Le panafricanisme : les raisons de son échec sur le sol africain

 La gigantesque statue de Kwame N’krumah au Ghana

LE PANAFRICANISME N’A PAS ATTEINT LES NEUFS OBJECTIFS DE SES DÉBUTS, À SAVOIR : L’AFRIQUE AUX AFRICAINS, LES ÉTATS-UNIS D’AFRIQUE, LA RENAISSANCE D’UNE MORALE ET D’UNE CULTURE AFRICAINES, LE REMPLACEMENT DU TRIBALISME DE PAPA PAR LE NATIONALISME AFRICAIN, LA RÉNOVATION AFRICAINE DE L’ÉCONOMIE, FOI DANS LA DÉMOCRATIE, REJET DE LA VIOLENCE, SOLIDARITÉ MONDIALE ET NEUTRALITÉ POSITIVE. ET AUJOURD’HUI COMME PAR LE PASSÉ, LES PARTISANS SONT LOIN DE RÉUSSIR LÀ OÙ LES CHANTRES ONT ÉCHOUÉ. LE COMBAT POUR L’ACCOMPLISSEMENT DU PANAFRICANISME SEMBLE ÊTRE PERDU FAUTE DE MENTALITÉ PANAFRICANISTE.

UNE IDÉOLOGIE D’ANCRAGE DIFFICILE EN AFRIQUE

Le panafricanisme, idéologie née aux États-Unis, n’a pas réussi à s’incarner en Afrique malgré le combat acharné de son porte-étendard Kwame N’krumah et ses autres chantres de la lutte de la libération africaine. La principale raison en est que l’Afrique des années 60 n’était pas assez mûre pour l’accueillir et l’intégrer dans son combat contre le colonialisme, pour l’indépendance et la souveraineté. La plupart des leaders panafricanistes ont perdu le pouvoir, assassinés ou renversés par les coups d’État.

Tels sont les cas de Patrice Lumumba révoqué le 5 septembre 1960 et assassiné au Katanga le 17 janvier 1961, et Kwame N’krumah renversé le 24 février 1966 et mort le 27 avril 1972 en exil. Derrière ces coups militaires, il y avait des civils complices et notamment des militaires soutenus par les puissances coloniales et leurs services secrets : les colonels Mobutu et Joseph Arthur Ankrah ont, pour opérer leur coup d’État, bénéficié du soutien de la CIA.

Et il y a cependant un constat à faire : les leaders panafricanistes pourtant vivants et populaires dans la mémoire collective d’Afrique n’ont pas réussi à implanter le panafricanisme dans les mentalités et à le transformer en moyen de rempart et de résistance aux manœuvres de déstabilisation orchestrée de l’extérieur et pour la protection du pouvoir souverain. Au fond, ils n’ont pas réussi à galvaniser les peuples et les élites africains au triomphe du nationalisme supra-ethnique et africain.

Cet échec montre bien les difficultés que ces leaders ont éprouvé dans la marche avec les peuples vers la détribalisation. Hier et aujourd’hui, tant au niveau national que continental, les peuples d’Afrique fonctionnent généralement dans une logique communautaire et passéiste, dans la nostalgie, le mythe du bon vieux temps ancestral et aux antipodes de la citoyenneté. Ce qui les expose aux assauts extérieurs de la divisionnite et, bien plus, à l’impuissance de parachever la lutte pour l’indépendance et de la souveraineté.

Par ailleurs, le repli africain sur soi-même que je qualifie de « traditionaliste », où le passé ancestral est célébré tel un paradis perdu et des valeurs tels des absolus, empêche l’Africain à connaître l’autre et à maîtriser son secret de domination en vue de libération. 

La clé de la libération et du développement de l’Afrique ne réside pas dans la vision idyllique du passé africain ; il est plutôt dans la conquête du pouvoir par des moyens et des valeurs nouveaux, à inventer.

Joseph Anganda