du sous-sol congolais n'est pas contestable. Mais pour emmener notre pays à connaître des avancés sur les questions économiques et sociales, le Congo a besoin d'un vrai capitaine à sa tête. Nous n'avons plus le droit de continuer à être les champions dans la descente aux enfers. 

Vous savez, ce qui intéresse les congolais, mes compatriotes, ce n’est pas qui est pour ou contre la majorité présidentielle, mais  comment ils vont manger aujourd’hui et si possible demain. Je me rappelle une citation de Platon, le philosophe, qui évoque sans le savoir, notre peuple, notre culture : « Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique. » Malheureusement, nos politiciens n'écoutent plus la musique du peuple congolais depuis trop longtemps !

Laissez moi vous dire une chose, tant que chaque action politique crée de l’emploi pour nos frères, tant que chaque tentative fait prospérer notre société et améliore la condition de ceux qui vivent au Congo, jamais je ne m’y opposerais, je serais là, vigilant, et prêt à apporter mon soutien.

Seriez-vous candidat? Pour quelle élection?

Tout Parti politique n’a de vocation que si il est amené à exercer le pouvoir. Je suis Président du PEC, avec pour objectif d’exercer cette responsabilité politique pour mon pays. 

Finalement, si vous deviez vous présenter en une phrase. Que diriez-vous?

« Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse… » Nelson Mandela.