Congo - Message à la Nation : pour l’ACB-J3M, Sassou est égal à lui-même

Le président Denis Sassou Nguesso

Ils n’ont pas voulu réagir à chaud, non. Les membres de l’ACB-J3M (Actions pour le Congo-Brazzaville avec Jean-Marie Michel Mokoko) ont pris le temps de décortiquer le Message de Denis Sassou-Nguesso sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en Congrès, ce mardi 17 décembre. Leur sentiment ? Un discours creux. Comme à l’accoutumée. Et ils l’ont fait savoir dans un Communiqué de presse, publié ce jeudi 19 décembre. Décryptage.

C’est un exercice adoré de Sassou. Un instant unique - où tous les parlementaires lui rendent hommage -, que le président du Congo attend ou vit avec une faim de fauve. D’ailleurs, l’homme du 05 février 1979 n’a pas manqué de légitimer ce désir en convoquant l’une de ses Constitutions, celle « du 25 octobre 2015 qui prescrit au président de la République de dresser l’état de la Nation à la fin de chaque année, devant le parlement réuni en congrès ». Mais cela n’a pas suffi à convaincre l’ACB-J3M qui, dans son Communiqué, «exprime sa plus grande tristesse en réaction (au) discours creux du président autoproclamé du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso ». Et d’enfoncer le clou : « Personnalité antisociale et cynique, D. Sassou-Nguesso s’est livré, comme à l’accoutumée, à une allocution digne d’une comédie de mauvais goût, loin des préoccupations des Congolais. »

Pour l’ACB-J3M, Sassou est resté égal à lui-même : il a fait montre d’une vacuité complète. Et de quelques contradictions criardes. Illustration : « La paix repose aussi sur l’Etat de droit qui consacre la séparation des pouvoirs et le respect des droits de l’homme. Notre justice se veut indépendante. Les magistrats officient et prononcent leurs verdicts au nom du peuple congolais. L’évocation de certains repères le confirme à suffisance. En rappel, les résultats du passage de notre pays à l’Examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, en novembre 2018 à Genève, sont incontestables », s’est auto félicité Sassou. Mais la « Séparation des pouvoirs » ne suffit pas, comme le souligne Benjamin Constant, corrigeant Montesquieu. Il faut au préalable définir les limites de l'Etat. Quelles sont les limites de l’Etat congolais, en sachant pertinemment que l’Etat, c’est Sassou ; et que Sassou, c’est l’Etat ? « En grand manipulateur de la Communauté internationale, Denis Sassou-Nguesso déclare sans honte que le Congo-Brazzaville est partie prenante des Conventions internationales, alors qu’aujourd’hui le pays est une prison à ciel ouvert : la Justice est à ses ordres, les droits fondamentaux des citoyens sont bafoués, la torture est monnaie-courante, etc. Ses opposants politiques et son principal rival, le Général Jean Marie Michel Mokoko, eux, croupissent toujours en prison. La corruption et l’impunité gangrènent les institutions de la république », énumère l’ACB-J3M.

Dans son discours, toujours selon l’ACB-J3M, Sassou s’est défaussé. Pour lui, en effet, le Réchauffement climatique est seul responsable des inondations et éboulements qui ravagent Brazzaville et d’autres villes du Congo. De la même manière qu’il impute obstinément le chaos économique à la chute du prix du baril de pétrole. Et sa mauvaise gouvernance ? Et ses magouilles ? « En quarante ans de règne absolu, Denis Sassou-Nguesso a été incapable d’approvisionner ses populations en eau potable, dans ce pays pourtant entouré de nombreux cours d’eau. Il n’y a pas d’électricité, ni de connexion internet. La majorité des jeunes est sans emploi. Le pouvoir d’achat des Congolais s’est décru avec l’irrégularité des versements de salaires, pensions, retraite et bourses des étudiants. (…) Par sa gouvernance clanique, mafieuse et moyenâgeuse, il a soigneusement organisé la pénurie des denrées alimentaires, systématiquement détruit le système éducatif et sanitaire, à tel point que la moyenne de l’espérance de vie des Congolais à la naissance a baissé, avoisinant actuellement la quarantaine », constatent les membres de l’ACB-J3M, avant de conclure que « conscient d’avoir ruiné les Congolais et confisqué toutes les richesses du pays, Denis Sassou-Nguesso redoute manifestement le sort qu’ils lui réservent au moment de sa chute ».

Quant à son projet de « fonds bleu pour le bassin du Congo », il ne s’agit là que d’une « manœuvre d’escroquerie à grande échelle pour récolter des fonds au profit de sa famille, et priver ainsi les Congolais de leurs terres en hypothéquant les ressources naturelles pour plusieurs décennies, et par ricochet mettre en péril l’avenir des générations futures ». Depuis quand a-t-il réalisé une bonne oeuvre ? En fait, estime l’ACB-J3M, « Denis Sassou-Nguesso reste et restera le mal du Congo ». Et que les Congolais, de toute évidence, n’attendaient rien de son allocution.

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