Ouverture au Cap du plus grand musée d'art contemporain africain

Le jardin de sculptures du nouveau du Zeitz-MoCAA Museum du Cap

Assise dans un imposant fauteuil, elle vous toise du regard devant un mur de fleurs multicolores. A partir de vendredi, "Miss Azania" accueillera les premiers visiteurs du Zeitz Museum du Cap, le plus grand musée au monde consacré à l'art contemporain africain.

Le styliste et performeur sud-africain Athi-Patra Ruga est très fier qu'une de ses photos ouvre la collection permanente du musée. "C'est vraiment merveilleux de savoir que mes neveux et nièces vont pouvoir venir dans cet espace et m'appeler pour me parler de mon travail", s'enthousiasme l'artiste.

Sur un continent plus habitué aux inaugurations de ponts ou de barrages, l'ouverture d'un édifice à vocation exclusivement culturelle est un événement rare.

L'aventure du Musée d'art contemporain africain (MoCAA) du Cap a débuté il y a dix ans, lorsque les promoteurs des docks de cette ville sud-africaine se sont demandé ce qu'ils pourraient bien faire de l'imposant silo à grains érigé comme une verrue au milieu des boutiques et restaurants très prisés des touristes.

Un musée, leur a répondu sans hésiter le cabinet de design urbain londonien Heatherwick.

Après quatre années de travaux, qui ont coûté 31 millions d'euros financés sur fonds privés, le silo d'une hauteur de neuf étages s'est mué en une imposante cathédrale de béton. Il abrite sur 6.000 mètres carrés des centaines d'oeuvres d'artistes africains.

"C'est vraiment incroyable de penser que désormais tous les artistes africains ont un tel espace pour se faire entendre", se réjouit Owanto, artiste d'origine franco-gabonaise.

Au sommet de l'édifice, des fenêtres renvoient sous tous les angles le panorama des tours de la ville et de la célébrissime montagne de la Table.

A l'intérieur de sa nef en forme d'un immense grain de blé, a pris place un dragon au crâne cornu de bélier.

- 'Entouré d'art' -

Intitulée "iimpundulu zonke ziyandilenda", l'effrayante sculpture de caoutchouc, rubans et lumières assemblée par le Sud-Africain Nicholas Hlobo fait partie, comme de nombreuses autres oeuvres du MoCAA, de la collection privée de Jochen Zeitz.

L'ancien et précoce PDG de l'équipementier sportif Puma - il fut à 30 ans un des plus jeunes patrons allemands d'une grande entreprise - a commencé à s'intéresser à l'art contemporain lors de ses années new-yorkaises.

"Je ne me suis jamais considéré comme un collectionneur", assure-t-il aujourd'hui, "je voulais simplement m'entourer d'art".

Lorsqu'il s'y est intéressé au point d'en acheter, Jochen Zeitz s'est fixé un objectif. Constituer une collection qui représente la diversité et la créativité des artistes africains.

"J'ai découvert l'Afrique il y a trente ans et j'en suis tombé amoureux", raconte le philanthrope, "j'ai voulu rendre quelque chose à l'endroit que je considère aujourd'hui comme ma maison".

De son propre aveu, ce fut une des principales difficultés de son pari. Retrouver aux quatre coins de la planète la trace d'oeuvres fondatrices de l'art contemporain africain, les réunir et surtout les "ramener quelque part sur le continent".

Mission accomplie avec la Nigériane Taiye Idahor, le Malgache Joël Andrianomearisoa ou le photographe angolais Edson Chagas, premier artiste africain primé à la Biennale de Venise en 2013.

Désormais exposé dans les tunnels qui forment le rez-de-chaussée du musée, son travail constitue une oeuvre que le conservateur en chef Mark Coetzee décrit comme "extrêmement généreuse".

Chaque visiteur est en effet invité à ramener chez lui une de ses milliers de photos. "L'oeuvre peut ainsi exister au sein-même de la communauté qui nous entoure", se réjouit M. Coetzee.

- 'Voix de l'Afrique' -

Non contents de rapatrier la production artistique africaine sur ses terres, les concepteurs du musée se sont également efforcés de la rendre plus accessible au public. Une fois par semaine, la visite est gratuite pour tous les titulaires de passeports africains.

"A cause de l'apartheid, la plupart des musées publics de ce pays n'étaient pas accessibles à la majorité", explique le conservateur.

"En tant qu'institution, il était très important pour nous de valoriser non seulement cette voix qui vient de l'Afrique mais aussi son public, pour qu'il puisse voir sa propre production culturelle et être fier des artistes qui le représente".

La décision d'établir ce musée au Cap plutôt qu'à Nairobi, Lagos ou Dakar a toutefois fait froncer quelques sourcils.

Les expropriations de force qui ont marqué l'ère de l'apartheid et, plus récemment, l'embourgeoisement de la ville la plus méridionale du continent africain lui ont donné l'image d'une cité plutôt hostile aux pauvres de race noire.

Les critiques soulignent ainsi que les boutiques qui entourent le musée Zeitz sont inaccessibles à la plupart des habitants du Cap.

"Le plus important, c'est que nous soyons désormais ici", balaie d'un revers de main l'artiste sud-africaine Thania Petersen. "La seule façon de changer les choses, c'est d'être présent dans ces espaces. Je crois que nous y sommes."

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