Dossier Présidentielle en RDC: Jean-Pierre Bemba, le résultat d’une absence de stratégie

L'opposant congolais Jean-Pierre Bemba du Mouvement de libération du Congo (MLC) lors d'une conférence de presse à Kinshasa, le 3 août 2018.

À quatre mois de l’élection présidentielle, l’opposition congolaise vient d’encaisser un nouveau coup dur. Après la non-candidature de Moise Katumbi, c’est au tour du Président du Mouvement de Libération du Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba, de voir son dossier invalidé par la commission électorale nationale indépendante (CENI) et confirmé par la cour constitutionnelle. Au regard des différentes réactions politiques qui ont suivi la décision de la cour constitutionnelle, on peut s’interroger sur la stratégie mise en place par le MLC.

Les politiciens congolais ont de ceci de particulier qu’ils sont systématiquement dans une position défensive et en réaction aux coups reçus. Au lendemain de l’annonce de l’arrêt de la cour constitutionnelle, interrogée par RFI, la secrétaire générale du MLC, madame Eve Bazaiba déclare : « Ce n’est pas un choc. C’était prévisible. En tant que légaliste, nous nous devions absolument utiliser toutes les voies de droit. Demain matin, je vais convoquer une réunion extraordinaire du bureau politique du MLC et les décisions seront connus. »

 

De son côté, Jean-Pierre Bemba s’est exprimé au micro de France 24. Bien que la décision de la cour constitutionnelle soit irrévocable, le Président du MLC invoque des recours possibles. « Les recours sont possibles pour autant que l’on soit dans un pays qui respecte l’Etat de droit. Mais dans notre pays la notion d’état de droit n’existe plus depuis bien longtemps. Mais bien sûr, les recours sont possibles au niveau de l’Union Africaine. » explique t-il.

 

Ces réactions posent problème à ceux qui se sont empressés dès l’annonce de l’acquittement de Bemba par la CPI, à soutenir sa candidature pour la présidentielle. En effet, Jean-Pierre Bemba et les siens ont fait le choix de participer à ce qu’ils qualifient de parodie d’élection. Ils ont fait le choix de participer à un processus qui n’a d’inclusivité que l’apparence. Moise Katumbi n’a pu revenir au Congo. Il n’a pu s’enrôler et déposer sa candidature. Pourtant, Jean-Pierre Bemba et les siens semblent ne s’être préparés à ce qu’ils qualifient de « prévisible ». 

 

Annoncée depuis une quinzaine de jours, l’invalidation possible de la candidature de Jean-Pierre Bemba à la présidentielle a alimenté les débats. Tout le monde y est allé de son expertise. Les hommes de droit, les analystes politiques, les commentateurs de la politique congolaise, ont souligné la possibilité de voir le leader du MLC invalidé. Bizarrement, du côté de l’intéressé, on a misé sur le légalisme. Ils ont fait le choix de reposer leur sort sur une haute cour qu’ils accusent d’être aux ordres du Président Kabila. 

 

Déboussolé, pris dans le piège du respect des textes de lois. Le MLC s’est réveillé sonné comme un boxeur après un uppercut. Madame Bazaiba n’ayant préparé aucune autre option que la validation de son candidat n’a pu proposer autres choses que la convocation du bureau politique de son mouvement. 

 

Reclus en vase-clos, les cadres de la politique Congolaise aiment passer dans les médias occidentaux mais ne les regardent pas et apprennent peu de leurs homologues étrangers. Qui peut imaginer un vide communicationnelle face à la mise en examen d’une autorité de premier plan ? Qui est ce secrétaire général qui s’hasarderait devant la presse sans éléments de langages, sans discours préparé ? 

 

Le MLC n’avait jamais été préparé à la sortie de prison de son Président. Bien que le dossier présentait des insuffisances, Jean-Pierre Bemba et ses lieutenants n’ont pas eu la clairvoyance de prévoir les possibles difficultés qu’ils auront à surmonter. Emporté par la ferveur populaire, marquée lors de son retour en RDC, Bemba s’était vu intouchable. La faute est peut-être de s’être vu comme le candidat pouvant crédibiliser un processus électoral en souffrance depuis plusieurs années.

 

Roger Musandji

 

 

Videos

Analyses et Opinions

Louis Magloire Keumayou © Capture d'écran de France 24

Sommet Russie-Afrique:une rencontre «plus sécuritaire qu’économique» (analyste)

La ville russe de Sotchi va accueillir du 22 au 24 octobre prochain le tout premier sommet Russie-Afrique, une rencontre, certes placée sous le signe du renforcement des relations entre les deux entités, mais qui sera « plus sécuritaire qu’économique », a confié l’éditorialiste camerounais, Louis Magloire Keumayou.
Des manifestants brandissent des pancartes appelant à libérer Hajar Raissouni, journaliste marocaine condamnée à un an de prison pour "avortement illégal" et relations sexuelles hors mariage, à Rabat, le 2 octobre 2019. (STRINGER / AFP)

Maroc : le collectif des "Hors-la-loi" demande l'arrêt des poursuites liées aux mœurs

Un collectif auteur d'un manifeste "Hors-la-loi" signé par 10 000 personnes a demandé au parquet marocain de suspendre l'application de "lois liberticides" punissant de prison le sexe hors-mariage, l'adultère et l'avortement. Le manifeste des "Hors-la loi" a été publié le 23 septembre au moment du procès d'Hajar Raïssouni, une journaliste condamnée le 30 septembre à un an de prison ferme pour "avortement illégal" et "débauche" (sexe hors mariage) et dont les proches ont dit à l'AFP qu'elle ferait appel. 
Guillaume Soro

Côte d’Ivoire: Guillaume Soro candidat à la présidentielle de 2020

C’était un secret de polichinelle, c’est désormais public. Guillaume Soro est candidat à la présidentielle ivoirienne de 2020. L’ancien président de l’Assemblée nationale, devenu opposant au régime d’Alassane Ouattara, l’a annoncé lors d’une réunion avec des sympathisants de la diaspora à Valence en Espagne samedi.
Le président français Emmanuel Macron

Macron l’Africain : le soufflé est retombé.

Emmanuel Macron est probablement le président français dont l’élection a suscité un espoir général au sein des populations africaines, toutes générations confondues. Deux ans après, elles sont partagées entre désenchantement et interrogations.
Jérémy Lissouba, Clément Mouamba, et Christel Sassou Nguesso © Oeildafrique.com

Congo - Jérémy Lissouba : s’en prendre à Clément Mouamba, c’est bien ; à Christel Sassou-Nguesso, c’est mieux

Les réseaux sociaux l’encensent, le chérissent. De pestiféré, le député UPADS de Dolisie, Jérémy Lissouba, est devenu en un instant le chouchou des Congolais pour avoir bousculé le premier ministre Clément Mouamba. Décryptage.
Felix Tshisekedi sur France 24.

Interview exclusive de Felix Tshisekedi sur France 24 et RFI, la presse congolaise ne mérite pas ça.

Sept mois d'attente pour finalement aller chercher la parole présidentielle dans un média occidental et non national. Après tous ces mois de silence, le nouveau président congolais Felix Tshisekedi a surpris par son choix. Il a réservé sa première sortie médiatique à France 24 et à RFI. Et la presse nationale tant en ébullition depuis plusieurs années ? Elle devra attendre que France Média Monde ait vidée les questions d'actualité.
Photo : @Presidence_RDC/Twitter

Pourquoi Sylvertre Ilunga Ilunkamba a été désigné Premier Ministre en RDC ?

LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO A ENFIN UN NOUVEAU PREMIER MINISTRE DEPUIS LE 20 MAI. SON NOM : SYLVESTRE ILUNGA ILUNKAMBA. MAIS POURQUOI LUI ET POUR QUOI FAIRE ? TENTATIVES DE RÉPONSE.