Coronavirus : deux nuits d'émeutes au Sénégal pour réclamer la fin du couvre-feu

Intervention de la police dans les rues de Dakar, au Sénégal, dans la nuit du 3 au 4 juin 2020. Des émeutes éclatent dans tout le pays pour réclamer un allègement des mesures de lutte contre l'épidémie de coronavirus. (CHRISTOPHE VAN DER PERRE / REUTERS)

Depuis deux nuits dans plusieurs grandes villes du Sénégal, des jeunes descendent dans la rue, brûlent des pneus, barrent les routes pour réclamer l'assouplissement des mesures de lutte contre le coronavirus, notamment la levée du couvre-feu. Instauré le 23 mars pour combattre le Covid-19, l'état d'urgence est jusqu'ici assorti d'un couvre-feu de 21h à 5h et d'une interdiction de circuler entre les régions.

Les heurts se multiplient avec les forces de l'ordre et on compte à ce jour une centaine d'arrestations. Selon le site internet Sénéweb, à Kaolak, un jeune manifestant serait entre la vie et la mort. Il aurait été percuté par un pick-up de la police. A Grand-Dakar, des journalistes ont constaté le déploiement de véhicules de l'armée.

A Mbacké, commune périphérique de Touba, la seconde ville du pays, des protestataires s'en sont pris au siège local de la radio RFM, qui a subi "des dégâts matériels importants". Cette radio appartient au groupe de presse privé du chanteur et ancien ministre Youssou N'Dour.

Touba justement a été un foyer important de la contestation. Le bilan est de "trois véhicules d'intervention de la police et une ambulance brûlés, le centre de traitement des malades du Covid-19 attaqué, les vitres de la (compagnie nationale d'électricité) Senelec caillassées", selon l'AFP.

Intervention du Khalife

Fait rarissime, le khalife général de la confrérie des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, est intervenu à la télévision au milieu de la nuit du 2 au 3 juin pour réclamer le retour au calme dans la ville sacrée des Mourides. Ce mouvement musulman est considéré comme la deuxième plus importante communauté religieuse du Sénégal.

"Je ne permettrai plus que des personnes se mettent à violer la sacralité de cette cité pour quelque raison que ce soit. Quiconque se hasardera de passer outre cette recommandation me verra sur son chemin", a déclaré le khalife. Il a tenu clairement à apporter son soutien au chef de l'Etat qui, selon lui, "voue un profond respect à la cité religieuse de Touba".

Quant au couvre-feu, Serigne Mountakha Mbacké le considère comme "un mal nécessaire et une mesure légitime" pour lutter contre l'épidémie. Ces propos suffiront-ils à ramener le calme ? Sans doute à Touba où son autorité est forte. Mais ailleurs dans le pays, l'exaspération est telle que de telles paroles risquent de ne pas suffire. D'ailleurs la contestation s'est désormais étendue à la capitale.

La population à cran

Les premiers mouvements de mécontentement sont du reste apparus le week-end du 30 mai à Cap-Skiring, haut lieu du tourisme international, tout au sud du pays, en Casamance, à la frontière avec la Guinée. Cette fois, ce n'est pas le couvre-feu qui en était la cause, mais le manque d'eau potable. Un problème récurent dans la région mais qui prend une importance fondamentale en cette période, quand se laver fait partie des gestes barrières contre la propagation du virus.

Là déjà, la jeunesse est descendue dans la rue pour réclamer des mesures d'urgence. Le rassemblement a été dispersé par la gendarmerie, mais les violents affrontements ont fait deux blessés de chaque côté.

Une première alerte pour les autorités qui peinent à sortir de l'état d'urgence, finalement prolongé jusqu'à fin juin, même si le chef de l'Etat avait annoncé le 11 mai un assouplissement des mesures, comme la réouverture des marchés, des commerces et des lieux de culte. La réouverture des écoles a également été reportée sine die à la dernière minute. Mais face à ces émeutes, le gouvernement va sûrement devoir lâcher du lest.