RDC -Tribune de Patrick Mbeko : Nous sommes aussi coupables

Manifestation à Kinshasa / juillet 2016/ Image d'illustration

J’ai toujours été extrêmement critique à l’égard de l’Occident et de certains pays africains, notamment le Rwanda et l’Ouganda, à cause de leur implication directe dans la tragédie que connaît la République à démocratiser du Congo depuis près de 20 ans maintenant. Mais au fil des ans, j’ai fini par réaliser que nous sommes, nous Congolais, aussi coupables que ceux qui nous font la guerre, nous tuent et nous pillent.

En effet, les Congolais ont pris part à tous les complots auxquels leur pays a été confronté : de la première agression armée extérieure (de 1996) au pillage systématique des ressources naturelles en passant par la légitimation de l’imposture au sommet de l’État, on retrouve des Congolais. Si le compte est bon, on parle de plus de 6 000 000 de vies fauchées et des centaines de milliers de femmes violées (selon l’ONU). À qui la faute ? « Aux étrangers », diront en chœur la plupart de nos compatriotes. Oui. Mais nous sommes les premiers coupables. Le sorcier du quartier ne peut manger un enfant de la famille sans l’aide d’un membre de la fratrie, dit-on en Afrique. Certains de nos frères ont vendu leur âme aux forces étrangères qui agressent notre pays; ils sont prêts à toutes les compromissions, pourvu qu’on leur jette quelques billets verts et qu’on leur promette des postes. L’actuel ministre de la Défense du Rwanda, James Kabarebe, l’un des artisans de la déstabilisation du Congo et des massacres des Congolais et des Hutus rwandais, l’a dit un jour : « Donnez-leur des postes et des dollars, ils trahiront leur sang ». C’est dire.

Après 20 ans d’agression, de tueries, de viols et de pillages des ressources naturelles, on peut dire que le Congo et les Congolais ont résisté et ont évité à leur pays l’éclatement. Ils ont déjoué les pronostics de ceux qui, à Washington, Londres, Bruxelles et Kigali, avaient parié sur la balkanisation de la RDC. Mais cette résistance n’a pas empêché le pays et son peuple de sombrer dans un incroyable et indescriptible océan d’anti-valeurs et de médiocrité.

Ce qui choque le plus, ce n’est pas tant cette médiocrité ambiante qui gangrène la société congolaise et une partie de sa diaspora, mais bien le fait que cela ne choque plus, que les gens s’y soient adaptés au point d’en faire une norme ! Résultat : nous avons des candidats à la magistrature suprême qui sont des faussaires, et des brigands, des délinquants qui postulent sans sourciller à la députation nationale, dans l’indifférence quasi-totale du peuple. L’imbécilisation des esprits conduit certains à trouver des excuses à cela au nom de la faillite d’une partie de l’intelligentsia congolaise. «Les intellectuels ont détruit le pays», disent-ils pour justifier la bêtise. Est-ce parce que certains « intellectuels » ont trahi leur mission qu’il faille laisser les délinquants, les brigands, les vauriens et autres margoulins envahir l’espace public et les institutions de la République et détruire le peu de dignité qui nous reste comme peuple ? Doit-on agoniser sous le poids de cette médiocratie sans réagir ? La réponse est NON. Nous n’allons plus laisser les imposteurs, les délinquants et les voyous sacrifier les nôtres sur l’autel de leurs ambitions personnelles.

Il n’y aura plus de complaisance à ce sujet. Parce que le Congolais, faut-il le dire, est d’une complaisance démoniaque. On ferme les yeux quand l’auteur du forfait est de la même ethnie, quand c’est un ami, un frère, un cousin ou la tante de la fille qui a épousé l’oncle du grand frère de l’autre. On soutient des imposteurs et des bandits parce que ce sont des proches; on fait montre de laxisme face à leurs mensonges, à leur imposture, aux meurtres et aux détournements de deniers publics dont ils se rendent coupables. On leur trouve des excuses pour des actes que l’on critique et réprime sévèrement ailleurs. Ton ami ou ton frère complote avec l’étranger, mais c’est ce dernier que tu accuses de tous les maux; il profite de sa position d’autorité pour tuer, tu accuses Paul Kagame; il dilapide les deniers publics, tu accuses Joseph Kabila; il se laisse corrompre par des hommes d’affaires étrangers, tu accuses le pouvoir de détruire le pays; il présente un faux diplôme ou un faux passeport en prétendant vouloir briguer la magistrature suprême au pays, tu accuses l’Esprit saint.

En outre, on prend des arrangements avec le mal au nom des accointances tribales, amicales, politiques et j’en passe. Pourquoi faire la leçon aux Kabilistes quand on ferme les yeux ou on fait semblant ne pas voir les actes de banditisme posés par certains opposants ? Ou l’on critique et on rejette le mal d’où qu’il vienne ou on se tait. Le laxisme et la complaisance, deux maux qui font d’énormes dégâts chez les Congolais. La faute revient toujours au camp d’en face. On peut reprocher bien de choses aux Occidentaux, mais une chose est certaine : ils respectent leurs institutions et ne lésinent pas sur les moyens pour mettre hors d’état de nuire tout délinquant qui nuirait au bon fonctionnement de celles-ci. Sont-ils parfaits ? NON. Mais on ne peut qu’apprécier le sérieux avec lequel ils traitent leurs affaires. C’est ce qui nous manque au Congo et dans une bonne partie de l’Afrique. Nous sommes aussi coupables.

Je ne suis pas pour l’abolition de la peine de mort. Aux grands maux, les grands moyens. Pour sortir ce Congo à démocratiser et à démédiocriser de sa calamiteuse situation, il nous faudrait impérativement une dictature éclairée; un mélange de Vladimir Poutine et de Rodrigo Duterte (président philippin). Puisqu'il y a des nègres qui semblent encore adorer la chicote, pourquoi les priver de leur droit ? 6000 000 de morts. Ça suffit! On ne va quand même pas sacrifier d’autres millions de vies congolaises à cause de quelques délinquants sans scrupules.

Patrick Mbeko

Videos

Analyses et Opinions

Kader Diarrassouba, Jeune ivoirien, exilé en France depuis 6 mois, membre Générations et Peuples Solidaires ( GPS )

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République de France, par Kader Diarrassouba

Monsieur le Président, votre élection à la tête de la république française le 7 mai 2017 a sonné pour bien de jeunes africains comme un nouvel espoir, l’espoir qui diminue la peine de toutes les politiques antérieures de la Françafrique. Politique néo-coloniale décrite par François-Xavier Verschave comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement.
Rex Kazadi, secrétaire général de Ba patriotes ya Kongo (BPK)

RDC: Rex Kazadi demande à la ville de Kinshasa de déboulonner le statue de Leopold II

Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, ancienne colonie Belge va-t-elle enboiter le pas d'Anvers et déboulonner la statue du roi Leopold II ? C'est en tout cas le souhaite de Rex Kazadi, secrétaire général de Ba patriotes ya Kongo (
Aimé Gata-Kambudi, Juriste spécialisé en Droit Public Approfondi

La gestion de la crise institutionnelle au Kongo central est-elle la preuve  d'un Etat de droit à géométrie variable ?

Une analyse chronologique et démonstrative de la crise qui tend à l’ingouvernabilité de la province, par Aimé Gata-Kambudi.
Royal Maroc

La Compagnie Royal Air Maroc va-t-elle prioriser le rapatriement des citoyens marocains & Africains ?

Sa Majesté le Roi du Maroc considère à juste titre que la vie des marocains a plus de valeur  que les intérêts économiques du pays, il conviendrait d’espérer que la compagnie nationale Royal Air Maroc en fasse de même quand les vols internationaux seront à nouveau ouverts à sa clientèle.
©J.M. Giordano / SOPA Imag/SIPA;

Le racisme : une plaie congénitale des USA

Toute société construite sur les fondements de l'exclusion d'une partie de la population est productrice de violence sous diverses formes, et son existence demeure gangrenée par des convulsions sociales permanentes.
Capture d'écran de la vidéo de l'arrestation qui a conduit au meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis

Noirs tués par des policiers blancs aux États-Unis. Tout est avant tout question de rapport de force

Une autre vidéo d’un policier blanc américain tuant un Noir comme si de rien n’était. Une de plus diront certains. Eh oui une de plus ! Et comme d’habitude, ça va marcher, manifester et crier leur colère, sans plus. C’est à ce genre de spectacle que les Noirs américains nous ont habitués à chaque fois qu’un des leurs est tué par un policier blanc.
Gorille à dos argenté © Kiki Lawanda

Le Soft Power au Congo - Brazzaville : un levier de puissance et de développement

Une réflexion du Think Tank A.C.C. (Ateliers Citoyens du Congo)Le Soft Power est la puissance de séduction et de persuasion d’un Etat. L’attractivité de la culture, la force de la diplomatie publique, le rayonnement du modèle politico-économique et de ses valeurs propres sont vecteurs du soft power d'un pays.Le Congo, sans avoir mis en place une vraie stratégie pour se doter de ce pouvoir d’adhésion, a de nombreux atouts pour faire figure de leader du Soft Power en Afrique centrale.