Transport : situation critique pour les compagnies aériennes africaines

Les compagnies aériennes africaines survivront-elles à la crise en préservant leurs indépendances ?

Les compagnies africaines clouées au sol vont-elles survivre face à la crise économique provoqué par l'épidemie Coronavirus ? L'heure est déjà à l'inquietude. Ces petits porte-drapeaux nationaux sont déjà dans le rouge et ne sauraient s'en sortir sans un soutien gouvernemental, à moins d'élargir les partenariats. 

Air Côte d’Ivoire, filiale de Air France, a mis son personnel en congé depuis fin mars. Rwandair, en pourparlers avec Qatar Airways, a réduit de 65% des salaires de son personnel. Air Sénégal a perdu 20 milliards de Franc CFA de chiffre d’affaires depuis mars. Air Burkina en pertes sèches depuis avril et en négociation avec l’américain African Global Development pour une reprise partielle. Mauritania Airlines, a mis son personnel en congé depuis avril. 

Ces compagnies asphyxiées suivront-elles Air Mauritius, sur le point de sceller une alliance capitalistique avec le géant Ethiopian Airlines, pourtant lui-même privé de 550 millions de dollars de revenus entre le 1er janvier et le 23 avril dernier ? Le leader continental, qui mise sur le fret pour contenir les pertes a signé un juteux contrat d’acheminement de médicaments avec le Programme Alimentaire Mondial.

La compagnie des plateaux profite de la crise du coronavirus pour étendre son influence sur le continent, tout en négociant, sur un autre plan, sa survie avec la conclusion d’un moratoire auprès de ses fournisseurs (rééchelonnement de 2 milliards de dollars, conséquence d’une commande record de 111 avions entre 2017 et 2018), et en cherchant à augmenter son activité fret de 15 à 40% de ses revenus habituels.

Ethiopian Airlines maintient ses objectifs

Parallélement à cette activité intense, le CEO de Ethiopians Airlines, Tewolde GebreMariam, a ouvert des discussions avec South African Airways placée sous administration provisoire et à la recherche d’un partenaire technique, voire d’un repreneur. Engagée dans une stratégie 2025 visant de faire d’elle la première compagnie aérienne d’Afrique, Ethiopians Airlines, déjà actionnaire de référence de la compagnie ouest-africaine Asky et de Malawian Airways, avait acquis 45% de la Zambia Airways en 2018 et poursuit des discussions pour la remise à flot de Ghana Airways.

La compagnie qui dessert directement 106 destinations dans le monde pourrait perdre 1 milliard de dollars sur l’année fiscale qui termine en juin 2020, ce qui ne l’empêche pas de rester optimiste, considérant cette crise comme l’occasion de faire des achats à prix soldés.

Aux antipodes du dynamisme d’Ethiopian Airways, la rivale Kenya Airways, qui était en compétition féroce pour le contrat fret de PAM, poursuit sa descente aux enfers en coupant de 80% les salaires de son staff. Re-nationalisée en juillet 2019 après une privatisation qui remonte à il y a 23 ans, la compagnie kenyane n’a toujours pas trouvé la bonne formule.

Sur la partie Nord- du continent, la crise de coronavirus frappe aussi les transporteurs aériens. La Royal Air Maroc, avec 60 appareils cloués au sol, a été contrainte de proposer, fin mars, des «formules d’arrêt» à son personnel, l’invitant à «contribuer à l’effort engagé par la compagnie pour traverser cette période de crise». Une situation analogue à celle de Tunisair qui a perdu 150 millions de Dinars (52 millions de dollars) depuis le mois de mars mais ne dispose pas de grande visibilité.

Pour sa part, Air Algérie négocie en ce moment des ponctions de salaires de 30 à 50% mais devra, à terme, trouver un plan de sortie de déconfinement à l’instar de ses consoeurs.

En clair, la période post-covid pourrait signer la disparition des compagnies nationales au profit de la création de mastodontes régionales. C’est sans doute une bonne nouvelle pour les passagers sur les lignes aériennes africaines, les plus chères au monde.

Avec Finacial Afrik