Le « marché chinois » de Dakar en voie de sénégalisation

Image d'illustration (archives) ©DR

Au rythme où s’effectuent les départs des commerçants chinois, le marché qu’ils ont ouvert au début des années 2000 sur les Allées du Centenaire à Dakar, n’aura plus de chinois que le nom.

En effet, ce lieu de négoce situé à la périphérie du centre-ville de la capitale sénégalaise, se vide progressivement de ses commerçants chinois, remplacés aussitôt par des Sénégalais dont certains étaient leurs employés. La saignée est réelle à en croire Omar Diallo, directeur du service régional du commerce de Dakar, qui révèle qu’«on dénombrait 250 à 260 commerçants chinois en 2009, mais maintenant ils sont 177 seulement » au « marché chinois » des Allées du Centenaire.

A la question de savoir pourquoi une telle situation, M. Diallo croit savoir que ses compatriotes ont bien appris des Chinois avant de les supplanter en se lançant eux-mêmes dans le commerce. Comme ils connaissent mieux le milieu, ils ne cessent de pousser progressivement les Chinois sur la touche.

Souleymane Shi, un Chinois établi à Dakar depuis 2008, confirme la nouvelle donne et explique que tout est parti de ce que les Sénégalais, après avoir apprécié au début les produits chinois en les trouvant moins chers, ont eu le flair d’aller s’approvisionner en Chine.Si en plus d’exposer les mêmes produits que les nationaux, les commerçants chinois doivent s’acquitter de patentes et de loyer, il y a de quoi les pousser dans une situation de mévente à tel point qu’ils sentent la nécessité d’aller chercher autre chose à faire.

« Les Chinois, actuellement, sont dans le bâtiment, les hôtels, les auberges », renseigne Omar Diallo qui ajoute que certains ont quitté les Allées du Centenaire pour s’installer dans d’autres quartiers de Dakar où ils investissent dans l’hébergement, la restauration.

Pire, d’autres Chinois ont baissé les bras en rentrant chez eux, après avoir cédé leurs boutiques à des Sénégalais, passés du statut de consommateur à celui de vendeur.

On est loin de l’euphorie des années 2000 où, surfant sur le rétablissement, aux dépens de Taiwan, des relations diplomatiques entre Dakar et Beijing, les commerçants chinois sont venus en masse s’établir sur les Allées du Centenaire. A coups de milliers voire de millions de FCFA, ils ont transformé ce quartier chic de Dakar en marché, en prenant en location des espaces ou en se proposant de rénover des maisons pour y aménager des boutiques.

Ainsi, Rokhaya Niang, une riveraine des Allées du Centenaire, révèle que pour s’installer dans une aille de sa maison, les Chinois ont proposé à son mari un loyer de 300.000 FCFA. « D’ailleurs, beaucoup de personnes ont vendu ou loué leurs maisons aux Chinois et sont parties vivre ailleurs », souligne Rokhaya.

Si l’arrivée des Chinois a fait des riches parmi les habitants des Allées du Centenaire, il reste que ce quartier a perdu de sa tranquillité et de sa propreté, d’après Mme Niang qui dénonce le tapage et l’anarchie instaurés dans le quartier par les commerçants ambulants.

« Les Chinois, déplore-t-elle, sont à l’origine du phénomène des marchands ambulants. Ils viennent mettre une table devant ta maison sans ton autorisation et tu n’y peux rien».

Certes, la mairie a promptement réagi contre cette occupation de l’espace public, mais n’est pas parvenue à l’éradiquer complètement.

Ainsi va « le marché chinois » des Allées du Centenaire où on trouve de plus en plus de Sénégalais que de Chinois, à l’image de Khardiata Mbow et de Moustapha Ndiaye. Installée sur les lieux depuis 2012, la première est spécialisée dans la vente des sacs à main pour femme, des jouets et habits pour enfants là où le second propose à ses clients des casquettes, des chapeaux, des bonnets et des ceintures pour homme.

D’autres comme Ndiaté Ndiaye, viennent acheter sur place quelques produits avant d’aller les revendre. Venue de Daara Djolof (259 km de Dakar), cette femme âgée de 53 ans, est spécialisée dans la revente des foulards et nuisettes qui peuvent lui rapporter des bénéfices allant de 500 à 2000 voire 2500 FCFA.

Aliou Guèye, marchand ambulant de son état, a fait mieux : ayant démarré avec un capital de 5000CFA, il a maintenant un fonds de commerce de 200.000 FCFA.

Pourtant, tout ne serait pas rose au « marché chinois ». En effet, outre la pacotille introduite à profusion dans le pays, les Chinois, dénoncent certains de leurs employés, maintiennent leurs collaborateurs dans un statut précaire en ne signant pas avec eux un contrat d’embauche.

Avec l'APA