"Rafiki" : un film pour célébrer une Afrique "joyeuse"

La réalisatrice Wanuri Kahiu (G) et les actrices Samantha Mugatsia et Sheila Munyiva au 71ème festival international du film, Cannes, le 9 mai 2018. AP

Interdit dans son pays au motif qu'il traite de l'amour entre deux femmes, le film kényan "Rafiki" pourra être vu pendant sept jours à Nairobi et espérer ainsi être en lice pour les Oscars.

"Je pleure. Je suis dans un aéroport français. Quelle JOIE! Notre constitution est FORTE! Remerciez la liberté d'expression!!!!", a réagi sur Twitter la réalisatrice Wanuri Kahiu qui entend montrer, à travers son film, une image pop et "joyeuse" de l'Afrique.

En salles à partir de mercredi en France et en Belgique, "Rafiki" sera diffusé dans un cinéma de Nairobi du 23 au 29 septembre, d'après le compte Twitter du film. Pour être sélectionné aux Oscars, un film doit être projeté dans le pays qui le soumet pendant au moins sept jours consécutifs.

Le long-métrage avait été présenté avec succès au festival international du cinéma de Cannes, sur la riviera française, dans la section "Un Certain Regard" -- premier film kényan vu au festival.

Mais au Kenya, toujours sous le coup des lois datant du colonialisme britannique, l'homosexualité reste illégale et la commission de la censure avait interdit le film en raison de "son thème homosexuel et de son but évident de promouvoir le lesbianisme, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple kényan".

"Oui, nous vivons dans une société conservatrice", confirmait à Cannes la réalisatrice, qui risquait jusqu'ici la prison en cas de projection sur le sol kényan.

Pour son premier long métrage, elle voulait surtout raconter une histoire d'amour "vibrante, moderne et cosmopolite", avec des personnages qui font du skate, portent des tenues sportswear ou des tresses rose bonbon.

"Notre ambition est de s'assurer que l'image de l'Afrique est aussi joyeuse et pleine d'espoir", expliquait celle qui s'est inspirée de la nouvelle "Jambula Tree" de l'Ougandaise Monica Arac de Nyeko. Un choix motivé "par la belle histoire sur un passage à l'âge adulte, et non par l'histoire d'amour lesbienne".

- Pudique -

Dans "Rafiki", Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva), deux étudiantes vivant chez leurs parents, se rencontrent, se découvrent et s'aiment dans un pays où "les filles bien deviennent de bonnes épouses". Pudique à souhait, le film mise sur une réalisation sensuelle, privilégiant l'éclosion des sentiments.

"La scène d'amour dans le film est très mesurée et attendrissante, les deux personnages ne savent pas ce qu'elles font, elles sont naïves et maladroites et ne se déshabillent même pas", souligne la réalisatrice.

Avec ce film aux couleurs éclatantes, Wanuri Kahiu est ravie de montrer une Afrique moderne, "trop souvent réduite à une région marquée par la guerre, la maladie et la souffrance". "Souvent quand vous voyez des Africains à l'écran, ils portent de l'eau sur la tête. Personnellement, je n'ai jamais fait ça, je suis une enfant des villes".

"Ceux qui sont au premier rang pour défendre l'Afrique sont de jeunes artistes pop de tout le continent", affirme la trentenaire, mettant en avant le travail du collectif "AfroBubblegum," qui défend des artistes "audacieux et frivoles" sur le continent.

L'ambition de cette plateforme est de "promouvoir la joie". "C'est très simple, mais même cela peut nous mettre en difficulté par exemple avec ceux qui trouvaient +Rafiki+ in fine trop optimiste".

Dès 2010, Wanuri Kahiu avait été remarquée avec "Pumzi", son premier court-métrage présenté au festival de Sundance, aux États-Unis. Il s'agissait d'une fable de science-fiction explorant un Kenya post-apocalyptique. Un genre dans lequel elle aimerait replonger pour son prochain film.

"Concernant l'histoire de l'Afrique, on n'entend jamais parler de choses légères mais quand on voit la musique et la danse, ça ne peut pas être uniquement le produit de la souffrance", souligne-t-elle, citant la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, auteure au succès mondial (avec son roman "Americanah") et égérie féministe.

Avec l'AFP

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