Congo - Brazzaville : la quête de compétence comme socle de l’entrepreneuriat

 Centre-ville de Brazzaville. AFP PHOTO / JUNIOR D. KANNAH

Une réflexion des Ateliers Citoyens du Congo (ACC)

Ce 21 août nous célébrons la journée internationale des entrepreneurs.

Ce sera de nouveau l’occasion de se poser les questions relatives à la participation de l’entrepreneuriat au PIB du continent africain.

Ce concept développé par Schumpeter dans les années 50 est à en croire de nombreux observateurs la solution principale pour la création de richesse et d’emplois en Afrique.

L’idée de l’entrepreneur comme « révolutionnaire de l’économie » africaine séduit tout le monde.

Au Congo particulièrement, il y a indiscutablement un aspect positif concernant cette jeunesse qui est naturellement encline à créer leur entreprise. En effet, historiquement les congolais ont été formés dans les premières décennies qui ont suivi les indépendances pour occuper des postes dans la fonction publique ou dans des sociétés para-étatiques.

Devant les problèmes structurels, conjoncturels et de gouvernance, cette fonction publique ne peut plus pourvoir assez d’emplois pour tous.

En effet, la précédente décennie avec de nombreuses années de croissance économique était propice aux entrepreneurs. Le contexte favorisait l’initiative privée en dépit des problèmes structurels bien présents dans l’économie congolaise (faible industrialisation, économie peu diversifiée…).

Pour un entrepreneuriat qui permettra de doter le Congo de capitaines d’industrie, il faudra des entreprises pérennes et à fort potentiel de croissance.

Ce sont deux conditions indispensables pour que les millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail trouvent un emploi stable.

Pour avoir une entreprise pérenne se pose avant tout la question de la compétence : la formation est indispensable à celui qui veut se lancer pour concrétiser son idée.

 

Une formation à minima pour être en mesure: d’analyser le marché, choisir la forme juridique de son entreprise, mettre en place sa gestion, être informé du cadre légal de son activité, savoir élaborer des stratégies de communication et vendre son offre. C’est en cela que celui qui porte l’idée et qui a le tempérament pour se lancer, doit s’entourer de prestataires externes ou alors de salariés, quand l’activité devient prospère.

 

Le manque de compétences, notamment en matière de Gestion, est l’une des causes pour lesquelles les entreprises créées disparaissent avant d’atteindre deux ans d’existence. Il faut se méfier de la partie émergée de l’iceberg en ce qui concerne l’entrepreneuriat.

 

La qualité des ressources humaines est le premier maillon de la chaîne d’un entrepreneuriat viable. D'autres obstacles tels que la quête de financement et l’inertie de l’Etat ne sont pas à négliger mais la formation reste un prérequis.

 

Pourquoi les mesures d’accompagnements récentes telles que les incubateurs et autres Hub ne fonctionnent pas au Congo?

Tout d’abord, il faut mettre en place des approches adaptées à nos réalités.

Insister sur ce qui est réalisable et qui peut rapidement porter ses fruits.

En cela, les incubateurs qui sont théoriquement une bonne idée, ont montré leurs limites en Afrique centrale. Cette forme d’accompagnement et de transfert de compétences pour l’instant a du mal à prendre.

La naissance d’incubateurs pour aider à la conception de nouveaux services et produits, a fait oublier l’adéquation avec un réel besoin à combler. Une grande partie des entrepreneurs ne pensent plus que programmes informatiques, gestion de données et start-ups.

Pour que cela fonctionne au Congo et en Afrique centrale, il faut un écosystème propice.

Les chiffres de l’AFD sur l’année 2017 relatifs aux levées de fonds des start-ups africaines sont parlants. Sur une estimation de 556 millions dollars US à destination des start-ups africaines, 80 % de ce financement est allé vers l’Afrique du sud, le Kenya, le Nigéria et l’Egypte. L’une des explications, est le manque de l’implication des pouvoirs publics pour dynamiser de ce secteur (Incitation à la recherche et à l’innovation, appels d’offres…).

Comment repenser l’offre de formation dans un tel contexte ?

 

Il faut dynamiser la chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers.

La mission la plus urgente de cet organisme aujourd’hui est la Formation.

La nouvelle agence ACPE (agence congolaise pour l’emploi) doit jouer un rôle dans cet accompagnement en identifiant les besoins du marché de l’emploi et les formations pour faire coïncider au mieux l’offre et la demande.

Il faut encourager ce développement du Mindset de l’entrepreneur. Se former tout au long de la vie d’entrepreneur avec pour objectif une amélioration en continue pour exister dans le temps. Se mettre à niveau des nouvelles technologies et se tenir informer des évolutions du métier.

Parmi l’une des pistes à explorer et qui fait appel à l’engagement de chacun, on peut citer l’idée du Management à temps partagé.

 

Il s’agit pour les PME de pouvoir bénéficier de services d’un manager pour 2 ou 3 jours par semaine. Il s’agit par ce biais de permettre à des entrepreneurs ou managers chevronnés d’accompagner sur une durée déterminée et de transférer de la connaissance pour permettent de remettre à flots des entreprises traversant des périodes critiques.

Cela permet de mettre en place de nouveaux process et de faire du coaching auprès d’entrepreneurs débutants ou ayant besoin de formation. Ce qui est valable pour un manager l’est également pour un responsable comptable ou un DRH dans des structures plus grandes.

L’intérêt pour l’entreprise est une aide au « pilotage » et pour le manager ou autres personnes qualifiées, l’intérêt est aussi de permettre d’avoir un revenu correct grâce au recours au management partagé dans différentes PME sachant que le marché de l’emploi est tendu.

Une autre approche qui ferait intervenir les congolais de la diaspora est d’ouvrir également cette approche aux congolais résidents à l’étranger désireux d’entreprendre au Congo.

Cette immersion permet d’être aux prises avec les réalités socio-économiques du pays.Ce profil particulier permettrait d’envisager de le mettre en place pour ceux qui font de courts séjours au Congo.

Cette approche qui permet aussi d’avoir une approche de mise en place de système de management de la qualité. Le manager en temps partagé pourrait mettre en place des process pendant 2 mois en intervenant 2 jours par semaine et revenir six mois plus tard pour s’assurer du suivi des recommandations et du respect des process installés.

Ainsi, le principe de l’amélioration continue serait respectée.

Ceci est à envisager en plus de l’existant. Il faut, en effet, continuer à encourager la formation en alternance, les apprentissages. Il faudrait penser à un modèle de tutorat pour les entrepreneurs et réfléchir sur une façon de le financer. Allègement fiscal ou réduction de cotisations sociales.

 

N’hésitons pas à repenser nos approches en fonction de notre réalité sociale et économique. Selon le rapport 2017-2018 du Global Entrepeurship Research Association, l’Afrique est la région au monde avec le plus faible pourcentage d’entrepreneurs s’attendant à créer plus de 6 emplois dans les 5 premières années de leur activité.Voilà la statistique contre laquelle nous devons nous battre pour donner un vrai sens à l’entrepreneuriat au Congo.

 

Bien entendu, l’accès au financement, l’environnement socio-économique et autres mesures incitatives des pouvoirs publics sont indispensables à l’essor de l'entrepreneuriat mais l’offre de formation et la manière de la financer, demeure la base sur laquelle il faudra construire.

 

Marien Fauney Ngombé et Georges Batchi (Ateliers Citoyens du Congo)