La Cemac veut revoir sa coopération monétaire avec la France

Un changeur de monnaie manipule des billets de francs CFA sous les manguiers de l'allée du Beach, à Brazzaville. (Image d'illustration) © Loïcia Martial

Les dirigeants de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont décidé, vendredi à Yaoundé, d’engager «une réflexion approfondie» sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération avec la France sur le franc CFA.

Au terme de leur sommet extraordinaire, les leaders du pays hôte, mais aussi du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la Guinée Équatoriale, de la République centrafricaine et du Tchad ont réaffirmé leur volonté de «disposer d’une monnaie commune forte et stable».

S’agissant particulièrement de la coopération monétaire qui lie la Cemac à l’Hexagone et portant sur leur devise, ils ont chargé la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), sous la supervision de l’Union monétaire communautaire (Umac), de proposer «dans les délais raisonnables un schéma approprié, conduisant à l’évolution de la monnaie commune».

Consacrées à l’examen de la situation économique, monétaire et financière de la Cemac et à ses perspectives, ces assises ont salué le redressement global de la situation macroéconomique, marqué par le retour à une croissance positive, la maîtrise de l’inflation, une forte réduction des déficits budgétaires et courants.

Les chefs d’État et de gouvernement ont ainsi relevé, pour s’en féliciter la reconstitution des réserves de change communautaires, permettant ainsi la préservation de la parité fixe francs CFA-euro, évitant de ce fait tout ajustement monétaire.

Ils ont, dans le même élan, salué les contributions financières et techniques du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale (BM), de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Union européenne (UE) et de l’Agence française de développement (AFD), ayant participé au programme de redressement économique de la Cemac.

Ils ont réitéré leur soutien à la poursuite de la mise en œuvre des mesures en faveur d’une politique budgétaire soutenable, propice à une relance économique favorable.

Dans le même temps, ils ont décidé de la poursuite des réformes institutionnelles, ainsi que de la mise en œuvre de mesures appropriées, devant concourir à une politique monétaire efficace, une application judicieuse, concertée, rigoureuse et améliorée de la règlementation de change communautaire, à la préservation de la stabilité financière et à la consolidation du système bancaire de la sous-région.

Les dirigeants ont également renouvelé leur engagement à poursuivre, de manière coordonnée, la consolidation budgétaire dans chaque pays afin d’aboutir à un retour maîtrisé, et à une gestion saine des finances publiques. Ils ont souligné la nécessité d’assurer, avec l’appui technique et financier des partenaires au développement, un traitement approprié des arriérés de cotisations communautaires, et d’accorder une attention particulière à l’impact des tensions sécuritaires sur les finances publiques des États.

Ils ont relevé la nécessité de préserver la soutenabilité et la viabilité de l’endettement public, en privilégiant les financements concessionnels, ainsi que le leur recommande la FMI depuis bientôt 3 ans, tout en favorisant les partenariats public-privé pour la réalisation des projets d’infrastructures.

Ces leaders ont renouvelé leur engagement pour une approche solidaire, cohérente et concertée dans l’élaboration, en accord avec les partenaires techniques et financiers, de nouveaux cadres de coopération à la fin des programmes économiques et financiers de nouvelle génération, soutenus par la facilité élargie de crédit (FEC) du FMI.

Ils se sont aussi engagés à améliorer le climat des affaires à travers des réformes structurelles d’envergure, afin de promouvoir l’investissement privé et diversifier leurs économies, afin de les rendre plus fortes, résilientes et davantage compétitives. Dans le même esprit, il a été convenu d’accélérer les échanges commerciaux intercommunautaires afin de préparer la Cemac à tirer le meilleur profit de l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

«A l'issue de nos discussions, nous pouvons dire que les réformes que nous avons engagées depuis plus de 3 ans ont porté leurs fruits. Mais il faut continuer ces efforts pour redresser la situation économique de la sous-région», a déclaré à la presse le président congolais, Denis Sassou Nguesso avant de quitter Yaoundé en fin de journée.

Il convient de mentionner qu’en dehors du chef de l’État gabonais, Ali Bongo Ondimba, qui s’est fait représenter par son Premier ministre, Julien Nkoghe Bekale, tous les dirigeants de la Cemac ont participé audit sommet. Comme invité spécial, l’on notait également la présence aux travaux du président de la BAD, Akinwumi Adesina.

Avec APA