Restaurer des bibliothèques coloniales, le pari fou de deux Kényanes

Des piles de livres et des tableaux de l'époque victorienne à la bibliothèque McMillan datant de l'époque coloniale, le 24 juillet 2018 à Nairobi, au Kenya | AFP | TONY KARUMBA

Malgré la vétusté de la bibliothèque McMillan, un imposant bâtiment à colonnades des années 1930, une petite dizaine d'habitants de Nairobi ont fait le déplacement pour profiter de la tranquillité du lieu et des rares ouvrages disponibles.

Bientôt, ces usagers pourront profiter d'un espace moderne et rénové. C'est le pari d'Angela Wachuka, éditrice, et Wanjiru Koinange, auteure, qui œuvrent à la restauration de trois bibliothèques de Nairobi laissées à l'abandon depuis des décennies.

"Je refuse de vivre dans une ville où les enfants peuvent grandir sans jamais être entrés dans une bibliothèque. C'est le cas aujourd'hui à Nairobi", explique à l'AFP Wanjiru Koinange, qui a grandi dans la capitale kényane.

Les jeunes femmes ont lancé en 2017 l'association Book Bunk afin de moderniser McMillan, installée dans l'effervescent quartier des affaires de Nairobi, ainsi que les bibliothèques de Makadara et Kaloleni, des quartiers résidentiels de l'est de la capitale.

"Notre approche est la même pour les trois bibliothèques, mais elles seront destinées à des publics différents," précise Wanjiru Koinange, jeune auteure de 32 ans.

McMillan, la plus grande, sera généraliste, tandis que Kaloleni sera spécialisée dans la littérature jeunesse et Makadara dans la littérature pour adolescents.

Malgré son mauvais état, la bibliothèque de Makadara, hébergée dans un bâtiment quelconque des années 1970, attire selon Mme. Koinange jusqu'à 180 jeunes du quartier chaque jour, une affluence qui témoigne de la demande pour ces installations.

- "Démocratiser la collection" -

Dans une capitale bruyante et encombrée, on vient y profiter du silence. "Je suis venue pour étudier parce que c'est calme, il n'y a pas de bruit", témoigne Caren Mumbua Musembi, une étudiante de 20 ans dont c'est la première visite.

Bernard Ouma Ogutu, étudiant en comptabilité à l'Université Kenyatta de Nairobi, passe ses journées ici. "C'est difficile de trouver un ouvrage précis, mais il y a une bonne connexion internet, donc avec un ordinateur on trouve ce qu'on veut pour étudier".

Aujourd'hui, aucun catalogue n'existe pour répertorier les livres, ni les impressionnantes archives de journaux kényans. Un important travail de classification est donc nécessaire.

"L'accessibilité ce n'est pas juste l'affluence dans la bibliothèque, c'est également démocratiser la collection", relève Angela Wachuka, 36 ans, qui organise également des événements littéraires dans le cadre de Book Bunk.

Dans ce sens, l'éditrice souligne également l'importance d'offrir un large choix d'ouvrages.

Deux imposantes défenses d'éléphants accueillent encore le visiteur à l'entrée de McMillan, ouverte en 1931 en mémoire de l'explorateur William Northrup McMillan. Le bâtiment, de style colonial, contient surtout des livres du début du XXème siècle, publiés bien avant l'indépendance du Kenya en 1963.

On y trouve pêle-mêle des ouvrages sur l'aristocratie britannique ou encore un pavé sur l'histoire des taxis londoniens. Mais très peu d'auteurs kényans.

- 'Littérature contemporaine' -

"C'est très important pour nous d'avoir des auteurs africains et de la littérature contemporaine", poursuit Mme. Wachuka, qui n'entend pas en revanche effacer le passé colonial que reflètent les collections actuelles.

"Nous voulons garder l'histoire du lieu parce que c'est important, le bâtiment n'existerait pas sans McMillan, mais nous voulons aussi y ajouter de notre histoire," confirme Mme. Koinange, au milieu de piles de livres prenant la poussière dans une salle d'archives.

Les deux jeunes femmes veulent aussi intégrer d'autres formes de narration comme des contenus multimédias, notamment des podcasts.

En créant Book Bunk, les deux amies ont obtenu l'aide de l'administration de Nairobi. "Nous avons signé un accord qui nous autorise à collecter des fonds, à diriger et à rénover" les trois bibliothèques, ajoute l'auteure.

En plus de financements du gouvernement local, elles prévoient de lancer en septembre 2018 une campagne de levée de fonds afin de réunir les cent millions de shillings (850.000 euros) nécessaires à ce projet auquel les deux femmes entendent dédier cinq ans de leur vie.

Pour Angela et Wanjiru, l'enjeu n'est rien de moins que de permettre aux habitants de Nairobi de raconter et de transmettre des histoires: "Le but est d'encourager la circulation de récits dans la ville. Les bibliothèques sont le lieu où vivent ces histoires".

Videos

Culture

La réalisatrice Wanuri Kahiu (G) et les actrices Samantha Mugatsia et Sheila Munyiva au 71ème festival international du film, Cannes, le 9 mai 2018. AP

"Rafiki" : un film pour célébrer une Afrique "joyeuse"

Interdit dans son pays au motif qu'il traite de l'amour entre deux femmes, le film kényan "Rafiki" pourra être vu pendant sept jours à Nairobi et espérer ainsi être en lice pour les Oscars. "Je pleure. Je suis dans un aéroport français. Quelle JOIE! Notre constitution est FORTE! Remerciez la liberté d'expression!!!!", a réagi sur Twitter la réalisatrice Wanuri Kahiu qui entend montrer, à travers son film, une image pop et "joyeuse" de l'Afrique.
Un conteur professionnel s'adresse au public place Sainte-Cécile à Cotonou, le 14 août 2018, dans le cadre du festival Mémoires d'Afrique | AFP | YANICK FOLLY

Il était une fois... des contes africains à perpétuer

Assis en demi-cercle sur la place Sainte-Cécile à Cotonou, un public de 7 à 77 ans écoute religieusement le conteur raconter l'histoire de la petite fille qui, désobéissant à ses parents, a sifflé la nuit et bien failli se faire dévorer toute crue par des animaux sauvages.Comme chaque année au Bénin, entre le 14 et le 15 août, plus d'une trentaine de communes, petits villages ou grandes villes accueillent la nuit des contes: une fête organisée par l'association franco-béninoise Mémoires d’Afrique depuis une vingtaine d'années.
Sa famille a annoncé qu’Aretha Franklin était décédée ce jeudi à son domicile de Detroit d’un cancer du pancréas. | PHOTO JEFF KOWALSKY / EPA

Aretha Franklin est morte, la soul perd sa dame

Aretha Franklin est morte. La chanteuse américaine âgée de 76 ans est décédée jeudi, annonce l’agence AP qui relaie un communiqué de sa famille. La reine de la soul était hospitalisée dans un état grave, avait-on appris lundi. Elle laisse derrière elle des titres de légendes comme « Think », « Respect » ou « I say a little prayer ».
Le musicien et député ougandais Bobi Wine (au centre) lors d'une manifestation à Kampala le 11 juillet 2018 contre une taxte controversée sur l'utilisation des réseaux sociaux. | AFP | Isaac Kasamani

Une pop star ougandaise menacée d'être traduite devant un tribunal militaire

Le député d'opposition et chanteur ougandais Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, doit être traduit devant un tribunal militaire pour possession présumée d'armes à feu, suite à son arrestation, a annoncé jeudi un porte-parole militaire.Selon la police, Robert Kyagulanyi, était en possession de deux fusils, un acte passible de comparution devant de la justice militaire selon la loi ougandaise.
Des piles de livres et des tableaux de l'époque victorienne à la bibliothèque McMillan datant de l'époque coloniale, le 24 juillet 2018 à Nairobi, au Kenya | AFP | TONY KARUMBA

Restaurer des bibliothèques coloniales, le pari fou de deux Kényanes

Malgré la vétusté de la bibliothèque McMillan, un imposant bâtiment à colonnades des années 1930, une petite dizaine d'habitants de Nairobi ont fait le déplacement pour profiter de la tranquillité du lieu et des rares ouvrages disponibles.Bientôt, ces usagers pourront profiter d'un espace moderne et rénové. C'est le pari d'Angela Wachuka, éditrice, et Wanjiru Koinange, auteure, qui œuvrent à la restauration de trois bibliothèques de Nairobi laissées à l'abandon depuis des décennies.
De jeunes Centrafricains en plein entraînement de capoeira, le 1er juillet 2018 à Bangui | AFP | CHARLES BOUESSEL

A Bangui, la capoeira pour surmonter la guerre et la violence

"La capoeira m'a donné une famille", lance Oussein, président de l'association Abada Capoeira Centrafrique, au milieu d'une quarantaine de filles et garçons emportés dans une danse féline rythmée par les percussions.Chaque dimanche, ces jeunes de tous les horizons se rassemblent au "Stade 20.000 places" de Bangui pour s'entraîner et renouer des liens abîmés par la guerre et la violence qui frappent leur pays depuis des années.
Le chanteur congolais Koffi Olomidé, ici à Kinshasa en août 2012, avait été condamné à trois mois de prison avec sursis pour "coups et blessures volontaires" contre son producteur Photo JUNIOR KHANNA. AFP

Agressions sexuelles et séquestrations: la star congolaise Koffi Olomidé "souhaite" comparaître en France

Le chanteur congolais Koffi Olomidé, renvoyé en procès en France où il est accusé d'avoir agressé sexuellement quatre de ses danseuses en région parisienne, désire comparaître devant la justice, a déclaré lundi son avocat. "Il souhaite ardemment comparaître" pour "pouvoir répondre personnellement à ses juges et le cas échéant à ses accusatrices", a indiqué Emmanuel Marsigny à l'AFP.