Rentrée littéraire 2020 : Moyila Ngonda publie « Pour l’amour de Zaïna », un roman réaliste

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Docteur en Relations Internationales, diplômé entre autres en Communication Sociale, Moyila Ngonda est haut-fonctionnaire au Ministère des Affaires Étrangères et ancien diplomate de la Mission Permanente du Congo auprès des Nations Unies à New York et à Genève, Ministre Plénipotentiaire de 2e classe et Chargé d’Affaires à l’Ambassade de la République Démocratique du Congo à Paris, avant d’occuper le même poste actuellement à Riyad, en Arabie Saoudite. Écrivain, artiste-peintre, graveur, sculpteur, fondeur d’art, et membre de l’Union des Écrivains Congolais, de l’Association des Artistes Plasticiens Congolais, de l’Association Internationale des Critiques d’Art (section Congo) ainsi que de l’Académie des Marches de Saint-Jean-de-Luz (France), il a à son actif plusieurs expositions d’art (peintures et sculptures) à Kinshasa, New York, Genève, Lucerne, Paris, Riyad, etc. Après le roman Retrouvailles en 2019 (Z4 Editions), il revient cette année avec Pour l’amour de Zaïna (Editions Renaissance Africaine), un roman réaliste. 

L’histoire se passe à Kinshasa - comme dans Retrouvailles. Tous les ingrédients d’un roman réaliste sont là : détails descriptifs, des précisions spatio-temporelles, des champs lexicaux de la vie sociale, etc. « Au centre-ville, la plupart des établissements commerciaux et industriels commençaient à fermer leurs portes, déversant sur les rues un flot d’individus pressés de rentrer chez eux, souvent dans les cités périphériques. À cette période de la journée, les moyens de transport public devenaient très difficiles et il fallait parfois attendre des heures et des heures, avant d’attraper un taxi ou un bus. C’était une habitude pour les gens pressés de marcher jusqu’au niveau de l’Avenue Kabinda, non loin du marché Simba Zigida, en face de l’aérodrome de Ndolo. » 

De quoi s’agit-il ? Kikodi, homme d’affaires et d’influence, lié à des personnalités politiques, s’énamoure d’une jeune fille de 18 ans, Zaïna, dont il ne peut se passer. Pour la conquérir définitivement, il va jusqu’à corrompre le père de Zaïna, un officier de police (Comme pour montrer que ceux qui sont dépositaires de l’autorité de l’Etat sont les premiers à succomber aux appels de la corruption). Econduit, Kikodi espionne lui-même la jeune fille jusqu’au jour où il découvre qu’elle a un petit compagnon. Sa décision est prise : il va abattre le jeune homme. Reconnu coupable de meurtre, il s’en sort finalement grâce à ses relations politiques… Voilà décrite la vie de Kinshasa des années 1990 et, peut-être même, celle d’aujourd’hui. Car en trente ou quarante ans, rien en fin de compte n’a changé : les mentalités restent les mêmes. Mais, au-delà de cette retranscription de la vie courante, Moyila Ngonda soulève le problème majeur de l’impunité. Etre l’ami des politiques, exempte-t-il de la justice ? Moyila Ngonda ne prend pas partie, et pour cause, il ne fait pas de la philosophie politique. Aux lecteurs de se faire leur propre opinion sur ce mal qui gangrène les sociétés africaines. 

On connaissait Moyila Ngonda friand des questions relatives à la spiritualité : il est l’auteur de Voies et moyens de la connaissance universelle de Dieu : science, religion, mysticisme et prière (Éditions Dagan et Renaissance Nubienne Éditions, Paris, 2014) et de L’exotérisme et l’ésotérisme, ou l’ambivalence des enseignements divins dans la religion (Éditions Dagan et Renaissance Nubienne Éditions, Paris, 2015). On le découvre chroniquer social à l’image d’un Franco Luambo Makiadi. 

De la même manière qu’il sculpte le bois et peint ses tableaux, de la même manière qu’il nous brosse des portraits saisissants. Celui de Kikodi est tout simplement une alacrité d’écriture. « Monsieur Kikodi, car il aimait qu’on l’appelle ainsi, était PDG d’une petite entreprise de commerce général et ne connaissait pas tous ces problèmes de transport. Son bureau était climatisé et sa grosse voiture Mercédès l’attendait au rez-de-chaussée. Il suffisait que son chauffeur le voie descendre les escaliers du 1er étage de l’immeuble pour qu’il aille lui ouvrir la portière de sa voiture. En cette fin d’après-midi-là, le PDG était assis derrière son bureau jonché de plusieurs bordereaux de vente, des factures et autre paperasse. Tout en bavardant bruyamment, son bras se détendait de temps en temps, pour aller prendre un verre de liqueur et le porter à ses lèvres charnues. Il ne s’agissait pas tout à fait d’un monologue car, assis devant lui, son comptable comptait une partie de la recette de la journée. Des tas de billets de banque. Une petite fortune si la monnaie de ce pays ne se dépréciait chaque jour. Tout cet argent provenait de ses trois magasins, dont l’un se trouvait juste au rez-de-chaussée de cet immeuble de trois étages qui lui appartenait. Kikodi possédait en plus cinq camions de transport des marchandises, sept minibus et une dizaine de voitures faisant fonction de taxis. Bientôt les chauffeurs viendront verser la recette de leurs courses de la journée. Mais Kikodi ne possédait pas que cela, ses relations d’affaires avec les Libanais et autres trafiquants de tous bords lui rapportaient bien mieux. » 

Au sortir de son bureau, seul dans sa Mercedes, il tombe sur le corps longiligne de Zaïna à un arrêt de bus. La suite sera rocambolesque. 

Un roman à lire !

Bedel Baouna

 

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