RDC : Les leçons du premier round du procès Vital Kamerhe

Vital Kamerhe, Directeur du cabinet du président Felix-Antoine Tshisekedi

Le premier jour du procès Kamerhe laisse apparaître la stratégie que compte adopter la défense du directeur de cabinet de Félix Tshisekedi. En regardant le film du procès, j’ai vu un Kamerhe sûr de lui, combattif et prêt à en découdre. Ça promet. J’ai également observé un Kamerhe un peu hésitant lorsque le ministère public a voulu avoir des précisions sur son rôle dans le programme des 100 jours. A-t-il agi en tant que directeur de cabinet, superviseur ou les deux ? s’est interrogé le ministère public. Réalisant qu’il venait d’ouvrir une brèche susceptible de servir l’accusation, le dircab s’est vite ressaisi en nuançant ses propos, tout en faisant savoir au passage que la question était « tendancieuse ». Ambiance !

Si Vital Kamerhe semble s’être assez bien défendu, il n’en demeure pas moins qu’il a quand même « flanché » à certains moments. Notamment lorsqu’on lui a demandé s’il connaissait les deux autres prévenus qui étaient à ses côtés : Djammal Samih, le sujet libanais à la tête de deux sociétés commerciales et Jeannot Muhima, chargé du service Import – Export de la Présidence de la République. S’agissant du libanais, Kamerhe n’a pas répondu directement par l’affirmative ou par la négative, se contentant d’expliquer qu’il rencontre des milliers de gens dans le cadre de ses fonctions, etc. C’est mauvais signe. Un enquêteur qui voit ça se pose des questions sur la crédibilité du suspect. S’agissant de l’autre monsieur, Jeannot Muhima, Vital Kamerhe a déclaré qu’il ne le connaît que de nom, qu’il ne l’avait jamais vu auparavant, qu’il traitait avec lui via « les annotations sur les documents », pour reprendre ses propos. Peut-être. Mais ce qui est interpellant dans les déclarations de Vital Kamerhe, c’est sa manière de parler de M. Muhima. En effet, il a parlé de ce dernier comme s’il parlait d’un ami. Il l’a appelé par son prénom (« Je ne touche pas l’argent; je ne fais pas de transfert pour Jeannot... »); ce qui est curieux pour quelqu’un qu’on prétend n’avoir jamais vu et avec lequel on entretient des rapports STRICTEMENT professionnels !

Qu’à cela ne tienne, le premier round du procès n’a pas été riche d’enseignement. Toutefois, il a permis, pour qui sait lire entre les lignes et sait « déchiffrer » les postures, d’anticiper ce qui se dessine pour l’avenir. Vital Kamerhe est déterminé. Sa sortie de ce lundi avait un but : faire comprendre à tous ceux qui ont pris part au fameux programme des 100 jours qu’il ne se laissera pas faire, qu’il est prêt à tout balancer pour sauver son honneur et sa peau. Il a été clair et a cité des noms. Autant dire que le message était loin d'être « subliminal ». La suite ?

 

Sans jouer le diseur de bonne aventure, je pense que Vital Kamerhe et son équipe vont articuler leur stratégie en fonction des signaux que le pouvoir va envoyer. C'est un calculateur. Bien que déterminé, il n’est pas assez stupide pour faire du « rentrer dedans » sans mesurer les conséquences qu’une telle posture pourrait avoir sur la suite des évènements. Dans la Tshibilie, mieux vaut menacer de tout déballer sans nécessairement franchir la ligne rouge. Après tout, ce procès est avant tout politique et tout peut arriver si Kamerhe se permet d'égratigner tout le monde sur son passage. Comme par exemple un mariage de circonstance entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi pour en finir une fois pour toutes avec le tonitruant directeur de cabinet. Si ce n'est déjà fait bien entendu...

 

Par Patrick Mbeko 

 

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Vital Kamerhe

RDC : les leçons du deuxième round du procès Vital Kamerhe

Le deuxième round du procès opposant le ministère public congolais à Vital Kamerhe a été beaucoup plus intéressant que le premier round. En regardant le film du procès, j’ai vu un Vital Kamerhe sûr de lui comme d’habitude, combattif, mais pas nécessairement porté à en découdre, comme il y a trois semaines. La « surdose » d’arrogance du premier face-à-face a laissé place à une petite dose de retenue qui, de temps à autre, a laissé libre cours à une certaine impudence.
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