Trump se déclare vainqueur d'une élection indécise, Biden appelle à la patience

Photo montage créé le 4 novembre 2020 de Joe Biden lors de son discours à Wilmington et du président Trump à la Maison Blanche, tous deux intervenants le 4 novembre 2020 ( AFP / ANGELA WEISSMANDEL NGAN )

Donald Trump a pris mercredi la responsabilité de plonger les Etats-Unis dans l'inconnu en se déclarant vainqueur de la présidentielle, au moment où le décompte se poursuivait et où son adversaire démocrate Joe Biden semblait dans une position plus favorable.

Le spectre de longues journées d'incertitudes et d'âpres batailles judiciaires hante désormais la première puissance mondiale déjà secouée par des crises sanitaire, économique et sociale d'ampleur.

"Honnêtement, nous avons gagné l'élection", a déclaré le président républicain des Etats-Unis lors d'une allocution confuse depuis les salons de la Maison Blanche. Evoquant une "fraude" sans livrer aucun élément concret, il a assuré vouloir saisir la Cour suprême, sans préciser sur quel motif. 

"C'est une situation extrêmement inflammable et le président vient de jeter une allumette au milieu", a estimé Chris Wallace, journaliste de Fox News.

"On est devant et de loin, mais ils essaient de voler l'élection", avait tweeté le milliardaire républicain un peu plus tôt, dans un message contre lequel Twitter a immédiatement mis en garde ses utilisateurs, estimant qu'il pouvait être "trompeur".

Joe Biden s'était auparavant dit en bonne voie pour remporter ce scrutin, appelant les Américains à faire preuve de patience. "Gardez la foi, nous allons gagner!", a lancé M. Biden, 77 ans, devant les sympathisants démocrates réunis dans son fief de Wilmington, dans le Delaware.

Dans plusieurs Etats-clés, l'issue du scrutin restait indécise.

Une certitude: la vague démocrate, espérée par certains dans le camp Biden qui se prenaient à rêver de victoires historiques en Caroline du Nord ou encore au Texas, n'a pas eu lieu.

- Biden décroche l'Arizona -

Le président sortant a conservé la Floride, faisant mentir de nombreux sondages, ainsi que le Texas, bastion conservateur qui avait un temps semblé menacé, et l'Ohio, remporté depuis 1964 par tous les candidats qui ont aussi accédé à la présidence.

Mais le chemin pour décrocher un second mandat reste extrêmement étroit: il devait encore remporter l'essentiel des autres Etats-clés qui avaient contribué à sa victoire surprise de 2016.

Joe Biden disposait lui encore de plusieurs scénarios pour décrocher la victoire. Il a emporté l'Etat crucial de l'Arizona, remporté par Donald trump en 2016. Et il pouvait encore espérer arracher la Géorgie au camp Trump.

Il doit désormais gagner au moins deux des trois Etats disputés du Nord industriel (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin) remportés sur le fil par le milliardaire il y a quatre ans.

Or dans ces Etats, le dépouillement pourrait se poursuivre mercredi, voire sur plusieurs jours, notamment en raison du niveau record du vote par correspondance. L'attente s'annonce donc longue.

Pour l'emporter, un candidat doit obtenir au moins 270 des 538 grands électeurs attribués au niveau des Etats. A ce stade de la nuit, le président sortant (213) est au coude-à-coude avec le démocrate (224).

Comme cela était largement anticipé, les démocrates ont gardé le contrôle de la Chambre des représentants. Mais leurs espoirs de faire basculer dans leur camp le Sénat, aujourd'hui contrôlé par les républicains, s'éloignaient.

Sans surprise, les deux candidats septuagénaires ont rapidement engrangé l'essentiel des Etats qui leur étaient promis. L'Indiana, le Kentucky, l'Alabama, l'Idaho ou encore le Tennessee, entre autres, pour Donald Trump. La Californie, la Virginie, New York, le Colorado, le Delaware pour Joe Biden.

Avant ses déclarations nocturnes, Donald Trump avait, dans la journée, évoqué une éventuelle défaite -- fait rarissime chez lui.

"Gagner est facile, perdre n'est jamais facile. Pour moi, ça ne l'est pas", avait dit le milliardaire lors d'une visite à un QG républicain près de Washington, la voix fatiguée par une fin de campagne qui l'a vu enchaîner les meetings à un rythme effréné. 

- "Virer Trump" -

Après une campagne beaucoup plus discrète que celle de son adversaire, Joe Biden avait lui sillonné mardi, jour du scrutin, l'Etat-clé de Pennsylvanie, où il est né, effectuant une sorte de pèlerinage dans les lieux de son enfance.

"De cette maison à la Maison Blanche, par la grâce de Dieu", a-t-il écrit sur les murs du domicile de Scranton où il a passé ses jeunes années.

Dans tout le pays, les démocrates qui se sont rendus aux urnes pour l'élire semblaient surtout motivés par leur rejet de l'impétueux président.

"Nous voulons un meilleur avenir pour notre pays", dit Rossana Arteaga-Lorenza, 37 ans, venue avec son fils Henry à la soirée électorale "drive-in" où Joe Biden s'est exprimé à Wilmington.

A l'inverse, Roberto Montesinos, un Américain d'origine hondurienne de 71 ans, a fièrement voté pour Donald Trump à Miami: "la pandémie n'est pas de sa faute, celui qui dit ça est un ignorant!", a-t-il lancé en assurant "gagner plus" aujourd'hui qu'il y a quatre ans.

Signe tangible des angoisses du pays, les commerces de plusieurs grandes villes, dont Washington, Los Angeles ou New York, se sont barricadés en prévision de possibles violences post-électorales.

A New York, devant la célèbre Trump Tower, un impressionnant dispositif de sécurité a été déployé.

- "L'Amérique d'abord" -

Pendant des mois, Donald Trump a agité le spectre d'une "gauche radicale" prête à transformer la première puissance mondiale en un "Venezuela à grande échelle".

Joe Biden, soutenu par Barack Obama, multiplie les mises en garde contre les conséquences potentiellement dévastatrices sur les institutions démocratiques d'un second mandat Trump, étrillé comme "le pire président" de l'histoire récente des Etats-Unis.

Ce pur représentant de l'aile modérée du parti démocrate a aussi fait de l'élection un référendum sur la gestion de la pandémie par le républicain.

Donald Trump n'a cessé d'être rattrapé par cette crise sanitaire, qu'il s'est toujours efforcé de minimiser. Jusqu'à être lui-même contaminé et hospitalisé, début octobre. 

"Je suis guéri" et "immunisé", martèle-t-il depuis en vantant sa forme éclatante et en moquant celle de son rival.

Par contraste, Joe Biden paraît en effet plus fragile. Prompt aux gaffes, cet ancien bègue a encore semblé confus mardi lors d'une prise de parole à Philadelphie, mélangeant ses petites-filles et semblant présenter aux personnes autour de lui son fils Beau, décédé en 2015.

Videos

International

Le président sortant Donald Trump lors d'un meeting de campagne à Fayetteville en Caroline du Nord, le 2 novembre 2020 ( AFP / Brendan Smialowski )

Donald Trump limoge un responsable qui conteste ses accusations de fraude électorale

Donald Trump a persisté à contester sa défaite à la présidentielle américaine en limogeant mardi le patron de l'agence gouvernementale en charge de la sécurité des élections, qui défend la probité du scrutin.Des machines qui auraient "changé" les votes pour Trump en voix pour Joe Biden, les votes de personnes décédées...
Le président des États-Unis, Donald Trump, à la salle de presse de la Maison Blanche à Washington. © AFP

USA : Donald Trump se tient prêt à torpiller la transition avec Joe Biden

Le camp Biden ne perd pas de temps. Dès mercredi dernier, il a ouvert un site web consacré à la transition entre l’administration sortante de Donald Trump et celle qui se met en place. La législation américaine fixe un cadre pour un transfert ordonné et apaisé des pouvoirs entre un président sortant et son successeur à la Maison-Blanche.
Photo montage créé le 4 novembre 2020 de Joe Biden lors de son discours à Wilmington et du président Trump à la Maison Blanche, tous deux intervenants le 4 novembre 2020 ( AFP / ANGELA WEISSMANDEL NGAN )

Trump se déclare vainqueur d'une élection indécise, Biden appelle à la patience

Donald Trump a pris mercredi la responsabilité de plonger les Etats-Unis dans l'inconnu en se déclarant vainqueur de la présidentielle, au moment où le décompte se poursuivait et où son adversaire démocrate Joe Biden semblait dans une position plus favorable.Le spectre de longues journées d'incertitudes et d'âpres batailles judiciaires hante désormais la première puissance mondiale déjà secouée par des crises sanitaire, économique et sociale d'ampleur.
Donald Trump

Donald Trump et le Covid-19 : du déni à la contamination

A quelques semaines de l'élection présidentielle américaine, Donald Trump a indiqué jeudi s'être placé en quarantaine après avoir été testé positif au coronavirus . Cet événement, de nature à bouleverser l'agenda politique des prochains jours, intervient alors que le président américain a multiplié les déclarations contradictoires sur l'épidémie ces derniers mois. Revue de détail. 1) Un virus sous-estimé
Cette parade annuelle dans Philadelphie commémore l'annonce de l'abolition de l'esclavage le 19 juin 1865 aux Etats-Unis, déclaré journée officielle fériée par Tom Wolf, le gouverneur de Pennsylvanie. (BASTIAAN SLABBERS / NURPHOTO)

L'histoire de la traite transatlantique des esclaves africains retracée dans l'ADN de dizaines de milliers d'Américains

L’entreprise américaine spécialisée dans les tests génétiques "23andMe" et l’université de Leicester, au Royaume-Uni, ont analysé les données génétiques de plus de 50 000 personnes des deux côtés de l’Atlantique, en étroite collaboration avec des historiens, des spécialistes des études afro-américaines et d’autres généticiens. Cette étude génétique, publiée dans l'American Journal of Human Genetics, confrontée aux données historiques recueillies dans la grande base de données sur la traite des esclaves de l
Bureau de vote aux USA.

La campagne électorale américaine a changé de visage, quid de l'issue du scrutin?

Avec 5 millions de cas de contaminations et plus de 163.000 décès, les Etats-Unis sont le pays le plus touché au monde par la pandémie du Covid-19. Avec ses conséquences sévères aux plans économique et sociale, cette crise sanitaire inédite a changé le visage de l'Amérique. Au niveau politique, elle risque de peser lourd sur l'issue de la course à la Maison Blanche en passe, avec les conventions d'investiture, d'entamer sa dernière ligne droite. Depuis la détection
L'explosion serait le résultat d'un incident au port de Beyrouth

Liban : ce que l'on sait des explosions survenues à Beyrouth

Au moins 50 personnes sont mortes et 2 750 ont été blessées dans les deux explosions survenues à Beyrouth (Liban), mardi 4 août, selon un nouveau bilan annoncé un peu avant 22 heures par le ministre de la Santé libanais, Hamad Hassan. Les fortes déflagrations, qui ont eu lieu dans la zone du port et dont l'origine n'était pas connue dans l'immédiat, ont été entendues dans plusieurs secteurs de la ville. Le Premier ministre a d'ores et déjà annoncé un jour de deuil national mercredi.