Sirènes et fumées noires: au coeur de Paris, des touristes stupéfaits du chaos

A Paris, lors de la manifestation des gilets jaunes samedi. Photo Yann Castanier. Hans Lucas pour Libération

Ils étaient venus goûter aux charmes paisibles de la capitale française, scintillante des illuminations de Noël. Des touristes éberlués se sont trouvés plongés samedi dans des scènes de guerilla urbaine, entre voitures incendiées et nuages de gaz lacrymogène dans le quartier de l'Opéra.

Sur la place, une épaisse fumée noire prend à la gorge et obscurcit les dorures du palais Garnier. Une nacelle a été incendiée face au très chic café de la Paix par des manifestants qui ont investi les rues de Paris. Certains pour protester contre la politique fiscale et sociale du gouvernement, d'autres pour en découdre avec les forces de l'ordre.

Toutes les entrées de cette institution parisienne aux boiseries acajou où se terrent quelques clients sont barricadées. "C'est fermé", lance en gesticulant un serveur fébrile à l'intention des nombreux touristes qui espèrent y trouver refuge.

"Nous ne savons pas si nous sommes en sécurité ou pas. C'est angoissant", s'inquiète non loin de là Giselle Rosano, une Brésilienne de 36 ans qui vit à Berlin. Un policier casqué vient de lui intimer l'ordre de rebrousser chemin, un groupe de "casseurs" se dirige vers la zone.

"On pensait que seuls les Champs Elysées étaient concernés", dit cette jeune femme, à propos de la célèbre avenue où ont commencé les heurts en début de matinée.

Abrité du crachin automnal par l'auvent d'un restaurant, un couple de touristes allemands observe avec stupéfaction un Paris métamorphosé. Les camions de pompiers défilent sirènes hurlantes, un hélicoptère effectue un vol stationnaire à proximité. Des tirs de grenades lacrymogènes éclatent au loin.

"Le métro est fermé à Opéra et Concorde. On ne voit pas de bus. On ne sait pas comment rejoindre notre hôtel du Quartier latin", dit Birgit Moeller-Wolf, une fonctionnaire retraitée de 61 ans. "L'air sent mauvais, on a dû interrompre notre balade. Pour des touristes, c'est désagréable".

Elle est arrivée jeudi pour visiter la capitale avec son mari Joachim Wolf, un fonctionnaire de 64 ans, et un couple d'amis. Tous repartent dimanche.

"Nous avions vu à la télévision les manifestations le week-end dernier mais nous pensions que c'était terminé", s'étonne-t-elle.

- "Ca fait peur" -

"Paris debout, soulève-toi", scande une poignée de manifestants en gilets jaunes à quelques mètres de là. Certains bloquent volontairement l'accès des pompiers dépêchés pour éteindre l'incendie, d'autres insistent pour les laisser passer.

Un peu plus loin, devant les grands magasins du boulevard Haussmann, on assiste à des scènes surréalistes. Les fourgons de police s'alignent devant les vitrines éteintes et les portes des Galeries Lafayette, fermées aux acheteurs mais décorées de guirlandes lumineuses qui fascinent des enfants venus faire des courses avec leurs parents. Des policiers se déploient au carrefour et bloquent le boulevard.

De nombreuses personnes repartent déçues en constatant la fermeture des grands magasins habituellement bondés à l'approche de Noël.

Parmi elles une touriste américaine qui refuse de donner son nom. Que pense-t-elle de tout ce chaos ? "Ca fait peur", lâche-t elle avant de s'éclipser.

"Cela porte atteinte à l'image de tout le pays", observe Carlos Lino, un ingénieur new-yorkais de 60 ans d'origine équatorienne, venu faire des emplettes avec sa femme et son fils.

En vain, tous les magasins du quartier ont baissé leurs rideaux.

A un arrêt de bus, une jeune touriste chargée d'une lourde valise attend désespérément l'autocar pour l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Pas de train, pas de métro, pas de bus, de rares taxi, et son avion décolle dans moins de quatre heures. "Je ne sais pas comment faire, c'est stressant", soupire-t-elle.

Avec AFP

Videos

International

L'explosion serait le résultat d'un incident au port de Beyrouth

Liban : ce que l'on sait des explosions survenues à Beyrouth

Au moins 50 personnes sont mortes et 2 750 ont été blessées dans les deux explosions survenues à Beyrouth (Liban), mardi 4 août, selon un nouveau bilan annoncé un peu avant 22 heures par le ministre de la Santé libanais, Hamad Hassan. Les fortes déflagrations, qui ont eu lieu dans la zone du port et dont l'origine n'était pas connue dans l'immédiat, ont été entendues dans plusieurs secteurs de la ville. Le Premier ministre a d'ores et déjà annoncé un jour de deuil national mercredi.
Le président brésilien Jair Bolsonaro

Brésil : Bolsonaro, en quarantaine, annonce qu’il va subir un nouveau test

Le président brésilien Jair Bolsonaro, en quarantaine depuis une semaine après avoir été testé positif au coronavirus, a annoncé lundi qu’il allait subir un nouveau test et qu’il avait hâte de reprendre ses activités normales. Jair Bolsonaro s’exprimait dans une interview téléphonique avec la chaîne de télévision CNN Brasil depuis sa résidence officielle à Brasilia, le palais d’Alvorada, où il est confiné.

Belgique : Anvers déboulonne une statue de l'ex-roi Léopold II, figure du passé colonial

Une statue de l'ancien roi des Belges Léopold II, figure du passé colonial de la Belgique, a été retirée d'un square mardi 9 juin à Anvers (région flamande) pour être entreposée dans les réserves d'un musée local.
Des travailleuses éthiopiennes attendent devant le consulat de leur pays à Beyrouth afin de s'inscrire pour un rapatriement, le 18 mai 2020. (JOSEPH EID / AFP)

Mises à la porte par leurs employeurs sans être payées, des travailleuses éthiopiennes victimes de la crise au Liban

Des dizaines d'Ethiopiennes travaillant au Liban comme domestiques se retrouvent abandonnées par leurs employeurs qui ne peuvent plus les payer en raison de la crise économique que traverse le pays. La pandémie de coronavirus a envenimé la situation.Des travailleuses abandonnées
Angela Merkel

Angela Merkel dénonce le « meurtre » raciste de George Floyd

Angela Merkel a dénoncé ce jeudi 4 juin le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd par des policiers et le racisme qui frappe selon elle une société américaine très polarisée."Mes exigences en politique sont toujours d’essayer de rassembler les gens, de les réconcilier" a également répondu la chancelière, interrogée sur la chaîne publique allemande ZDF au sujet du style politique, qu’elle a jugé très controversé, de Donald Trump.
Au milieu de l'image, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, lors d'une manifestation en juin 2017

France / Mort d'Adama Traoré : le plaquage ventral a causé le décès, selon une contre-expertise demandée par les parties civiles

La contre-expertise demandée par la famille d’Adama Traoré estime que le plaquage ventral opéré par les gendarmes lors de l’arrestation du jeune homme il y a quatre ans est à l’origine de sa mort, a appris franceinfo auprès de l’avocat de la famille d’Adama Traoré mardi 2 juin.

France / Mort d'Adama Traoré : plusieurs dizaines de milliers de personnes rassemblées en France contre les violences policières

Une foule impressionante est venue faire entendre sa voix contre les violences policières, mardi 2 juin au soir, à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré, jeune homme noir de 24 ans mort en 2016 après son interpellation, qui organisait un rassemblement sur le parvis du tribunal judiciaire de Paris (17e arrondissement). Des manifestations ont également eu lieu à Lille (Nord) mais aussi à Marseille (Bouches-du-Rhône) et Lyon (Rhône).