Mises à la porte par leurs employeurs sans être payées, des travailleuses éthiopiennes victimes de la crise au Liban

Des travailleuses éthiopiennes attendent devant le consulat de leur pays à Beyrouth afin de s'inscrire pour un rapatriement, le 18 mai 2020. (JOSEPH EID / AFP)

Des dizaines d'Ethiopiennes travaillant au Liban comme domestiques se retrouvent abandonnées par leurs employeurs qui ne peuvent plus les payer en raison de la crise économique que traverse le pays. La pandémie de coronavirus a envenimé la situation.

Des travailleuses abandonnées

Elles ont travaillé pendant des mois ou des années pour envoyer de l'argent à leur famille en Ethiopie. Mais avec la crise économique ravageuse que traverse le Liban, de nombreuses employées de maison ne sont plus payées. Pire, elles sont devenues un fardeau pour leurs employeurs qui s’en débarrassent parfois sans états d’âme.

Des dizaines de jeunes femmes ont été abandonnées ou "jetées comme des sacs poubelles" devant le consulat éthiopien à Beyrouth, souligne une expatriée éthiopienne citée par Al Jadeed tv.

Débordée par la situation, la représentation diplomatique éthiopienne a suspendu ses services, explique une ancienne travailleuse domestique qui dirige aujourd'hui une association pour soutenir les droits des migrants éthiopiens.

"Nous recevons tous les jours des dizaines d'appels à l'aide. Certaines femmes n'ont pas été payées depuis des mois et le consulat nous a abandonnés au pire moment" Banchi Yimer, directrice éthiopienne de l'association Egna Legna.

Ci-dessous une vidéo de l'arrivée devant le consulat d'employées de maison.

Pas d’argent et pas de retour

 

 

Au Liban, les travailleurs étrangers sont payés en dollars. Une domestique gagne en moyenne 200 dollars par mois. Mais avec la crise économique, il y a une pénurie de billets verts et la livre libanaise est en nette dépréciation. Du coup, le salaire d’une domestique, indexé à la monnaie locale, a triplé. Certains employeurs ont arrêté de les payer les laissant en situation vulnérable.

En décembre 2019, le consulat éthiopien avait annoncé l'inscription à des vols de rapatriement payés par les employées immigrées. Or, la plupart de celles qui souhaitent rentrer au pays n'ont pas les moyens de financer leur voyage.

"Moi je suis toujours payée en dollars et je me sens bien dans ma famille, mais beaucoup d'autres n'ont pas cette chance" Sabla, travailleuse domestique éthiopienne

Des solutions très insuffisantes

Face à ce problème complexe, le ministère du Travail libanais a tenté de faire bonne figure en installant des dizaines de femmes à la rue, dans un hôtel de Beyrouth. Mais son action semble toute relative, puisque le vrai problème réside dans le statut même de ces travailleuses qui n’ont aucun recours et pas de droits. Au Liban, les emplois domestiques ne sont pas réglementés par le code du travail, comme l’explique l’Orient-le-Jour. Le système dit de "Kafala" (garantie) fait de l’employeur le tuteur de son employée, ouvrant la voie à de graves abus.

Côté éthiopien, le ministère des Affaires étrangères annonce que plus de 600 personnes ont été rapatriées fin mai et que d'autres opérations suivront, mais les modalités de retour restent très floues. Des milliers de travailleuses éthiopiennes restent bloquées à l'étranger sans revenus et sans aides.