Les Etats-Unis se retirent du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU

L'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU Nikki Haley et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à Washington le 19 juin 2018 afp.com - Andrew CABALLERO-REYNOLDS

Les Etats-Unis se sont retirés mardi du Conseil des droits de l'homme de l'ONU en accusant l'institution basée à Genève d'"hypocrisie" et de parti pris contre Israël, une décision aussitôt dénoncée par des organisations de défense des droits humains.

"Nous prenons cette mesure parce que notre engagement ne nous permet pas de continuer à faire partie d'une organisation hypocrite et servant ses propres intérêts, qui fait des droits de l'homme un sujet de moquerie", a lancé devant la presse à Washington l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley, aux côtés du secrétaire d'Etat Mike Pompeo.

"Pendant trop longtemps, le Conseil des droits de l'homme a protégé les auteurs de violations des droits de l'homme et a été un cloaque de partis pris politiques", a-t-elle ajouté.

Mme Haley et M. Pompeo ont insisté sur le fait que les Etats-Unis resteraient un héraut des droits de l'homme dans le monde mais, pour beaucoup, cette décision reflète la défiance du gouvernement américain envers les organismes multilatéraux.

- "Biais continu" -

Cette annonce intervient au lendemain de vives critiques du Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Zeid Ra'ad Al Hussein contre la politique "inadmissible" et "cruelle" des autorités américaines de séparation d'enfants de leurs parents sans-papiers à la frontière mexicaine.

Mais Nikki Haley et Mike Pompeo ont assuré que la décision était liée à l'échec des tentatives de réforme du CDH.

"Malheureusement, il est maintenant clair que notre appel à la réforme n'a pas été entendu", a dit Mme Haley.

Le CDH a été créé en 2006 pour promouvoir et protéger les droits humains à travers le monde mais ses rapports ont souvent contredit les priorités américaines.

En particulier, le fait qu'Israël soit le seul pays au monde ayant un point fixe (appelé point 7) à l'ordre du jour de chaque session, soit trois fois par an, provoque la colère des Etats-Unis.

Washington, dont le mandat au Conseil s'achevait en principe en 2019, avait aussi réclamé que l'exclusion des Etats membres commettant de graves violations des droits de l'homme soit votée à la majorité simple et non aux deux tiers, et que le processus de sélection des Etats membres soit renforcé.

"Les pays (membres) se sont entendus pour saper la méthode actuelle de sélection des membres", a déclaré M. Pompeo. "Et le biais continu et bien documenté du Conseil contre Israël est inadmissible. Depuis sa création, le Conseil a adopté plus de résolutions condamnant Israël que contre le reste du monde", a-t-il ajouté.

- Critiques -

Si l'ambassadeur d'Israël à l'ONU Danny Danon s'est réjoui de ce retrait et a remercié les Etats-Unis pour leur refus "de la haine aveugle à l'égard d'Israël dans les institutions internationales", le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a dit qu'il "aurait préféré que les Etats-Unis restent au Conseil des droits de l'homme", a déclaré son porte-parole.

Quant à l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), elle a vivement critiqué ce nouveau repli.

Le CDH a "joué un rôle important dans des pays comme la Corée du Nord, la Syrie, la Birmanie et le Soudan du Sud", a dit le patron de l'ONG Kenneth Roth. "Mais Donald Trump n'est intéressé que par la défense d'Israël", a-t-il dénoncé.

Le Conseil "est loin d'être parfait, mais il est une force importante pour la reddition de comptes et la justice. En se retirant, les Etats-Unis sapent délibérément les droits de l'homme de tous les peuples partout dans le monde et leurs luttes pour la justice", a de son côté critiqué Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International.

Depuis l'arrivée début 2017 du républicain Donald Trump à la Maison Blanche, les Etats-Unis se sont retirés de l'Unesco, ont coupé plusieurs financements à des organes de l'ONU et ont annoncé notamment leur retrait de l'accord de Paris sur le climat et de l'accord nucléaire avec l'Iran endossé par les Nations unies.

Le départ des Etats-Unis du Conseil des droits de l'homme n'est pas une première. Il y a douze ans, l'administration du républicain George W. Bush avait déjà boycotté le CDH, avant que le démocrate Barack Obama ne décide d'y faire participer son pays à nouveau.

Avec l'AFP

Videos

International

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, n'a pas l'intention de se laisser influencer par les menaces des États-Unis. © BAS CZERWINSKI / ANP / AFP/ BAS CZERWINSKI

Les États-Unis ont menacé les magistrats de la CPI s'ils s'en prennent à leurs alliés

Entre la CPI et les États-Unis, rien ne va plus. Les États-Unis ont menacé les magistrats de la Cour s'ils s'en prennent à leurs alliés.
Le président chinois Xi Jinping donne un discours, lors de l'ouverture d'un vaste sommet Chine-Afrique à Pékin (Chine), le 3 septembre 2018. (MADOKA IKEGAMI / AFP)

La Chine promet 60 milliards de dollars d'aide "sans conditions" à l'Afrique

La Chine, premier partenaire commercial de l'Afrique, a promis, lundi 3 septembre, 60 milliards de dollars au continent, le président Xi Jinping vantant une aide "sans conditions", face aux critiques de l'Occident. Pékin est volontiers accusé d'imposer à ses partenaires un endettement intenable via d'onéreux crédits.
Le sommet est l'occasion pour le président chinois Xi Jinping de célébrer ses "Nouvelles routes de la soie".

L'Afrique en sommet à Pékin, qui défend ses investissements

La Chine accueille lundi des dirigeants de 53 pays africains pour un sommet célébrant la coopération économique entre le géant asiatique et le continent, qui soulève des craintes quant à l'endettement de certaines nations envers Pékin.Durant deux jours, le 7e Forum sur la coopération sino-africaine réunit dans la capitale chinoise de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement. Parmi eux, l'Ivoirien Alassane Ouattara, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa ou encore le Congolais Denis Sassou Nguesso. 
Kofi Annan, décédé samedi à l'âge de 80 ans, a marqué de son empreinte les Nations unies, à la tête de l'organisation pendant dix ans ©DR

Mort de Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix

Kofi Annan, décédé samedi à l'âge de 80 ans, a marqué de son empreinte les Nations unies, à la tête de l'organisation pendant dix ans, devenant le seul ancien dirigeant de l'ONU à avoir, jusqu'ici, accédé au rang de vedette de la diplomatie mondiale. Ce diplomate de carrière, charismatique sans être flamboyant, a contribué à rendre l'ONU plus présente sur la scène internationale pendant ses deux mandats, de 1997 à 2007.
Le ministre des affaires étrangères, Adel bin Ahmed Al-Jubeir.

L'Arabie saoudite expulse l'ambassadeur du Canada après des critiques sur les droits de l'Homme

L'Arabie saoudite a annoncé lundi 5 août qu'elle avait décidé d'expulser l'ambassadeur du Canada à Ryad et de geler toute relation commerciale, en réplique aux critiques répétées d'Ottawa sur la répression des militants de droits de l'Homme.Le royaume saoudien a donné 24 heures au diplomate canadien pour quitter le pays et rappelle son ambassadeur au Canada "pour consultations", dans un soudain durcissement des relations entre ces deux pays.
Le président français Emmanuel Macron ©DR

Affaire Benalla - Macron sort du silence : "Le seul responsable, c'est moi, qu'ils viennent me chercher"

Dans l'affaire Benalla, "le responsable c'est moi", a affirmé mardi le président français Emmanuel Macron devant des députés de la majorité, disant avoir ressenti les "actes du 1er-Mai" de son collaborateur comme "une trahison", selon des propos rapportés.
Image d'illustration : Luiz Inacio Lula da Silva en avril 2018 © Ricardo Moraes Source: Reuters

Brésil : un juge annule l'ordre de libération de l'ex-président Lula

Un juge de la cour d'appel du Brésil a annulé ce 8 juillet un ordre de libération de l'ex-président Lula da Silva, qui avait été pris plus tôt par un autre magistrat de la même cour. Condamné pour corruption, il n'a cessé de clamer son innocence.