Coronavirus : Vers un moratoire sur la dette des pays pauvres

 Vers un moratoire sur la dette des pays pauvres

Comment aider les États les plus vulnérables à franchir le cap de la crise du coronavirus ? En suspendant le remboursement de leur dette.

La France a obtenu de ses partenaires, dans le cadre du Club de Paris et du G20, un moratoire du service de la dette des pays les plus pauvres en 2020, mais pas d’annulation de leurs créances.

Sur le service de cette dette qui représente un total de 32 milliards de dollars pour les 76 pays éligibles, dont 40 situés en Afrique subsaharienne, la France "a obtenu le moratoire au niveau des créanciers bilatéraux (12 milliards) et des créanciers privés (8 milliards), soit un total de 20 milliards de dollars" , a précisé, mardi 14 avril, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire.

"Il reste 12 milliards de créances multilatérales dont une grande part de la Banque mondiale. Nous souhaitons qu’elle se joigne aussi à ce moratoire" , a-t-il ajouté en indiquant que, pour des raisons techniques , il y avait aujourd’hui encore un débat au sein de cette institution.

Une Afrique très endettée

En une décennie, la dette publique africaine a doublé. Selon la Banque Mondiale, elle atteint aujourd'hui 365 milliards de dollars dont 145 milliards sont dus à la Chine. Mais cette dette est fragmentée et en grande partie détenue par des investisseurs étrangers, ce qui complique la donne. En février dernier, l'agence Ecofin soulignait déjà qu'entre 2008 et 2018, la dette publique moyenne des pays africains était passée de 38% à 56% du produit intérieur brut (PIB) du continent, citant les perspectives économiques pour 2020 de la Banque africaine de développement (BAD). Et la BAD s'alarme d'autant plus que les taux d'intérêt s'envolent : de 4% en 2013, ils sont passés à 12% en moyenne quatre ans plus tard. Ce qui augmente considérablement le coût de remboursement des emprunts.

Concernant l'Afrique subsaharienne, la dette peut être répartie en trois grands ensembles, nous explique François Bourguignon, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale. "Il y a des bailleurs de fonds bilatéraux (les pays souverains), les organisations multilatérales type Banque Mondiale, Fonds Monétaire international (FMI) ou Banque africaine de développement et le troisième tiers est entièrement privé. Cela peut être des prêts contractés auprès de banques commerciales mais cela peut aussi être des émissions de bons sur les marchés internationaux faits par les pays eux-mêmes comme c'est le cas depuis une dizaine d'années. Ces bons sont achetés par des compagnies d'assurance, des fonds de pension, des particuliers...." Il sera sans doute difficile d'obtenir de ce dernier tiers une annulation pure et simple de la dette.

Le poids de la Chine dans la dette africaine

Le soutien de Pékin est indispensable. Le Ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, a déjà fait savoir que la Chine soutenait l'approche française. C'est une avancée majeure car le pays est le principal bailleur de fonds de l'Afrique. "Pékin prête à des taux d'intérêt en général plus faibles que celui des autres prêteurs, voire nuls", précise l'économiste Jean-Marc Siroën, auteur de "Mondialisation à la dérive. Europe sans boussole."

La contrepartie de ces taux défiant toute concurrence ce sont "des engagements forts des gouvernements en matière d'importations en provenance de Chine, en garantie d'approvisionnement de la Chine en matières premières et l'acquisition d'actifs (infrastructure, gisements miniers...)".

Quant à savoir si on peut annuler purement et simplement la dette africaine la réponse est complexe. Pour les deux tiers de la dette, on l'a compris, il s'agit du bon vouloir des pays souverains et des institutions mais pour le tiers restant (les investisseurs privés) : "On ne négocie pas avec les marchés", rappelle Jean-Marc Siroën. Lorsque le FMI avait décidé d'effacer la dette d'une quinzaine de pays africains en 2006, le rapport n'était pas le même. Depuis, la part des investisseurs privés en Afrique a explosé ces dernières années. 

Pour François Bourguignon ce qui compte dans l'immédiat c'est de transférer des moyens de paiement aux pays africains. "Le vrai problème c'est de trouver pour ces pays-là des facilités de paiement rapidement. En cela la proposition de la Commission européenne de débloquer 15 milliards d'euros pour aider les pays les plus vulnérables face à l'épidémie du Covid-19 semble être la meilleure solution", conclut-il.