Coronavirus : Aux États-Unis, les Noirs meurent plus que les autres

Des personnes avec un masque à Central Park, à New York, le 17 mars dernier. • ©William Volcov / BRAZIL PHOTO PRESS / Brazil Photo Press via AFP

Cela a tout à voir avec la pauvreté de cette communauté qui représente 12,9 % de la population. Des centaines d’avocats et de médecins ont écrit au ministre de la Santé. Ils veulent voir les statistiques, pour s’assurer que les Afro-Américains ne sont pas moins bien soignés.

Le coronavirus ne s’attaque pas qu’aux plus âgés ! Aux États-Unis, où la pandémie a fauché plus de 11 000 vies, les premières statistiques disponibles montrent que le Covid-19 frappe beaucoup plus à la porte des Afro-Américains que des autres communautés. Ainsi dans l’Illinois (nord) : les Noirs y pèsent 14 % de la population, mais 30 % des malades et 41 % des morts. Autrement dit, ils auraient deux fois plus de risques que les autres d’être contaminés, et surtout trois fois plus d’être emportés par la maladie.

« Malheureusement pas une surprise »

Avec des nuances, ce constat se répète ailleurs. En Louisiane (sud), 33 % des habitants et 70 % des morts sont afro-américains. La petite ville d’Albany (75 000 habitants), dans le sud rural de la Georgie, comptait lundi près de 500 malades et 29 morts, à 90 % afro-américains, pour une population noire à 70 %.

Étonnant ? « Cela est triste à dire, mais ce n’est malheureusement pas une surprise », déclarait lundi 6 avril au Chicago Sun Time le Dr Allison Arwady, commissaire à la santé publique de la métropole de l’Illinois. À Chicago, les Noirs vivent 8,8 ans de moins que le reste de la population.

À Milwaukee, ville très divisée racialement du Wisconsin voisin, « le virus a fait son entrée dans un quartier blanc et riche, mais il s’est enraciné dans un quartier noir », constate le site d’investigation ProPublica.

Communauté précaire

La génétique n’y est pour rien. La pauvreté pour beaucoup. Même en période de plein-emploi, les Afro-Américains restent une communauté précaire, la plus mal logée, la plus mal payée. Beaucoup de Noirs font l’impasse sur les ruineuses assurances santé privées et, pour cette raison précise, y regardent à deux fois avant de consulter un médecin. « La conséquence, c’est qu’ils souffrent plus de maladies chroniques comme l’asthme, les problèmes cardiaques, l’hypertension », souligne Dariely Rodriguez, responsable d’un programme dédié à la justice économique au sein du Comité des avocats pour les droits civiques selon la loi. Ce sont précisément ces genres de comorbidités qui aggravent le Covid-19.

Autre facteur : à l’heure où les Américains se calfeutrent, les Noirs sont nombreux dans les emplois les plus exposés (grande distribution, travaux publics, agroalimentaire). « Ils n’ont pas le privilège de pouvoir télétravailler », note Dariely Rodriguez.

Tester et soigner les Noirs comme les autres

Le Comité des avocats et, avec lui, des centaines de médecins ont écrit lundi à Alex Azar, le secrétaire à la Santé du gouvernement Trump. Ils réclament la publication des statistiques détaillées sur l’épidémie, centralisées au niveau fédéral par le Centre pour le contrôle des maladies et la prévention (CDC). Car la plupart des États n’ont pas divulgué les leurs et le CDC ne diffuse que la ventilation des cas par âge et par sexe.

Ces données existent pourtant. Les formulaires que les services de santé doivent transmettre à l’administration fédérale pour chaque cas de Covid-19 comportent des items pour l’origine ethnique, la race, le sexe, l’âge, les tests pratiqués, l’hospitalisation et l’admission en unité de soins intensifs…

Les avocats et médecins veulent vérifier que les Noirs sont bien testés et soignés comme les autres, car « les Afro-Américains et les autres personnes de couleur ont été victimes, historiquement, de préjugés dans le système de santé », souligne Dariely Rodriguez, interrogée par le Washington Post. Quand l’urgence absolue est de stopper l’épidémie, les défenseurs des droits civiques soulignent que la santé de toute l’Amérique passe par celle des Afro-Américains.