Patrick Mbeko : "je suis pour la double nationalité en RD Congo, mais à certaines conditions."

L'opposant congolais Moïse Katumbi lors du lancement de son mouvement politique "Ensemble pour le changement"

La question de la double nationalité est trop importante pour être traitée à la légère comme le font certains compatriotes. Surtout quand on sait ce que cette légèreté nous a coûté et nous coûte encore aujourd'hui. Personnellement, je suis pour, mais à certaines conditions.

Il y a des fonctions qui doivent être « sanctuarisées », et l’on devrait en aucun cas accepter que des gens détenant la double nationalité puissent les occuper. C’est notamment le cas de la présidence de la République, de la primature, de la direction des services de renseignement et des rangs supérieurs au niveau de l’armée. Ces postes délicats ne doivent être réservés qu’à des Congolais d’origine de père et de mère. Si ceux-ci détiennent la double nationalité, ils doivent renoncer à la seconde avant de prétendre à quoi que ce soit.

En effet, ce n’est pas parce qu’on est congolais d’origine qu’on a le droit d’occuper n’importe quelle fonction en RDC. NON.

Les États-Unis, par exemple, reconnaissent la double nationalité, mais ne l’encouragent pas « en raison des problèmes qu’elle peut poser » dit le Département d’État. Des agences comme la CIA, la NSA... voire même le département d’État refusent d’employer les binationaux pour protéger la sécurité du pays et éviter tout conflit d’intérêt. Quand on veut postuler à la présidence ou à d’autres postes importants, on se soumet à un « Yankee White Security Clearance », une vérification très poussée des antécédents judiciaires du candidat, qui ne doit détenir que la nationalité américaine, y compris certains membres de sa famille proche. Ça nous donne une idée de l’importance que ces gens accordent à certaines fonctions stratégiques.

Mais chez nous, cela ne semble pas être le cas. Les questions importantes sont traitées avec une légèreté affligeante, et ce, à tous les niveaux. On assiste à des débats de bas étage dans lesquels on perd un temps fou à vouloir défendre son candidat, son leader, son ami, son frère ou on ne sait qui ! Parfois on se perd; on ne sait pas faire la différence entre les «intellectuels», les professeurs d’université, les journalistes… et les «cerveaux malades » quand vient le temps d’aborder certaines questions essentielles. Tout se résume aux accointances des uns et des autres. Les intérêts du pays ne comptent pas, et c’est vraiment pathétique !

 

Patrick Mbeko