RDC: Doit-on porter un « nom griffé » pour pour être apprécié ou aimé ?

Sindika Dokolo, initiateur du mouvement citoyen "Les Congolais Debout"

Dans l’une de ses chansons (Feu de l’amour), l’artiste JB Mpiana aborde la question du rapport du Kinois — et par extension du Congolais — aux autres. Il explique qu’à Kinshasa, pour être apprécié ou aimé, tu dois porter un « nom griffé »; autrement dit, tu dois venir d’une famille connue (riche) et qui a la côte. Il fait observer que ceux qui ne sont pas dans cette situation n’existent tout simplement pas; ils sont parfois obligés de mentir pour se faire accepter dans la société.

En observant la vague de soutien apportée au mouvement de notre frère Sindika Dokolo, je n’ai pu m’empêcher de penser à cette chanson de JB Mpiana. Parce qu’au fond, si Sindika est soutenu par certains compatriotes, ce n’est pas parce qu’il a un projet de société sérieux ou a proposé quelque de nouveau aux Congolais, NON; c’est avant tout parce qu’il porte le nom Dokolo et est le gendre du dictateur angolais Dos Santos. Ces éléments suffisent à faire de lui la coqueluche de certains d’entre nous, surtout les compatriotes du Kongo central. Solidarité régionale oblige. Je ne dis pas que le compatriote Sindika n’est pas un homme intelligent, loin de là, mais une chose est sûre : chez la plupart de nos compatriotes, ce ne sont pas les idées qui priment, mais bien le nom, le carnet d’adresse et le compte en banque.

Au pays, on court après les t-shirts et les billets de franc congolais distribués par des politicards sans scrupules, et dans la diaspora, on court après le nom d’un gosse de riche connu ou des politicards sans scrupules. Nous ne sommes pas vraiment différents de ceux qui sont restés au pays. C’est la même mentalité du bilanda-landa sans raison sérieuse. Nous ne sommes pas en Amérique latine où la plupart des leaders adulés par les masses populaires sont issus de la base, connaissent la souffrance du peuple et se battent pour lui redonner sa dignité confisquée par les puissances impériales et leurs marionnettes locales.

Chez les Congolais, l’apparence compte beaucoup; à plus forte raison la fortune et les biens matériels qui peuvent faire d’une famille normale une «famille griffée». Je parie que si l’on mettait en face de Sindika Dokolo (voire Moise Katumbi ou Olivier Kamitatu) une tête très bien faite et ayant un projet béton pouvant sortir le pays de sa calamiteuse situation, les gens préféreraient quand même suivre le métis. Après tout, il est riche et est le gendre de Dos Santos. C'est suffisant. Et qui n’aimerait pas être à sa place? En fait, notre rapport aux biens matériels est problématique; beaucoup sont prêts à toutes les compromissions pour accumuler des biens et des richesses et ainsi « devenir quelqu’un » dans la société, comme on dit en Afrique. Nous avons beaucoup à apprendre de la vie.

Le modèle occidental nous a terriblement aliénés et corrompus. Quand certains d’entre nous recherchent la dignité dans l’accumulation des biens et des richesses, d’autres peuples privilégient les valeurs morales qui font leur dignité. Si nous ne changeons pas, nous demeurerons alors les esclaves consentants et éternels de ceux qui se sont faits les chantres des visées libérales et mercantilistes dans notre pays.

Patrick Mbeko

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