A Bangui, la capoeira pour surmonter la guerre et la violence

De jeunes Centrafricains en plein entraînement de capoeira, le 1er juillet 2018 à Bangui | AFP | CHARLES BOUESSEL

"La capoeira m'a donné une famille", lance Oussein, président de l'association Abada Capoeira Centrafrique, au milieu d'une quarantaine de filles et garçons emportés dans une danse féline rythmée par les percussions.

Chaque dimanche, ces jeunes de tous les horizons se rassemblent au "Stade 20.000 places" de Bangui pour s'entraîner et renouer des liens abîmés par la guerre et la violence qui frappent leur pays depuis des années.

"Ils ne s'occupent pas de savoir qui est de quelle ethnie, de quelle religion, de quel quartier, qui est enfant des rues, enfant défavorisé, enfant éduqué, handicapé, sorti des groupes armés", explique Marion, une Française résidant à Bangui, qui a rencontré Oussein en cherchant un club de capoeira, un art martial afro-brésilien.

Elle l'a accompagné dans le développement de l'association, créée en 2017 et dont l'histoire commence en République démocratique du Congo (RDC) dans le camp de réfugiés de Mole (nord), où des milliers de Centrafricains avaient trouvé refuge à partir de 2013.

Cette année-là, la Séléka, une rébellion à majorité musulmane venue du nord de la RCA, a pris le pouvoir à Bangui et depuis, les violences n'ont pratiquement plus cessé en Centrafrique placée sous la coupe des groupes armés.

A Mole, cinq Centrafricains, Vicky, Oussein, Mexent, Jephte, Vital, et deux Centrafricaines, Beliva et Nancy, découvrent la capoeira avec l'aide du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) et du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

"Quand on a quitté la RCA, à cause de la guerre, on était tous traumatisés. Certains ont vu leurs parents tués. C’était un peu chaud dans le camp et le HCR a cherché des moyens d'adoucir les gens" en mettant en place des activités comme le football, "mais ça finissait souvent en bagarre", se souvient Oussein. "Alors, ils ont ramené la capoeira".

Vicky se rappelle lui que, dans le camp, "il y avait des jeunes avec une mauvaise mentalité, qui prenaient des drogues". Quand la capoeira a commencé, "ça a enlevé tous les mauvais esprits, moi-même ça m'a défoulé, ça m'a permis d'oublier ce qui s’était passé, ça nous a permis d'oublier nos traumatismes".

- "Capoeira pour la paix" -

Et puis, affirme Oussein, la pratique de cet art martial a permis d'améliorer les relations souvent tendues entre Congolais et réfugiés centrafricains, d'où l'idée de l'implanter à Bangui, pour aider à surmonter celles, également compliquées, entre chrétiens et musulmans.

"On s'est dit, OK, nos quartiers sont divisés, pourquoi ne pas créer" un club de capoeira "et réunir nos enfants?"

A leur retour à Bangui en 2016, Oussein et ses amis de Mole ont donc commencé à donner bénévolement des cours de capoeira dans leurs quartiers respectifs, en plus des rencontres dominicales au stade. Des entraînements ont également lieu à la fondation "Voix du cœur" qui s'occupe des enfants des rues.

La capoeira, c'est pour Oussein "beaucoup d'amour, de famille. On se retrouve dans un cocon". Mais c'est aussi une porte d'entrée vers l'éducation. La devise de l'association, scandée par les jeunes à la fin de l'entraînement, en témoigne: "capoeira pour la paix, la cohabitation, l'amour, le respect de l'autre et la maîtrise de soi".

Pour Marion, les participants "font plus que pratiquer un sport, ils souhaitent contribuer à pacifier les jeunes et les éduquer à des valeurs de solidarité, de non-violence et de tolérance".

Vicky n'oublie pas, lui, une autre particularité essentielle à ses yeux de la capoeira qui "vient de l'Afrique". Ce sont "les esclaves africains qui l'ont développée au Brésil, c'est une fierté pour moi de faire les choses de mes ancêtres. C'est notre culture".

En 2016, Oussein et Vicky s'étaient vu remettre leur diplôme de capoeira par Caroline de Hanovre, princesse de Monaco.

Ils aimeraient à leur tour pouvoir organiser à Bangui une cérémonie de "graduation" de la capoeira pour les 250 enfants de l'association qui manque cependant cruellement de moyens et recherche des soutiens.

Videos

Culture

De jeunes Centrafricains en plein entraînement de capoeira, le 1er juillet 2018 à Bangui | AFP | CHARLES BOUESSEL

A Bangui, la capoeira pour surmonter la guerre et la violence

"La capoeira m'a donné une famille", lance Oussein, président de l'association Abada Capoeira Centrafrique, au milieu d'une quarantaine de filles et garçons emportés dans une danse féline rythmée par les percussions.Chaque dimanche, ces jeunes de tous les horizons se rassemblent au "Stade 20.000 places" de Bangui pour s'entraîner et renouer des liens abîmés par la guerre et la violence qui frappent leur pays depuis des années.
Le chanteur congolais Koffi Olomidé, ici à Kinshasa en août 2012, avait été condamné à trois mois de prison avec sursis pour "coups et blessures volontaires" contre son producteur Photo JUNIOR KHANNA. AFP

Agressions sexuelles et séquestrations: la star congolaise Koffi Olomidé "souhaite" comparaître en France

Le chanteur congolais Koffi Olomidé, renvoyé en procès en France où il est accusé d'avoir agressé sexuellement quatre de ses danseuses en région parisienne, désire comparaître devant la justice, a déclaré lundi son avocat. "Il souhaite ardemment comparaître" pour "pouvoir répondre personnellement à ses juges et le cas échéant à ses accusatrices", a indiqué Emmanuel Marsigny à l'AFP.
Le musicien malien Kassé Mady Diabaté se produit lors d'un festival de Jazz à Bamako le 30 avril 2016.

Disparition de Kassé Mady Diabaté, grande voix du Mali

Le chanteur Kassé Mady Diabaté, l'une des plus grandes voix du Mali, descendant d'une longue lignée de griots mandingues, s'est éteint jeudi à Bamako, vendredi son entourage.Victime d'un accident vasculaire cérébral en mars, le chanteur, né en 1949 à Kela, près de Kangaba, à une centaine de kilomètres de la capitale, au cœur du "Mandé", berceau de l'empire du Mali au XIIIème siècle, est décédé à la clinique Pasteur de Bamako, a indiqué à l'AFP son frère, Amara Diabaté.
Le chanteur tanzanien Diamond Platnumz pose avant les MTV Europe Music Awards à Milan le 25 octobre 2015. | AFP/Archives | GIUSEPPE CACACE

Tanzanie: arrestation du chanteur Diamond Platnumz pour "indécence"

L'un des artistes tanzaniens les plus populaires actuellement, le chanteur Diamond Platnumz, a été arrêté pour diffusion de photos "indécentes", a annoncé mardi devant le parlement le ministre de l'Information et des Arts Harrison Mwakyembe.
Le chanteur sierra-léonais Emmerson Bockarie dans son studio à Freetown, le 9 mars 2018 | AFP | ISSOUF SANOGO

Sierra-Leone: la "pop star du peuple", bête noire des autorités

Pour un musicien habitué à être insulté par le président de la République et à recevoir des menaces de mort anonymes à chaque nouvel album, Emmerson Bockarie, pop star sierra-léonaise, rit beaucoup.Le populaire chanteur, bête noire des gouvernements successifs de son pays depuis le début de sa carrière il y a quinze ans, pouffe au souvenir des innombrables fois où des politiciens ont essayé en vain de réduire son influence.
Salif Traoré, dit A'Salfo, le leader de Magic System, groupe star de la musique ivoirienne et promoteur du festival, le 5 août 2017 à Abidjan | AFP/Archives | Sia KAMBOU

Côte d'Ivoire: festival de musique contre l'immigration en Europe

Le Festival des musiques urbaines d'Anoumabo (Femua) réunira 14 artistes africains de renom, du 17 au 22 avril à Abidjan, pour chanter contre l'immigration clandestine d'Africains en Europe, ont annoncé mercredi les organisateurs.La 11e édition du Femua aura pour thème "jeunesse africaine et immigration clandestine", "une question d'actualité", a déclaré à l'AFP Salif Traoré, dit A'Salfo, le leader de Magic System, groupe star de la musique ivoirienne et promoteur du festival.
Quelques personnes marchent devant une pancarte publicitaire géante du Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan (Masa), à Abidjan, le 9 mars 2018.

Un millier d'artistes pour le spectacle du Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan

Un millier d'artistes venus de plus de 50 pays, des dizaines de milliers de spectateurs... Le Masa, Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan, grand rendez-vous pluridisciplinaire qui s'ouvre samedi jusqu'au 17 mars a retrouvé son rayonnement du passé. "On a dépassé ce qu'on était avant la crise", affirme Chantal N'Cho Nabalema, responsable de la communication.