Au Burkina Faso, "on ne peut pas être sûr de pouvoir continuer ses études" à cause des violences

Des élèves devant leur école primaire à Dori, au nord-est du Burkina Faso, le 4 février 2020. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)

Les cours devraient reprendre le 1er juin 2020 au Burkina Faso après une fermeture de plus de deux mois en raison du coronavirus. Mais près de 350 000 enfants resteront privés d’école et leur avenir semble compromis, selon un rapport détaillé de Human Rights Watch (HRW).

"Un combat contre l'éducation"

Bien avant le coronavirus, le système éducatif a été ébranlé par la violence qui frappe le Burkina Faso depuis 2017, précise l’étude de l'organisation HRW. La multiplication des attaques jihadistes a entraîné une série de fermetures d’écoles à travers le pays. 2 500 établissements scolaires sont hors service, notamment dans la région du Sahel, au nord, où des dizaines de milliers d’enfants n’ont plus accès à l’éducation.

Les terroristes veulent des enfants ignorants pour pouvoir les influencer. (…) C’est cela que nous devons tous craindre, Jacob Yarabatioula, chercheur burkinabè spécialiste du terrorisme à Human Rights Watch.

Augmentation du travail des enfants

Les attaques contre les civils et les institutions de l'Etat ont nettement augmenté ces derniers mois. L'insécurité a provoqué le déplacement de plus de 838 000 personnes, dont plus de la moitié sont des enfants. La plupart ont dû arrêter l’école pour travailler et soutenir leur famille. Plusieurs enfants se disent malheureux "de ne pas être sûrs de pouvoir continuer" leurs études.

Les filles sont particulièrement pénalisées, puisque leur éducation n’était pas considérée comme prioritaire. Un directeur de collège qui avait fermé après une attaque raconte, le cœur serré, qu’une vingtaine de ses élèves sont déscolarisées.

Une de mes élèves avait reçu une bourse... Elle est à Ouagadougou pour le travail, pour faire le ménage. Elle a 14 ans. Le directeur d'un collège fermé Rapport de Human Rights Watch

Des enfants vulnérables 

Si de nombreux enfants ont totalement perdu tout accès à l’éducation, d’autres tentent encore de s’accrocher et font plusieurs kilomètres à pied ou à vélo pour fréquenter l’école d’une autre ville. Certains se sont même installés seuls, sans adultes, dans des villes éloignées pour pouvoir continuer à aller à l’école. Un phénomène repéré par des enseignants cités dans le rapport.

Ils louent des maisons à 2 ou 3, juste pour pouvoir continuer à aller en cours. Je connais 10 à 20 élèves qui sont en location tout seuls. Des enfants de... 11 à 17 ans Enseignant burkinabè, Rapport de Human Rights Watch

Selon l’Unicef, plus de 350 000 enfants ont besoin de protection au Burkina Faso. C’est dix fois plus qu’il y a un an.