Rwanda : Quand l’histoire semble contester les « victoires » électorales de Paul Kagame

Sans surprise, Paul Kagame a été « réélu » président du Rwanda avec près de 99 % des voix. En Occident et dans certains milieux panafricains, c’est silence radio. On croirait que Kagame, n’est pas un « bourreur » des urnes au même titre que les Sassou Nguesso de ce monde que certains panafricains n’ont pas hésité à vouer aux gémonies. On l'a déjà compris: pour une groupe d'Africains prétendant lutter contre l'impérialisme français en Afrique, Kagame, la marionnette des impérialistes anglo-saxons, est préférable aux autres chefs d'État africains pro-français. Fermons la parenthèse et revenons à nos moutons. Peut-on accorder un quelconque crédit à l’«élection» de Paul Kagame?

 

Petit retour en arrière pour tenter de répondre à cette question.

 

Le 1er octobre 1990, le Rwanda est envahi par des rebelles tutsis venus d’Ouganda et dirigés par Fred Rwigema. Paul Kagame, qui se trouve alors en formation militaire aux États-Unis, organise l’assassinat de son ami et de certains de ses proches collaborateurs et prend la tête du mouvement (le FPR- Front patriotique rwandais) quelque temps après. La guerre fait rage. Pour désamorcer la crise, des pourparlers sont initiés sous les auspices de l’OUA et des Nations Unies, à Arusha, en Tanzanie. Après des mois d’affrontements et de négociations, les partis parviennent à s’entendre sur la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’organisation des élections générales pour mettre définitivement fin au conflit. C’est la naissance des fameux accords d’Arusha, signés le 4 août 1993. Même si ces accords font la part belle au FPR, Kagame, lui, n’est pas disposé à les appliquer. Pourquoi? Parce que les élections générales à venir, selon le principe « un homme = une voix », donnent de facto le pouvoir à l’écrasante majorité hutue qui représente à l’époque 85% de la population — une réalité démographique qui n'a pas vraiment changé. Kagame ne peut risquer un tel pari.

 

 

 

Dans son mouvement, certains n’hésiteront pas à dire : « Habyarimana (le président hutu du pays) avait les urnes, nous, nous avions les armes. » Pour faire dérailler le processus de paix et reprendre les hostilités, le FPR se livre à des actes de sabotage sans précédent : attentats à la bombe, empoisonnement de l’eau potable consommée par les déplacés de guerre, massacres massifs des populations dans les zones sous son contrôle, sabotage des infrastructures publiques, assassinats des leaders politiques indésirables, etc. Le 6 avril 1994, Kagame donne l’ordre d’abattre l’avion qui transporte le président Habyarimana et ses collaborateurs. Alors que la confusion règne dans le pays, ses hommes stationnés au nord décident de faire mouvement vers le sud.

 

 

 

Le 7 avril, c’est le début des massacres de masse dans tout le pays. C’est l’histoire des cents jours du génocide des hutus et du massacre massif des tutsis. Paul Kagame, avec le soutien des USA, de la Grande-Bretagne, du Canada et d’Israël, s’empare du pouvoir trois mois plus tard, le 4 juillet. Depuis, le monsieur a décidé, étonnamment, d’organiser les élections dans son pays. En 2003, il est « élu » avec 95% des voix, en 2010 avec 93%, et aujourd’hui avec 99%. Comment cet homme qui rejetait avec force la voie des urnes est-il devenu un « fervent » défenseur des élections après sa prise de pouvoir dans le sang? Les Rwandais dont il se méfiait à l’époque des accords d’Arusha ont-ils changé d’avis, au point de lui accorder 99% des voix? À chacun de répondre...

 

 

Patrick Mbeko

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