[Interview] Bod Djani : "Le futur de la musique urbaine, c'est l'Afrique"

Le producteur Bob Djani

Après une longue carrière d'animateur radio, Bob Djani choisi la musique afin d'aider les jeunes talents qui n'ont pas l'opportunité de signer en maison de disquesL'homme aux allures de boxeur est  présent là où il y a la misère sociale, une manière pour lui de ne jamais oublier qu'il est natif de Makeaun quartier populaire au Cameroun. Interview.  

Œil d'Afrique: Comment passe-t-on du journalisme production musicale ?   

Bob Djani: De mon expérience radiophonique, j'ai vu des talents souffrir de l'absence d'intérêts des maisons de disques. La loi du business fait que ce n'est pas toujours les meilleurs qui bénéficient de la bourse des maisons de disques. A la radio Génération (à Paris), je côtoyais beaucoup de talents négligés par les majors, j'ai décidé de créer mon premier label indepedenza puis une autre société de distribution afin de s'assurer un circuit complet.  

Vous êtes de la génération qui connu ce qu'on qualifie de "l'âge d'or du rap français". Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération du rap français? 

Je ne suis pas de ceux qui pensent que le rap était mieux avant. Ceux qui disent le contraire doivent se souvenir de leurs 18 ans et des critiques sur la musique qu'ils étaient à l'époque. Chaque génération mérite ses idoles. J'ai aidé à la diffusion de MHD et de Gradur dans les grands médias. Je crois au talent et rien d'autre. 

Aujourd'hui vous avez fait le choix de produire les artistes basés en Afrique. Pourquoi? 

Je suis un mélomane. Je suis un amoureux de la musique. J'aime toutes les musiques. Le choix de produire des artistes sur le continent s'est fait tout simplement suite des rencontres. Je suis né au quartier Makea au Cameroun et j'ai un profond rejet de l'injustice sociale. Si aujourd'hui je peux par mon expérience aider certains talents à internationaliser leur musique alors pourquoi ne pas le faire ?   

Vous êtes à la tête de Makea Production. Que contient votre catalogue? 

Nous avons deux groupes basés en France. Il s'agit du groupe Orgami et Aristone qui est un artiste solo. En Afrique, nous avons signé Tony Nobody. C'est l'artiste qui va dans quelques mois devenir le numéro un en Afrique. Vous allez être surpris par la qualité de sa musique.  

Après la domination congolaise, la musique africaine se fait de plus en plus nigériane. Comment analysez-vous cette mutation? 

Les gens ne se rendent pas compte de la chance de l'Afrique en terme musical. La diversité qui existe sur le continent pousse les artistes à être dans le souci de l'innovation. Et je peux vous dire que le futur de la musique urbaine c'est l'Afrique. C'est sur cela que nous devons travailler. Nul n'est besoin de comparer les Congolais aux Nigérians. Nous sommes dans l'air de la mondialisation musicale. Nos artistes sont décomplexés et c'est cela aussi notre force aujourd'hui. 

On assiste régulièrement aux clashs entre les rappeurs et leurs managers ou leurs producteurs. Comment, expliquez-vous qu'après toutes les histoires de contrats mal ficelés et connus de tous, certains artistes continuent de se réveiller avec la gueule de bois ?  

Toutes ces affaires sont dues à un manque d'encadrement. Ces artistes ne sont pas formés et arrivent dans un milieu où il est question de droit et d'entrepreneuriat. Ils méconnaissent totalement leurs droits. Il est donc facile pour certains d'en profiter. Au-delà de la musique, c'est aux artistes de faire en sorte de maîtriser leur environnement afin d'éviter les pièges. 

Votre dernier mot. 

Le rendez-vous à ne surtout pas manquer est la sortie de Tony Nobody. Un artiste vraiment talentueux qui va surprendre plus d'un. Merci.

Propos recueillis par Roger MusandjiOeil d'Afrique

Videos

Culture

De jeunes Centrafricains en plein entraînement de capoeira, le 1er juillet 2018 à Bangui | AFP | CHARLES BOUESSEL

A Bangui, la capoeira pour surmonter la guerre et la violence

"La capoeira m'a donné une famille", lance Oussein, président de l'association Abada Capoeira Centrafrique, au milieu d'une quarantaine de filles et garçons emportés dans une danse féline rythmée par les percussions.Chaque dimanche, ces jeunes de tous les horizons se rassemblent au "Stade 20.000 places" de Bangui pour s'entraîner et renouer des liens abîmés par la guerre et la violence qui frappent leur pays depuis des années.
Le chanteur congolais Koffi Olomidé, ici à Kinshasa en août 2012, avait été condamné à trois mois de prison avec sursis pour "coups et blessures volontaires" contre son producteur Photo JUNIOR KHANNA. AFP

Agressions sexuelles et séquestrations: la star congolaise Koffi Olomidé "souhaite" comparaître en France

Le chanteur congolais Koffi Olomidé, renvoyé en procès en France où il est accusé d'avoir agressé sexuellement quatre de ses danseuses en région parisienne, désire comparaître devant la justice, a déclaré lundi son avocat. "Il souhaite ardemment comparaître" pour "pouvoir répondre personnellement à ses juges et le cas échéant à ses accusatrices", a indiqué Emmanuel Marsigny à l'AFP.
Le musicien malien Kassé Mady Diabaté se produit lors d'un festival de Jazz à Bamako le 30 avril 2016.

Disparition de Kassé Mady Diabaté, grande voix du Mali

Le chanteur Kassé Mady Diabaté, l'une des plus grandes voix du Mali, descendant d'une longue lignée de griots mandingues, s'est éteint jeudi à Bamako, vendredi son entourage.Victime d'un accident vasculaire cérébral en mars, le chanteur, né en 1949 à Kela, près de Kangaba, à une centaine de kilomètres de la capitale, au cœur du "Mandé", berceau de l'empire du Mali au XIIIème siècle, est décédé à la clinique Pasteur de Bamako, a indiqué à l'AFP son frère, Amara Diabaté.
Le chanteur tanzanien Diamond Platnumz pose avant les MTV Europe Music Awards à Milan le 25 octobre 2015. | AFP/Archives | GIUSEPPE CACACE

Tanzanie: arrestation du chanteur Diamond Platnumz pour "indécence"

L'un des artistes tanzaniens les plus populaires actuellement, le chanteur Diamond Platnumz, a été arrêté pour diffusion de photos "indécentes", a annoncé mardi devant le parlement le ministre de l'Information et des Arts Harrison Mwakyembe.
Le chanteur sierra-léonais Emmerson Bockarie dans son studio à Freetown, le 9 mars 2018 | AFP | ISSOUF SANOGO

Sierra-Leone: la "pop star du peuple", bête noire des autorités

Pour un musicien habitué à être insulté par le président de la République et à recevoir des menaces de mort anonymes à chaque nouvel album, Emmerson Bockarie, pop star sierra-léonaise, rit beaucoup.Le populaire chanteur, bête noire des gouvernements successifs de son pays depuis le début de sa carrière il y a quinze ans, pouffe au souvenir des innombrables fois où des politiciens ont essayé en vain de réduire son influence.
Salif Traoré, dit A'Salfo, le leader de Magic System, groupe star de la musique ivoirienne et promoteur du festival, le 5 août 2017 à Abidjan | AFP/Archives | Sia KAMBOU

Côte d'Ivoire: festival de musique contre l'immigration en Europe

Le Festival des musiques urbaines d'Anoumabo (Femua) réunira 14 artistes africains de renom, du 17 au 22 avril à Abidjan, pour chanter contre l'immigration clandestine d'Africains en Europe, ont annoncé mercredi les organisateurs.La 11e édition du Femua aura pour thème "jeunesse africaine et immigration clandestine", "une question d'actualité", a déclaré à l'AFP Salif Traoré, dit A'Salfo, le leader de Magic System, groupe star de la musique ivoirienne et promoteur du festival.
Quelques personnes marchent devant une pancarte publicitaire géante du Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan (Masa), à Abidjan, le 9 mars 2018.

Un millier d'artistes pour le spectacle du Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan

Un millier d'artistes venus de plus de 50 pays, des dizaines de milliers de spectateurs... Le Masa, Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan, grand rendez-vous pluridisciplinaire qui s'ouvre samedi jusqu'au 17 mars a retrouvé son rayonnement du passé. "On a dépassé ce qu'on était avant la crise", affirme Chantal N'Cho Nabalema, responsable de la communication.