Présidentielle en RDC - Les Occidentaux payent le prix de leur hypocrisie

Conseil de sécurité de l'ONU

Le 10 janvier dernier, après une curieuse et très longue attente que certains ont jugé surréaliste, la commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RD Congo a rendu son verdict : Félix Tshisekedi est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle avec 38,57% des suffrages contre 34,8% pour son adversaire Martin Fayulu et 23,8% pour Ramazani Shadary. Des résultats qui sèment le doute et ne rassurent ni à l’intérieur ni à l’extérieur du pays.

Aussitôt les résultats de l’élection présidentielle congolaise proclamés, la Conférence nationale épiscopale du Congo (CENCO), qui a déployé près de 40 000 observateurs dans les bureaux de votre disséminés dans les quatre coins du pays, lance aussitôt l’alerte en déclarant que ces résultats ne sont pas conformes à « la vérité des urnes ».

Les Occidentaux emboîtent le pas quelque temps après en exprimant le doute sur la véracité des résultats proclamés par la CENI. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian demande à cet effet que « la clarté soit faite sur ces résultats ». Même son de cloche à Washington et à Bruxelles où l’on recommande la publication des procès-verbaux afin de vérifier que les chiffres avancés correspondent bien au vote des Congolais.

Selon les données de la CENCO et des documents internes de la CENI ayant fuité dans la presse, Martin Fayulu, arrivé deuxième, serait le véritable gagnant de cette présidentielle.

Ce n’est pas la première fois qu'il y a un doute sur les élections présidentielles en RDC. La première fois, depuis la chute du maréchal Mobutu, c'était en 2006. Le président sortant Joseph Kabila l’avait emporté par 58,05% des voix contre 41,95% à son adversaire Jean-Pierre Bemba. L’Union Européenne avait félicité M. Kabila alors que la Belgique s’était contentée de « prendre note » du résultat final. La deuxième fois en 2011, le même Joseph Kabila a remporté les suffrages à 48,95% contre 32,33% des voix pour son prestigieux adversaire Étienne Tshisekedi.

Exaspérés, les Congolais avaient déposé une pléthore de requêtes dénonçant la fraude massive du régime auprès des Nations Unies et de l’Union Européenne, sans résultat. Les observateurs internationaux avaient admis l’importance des fraudes, mais la communauté internationale avait validé les résultats et Kabila, considéré à l’époque comme « le garant des investissements étrangers » au Congo —pour reprendre les mots d’un observateur européen —, a continué à la tête du pays comme si rien ne s’était produit.

Cette fois, la situation est différente. Les Occidentaux, comme les Africains, veulent savoir la vérité. Toutefois, les premiers ont du mal à se faire comprendre auprès des seconds. En effet, la posture des dirigeants européens sur la « vérité des urnes » au Congo est certes salutaire, mais suscite la méfiance en Afrique en général et au Congo en particulier.

Comment se faire entendre et comprendre quand on a soutenu un dictateur par opportunisme économique et validé sa fraude électorale en 2006 et 2011 ? 

Les Occidentaux payent aujourd’hui le prix de leur hypocrisie et leur pratique du deux poids deux mesures en Afrique subsaharienne. Ils devraient se résoudre à revoir leur sens de la real politique avec des dictateurs « amis » s’ils veulent que leur discours sur le respect de la démocratie et des droits de l’homme reste pleinement crédible sur le continent noir.

Quant aux Congolais, ils ne s’attendent qu’à une chose : que leur choix soit respecté. Aussi bien par la Chine, la Russie et un certain nombre de pays africains, notamment ceux qui veulent maintenir le statu quo en soutenant la dictature en place, que par les Occidentaux qui prétendent aujourd'hui soutenir la volonté populaire...

Patrick Mbeko