Qui est Louise Mushikiwabo, la nouvelle secrétaire générale de l’OIF ?

La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, devenue secrétaire générale de l'OIF

La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a été désignée secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en dépit des critiques émanant d’organisations de défense des droits de l’Homme. Mais qui est cette femme à qui le Canada, la France et le Québec ont apporté leur soutien?

Elle est connue pour son franc-parler. Considérée par certains observateurs comme le numéro deux du régime rwandais, Louise Mushikiwabo, 57 ans, fait partie de ces femmes politiques africaines qui ne laissent pas indifférent.

Née dans une famille modeste de propriétaires terriens, elle fait ses études au Rwanda avant de gagner les États-Unis, en 1986, où elle poursuit son cursus universitaire en interprétariat.

Depuis Washington, où elle est entre-temps devenue interprète, Mme Mushikiwabo regarde son pays sombrer dans le génocide, en avril 1994. Son frère, Landoald Ndasingwa, une figure de l’opposition rwandaise mariée à la Montréalaise Hélène Pinski, est assassiné avec toute sa famille dans les premiers jours de la folie meurtrière qui s’est emparée des collines.

Cet assassinat attribué aux miliciens hutus serait en réalité, selon certains observateurs, l’œuvre du Front Patriotique rwandais (FPR), la rébellion tutsie d’alors aujourd’hui au pouvoir à Kigali.

« Landoald était un démocrate. Il ne voulait pas s’aligner sur les positions guerrières du FPR qui ne souhaitait pas faire aboutir l’accord de paix », explique Faustin Twagiramungu, premier ministre dans le premier gouvernement post-génocide.

En fait, le frère de Mme Mushikiwabo fait partie de ces Tutsis on peut penser aussi au père du chanteur Corneille, Emile Nyungura qui ont été assassinés par le FPR dans les premiers jours du génocide, parce qu’ils étaient considérés comme des traites de la cause.

Selon certaines sources, Louise Mushikiwabo aurait entrepris de poursuivre le régime rwandais, avant d’être « récupérée » par le nouvel homme fort du pays, Paul Kagame, qui lui a confié brièvement le ministère de l’Information, en 2008. L’année suivante, elle a été nommée à la tête des Affaires étrangères, poste qu’elle occupera jusqu’à sa désignation à l’OIF.

Son passage dans les deux ministères a laissé des traces. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les rapports de Human Rigths Watch (HRW) et d’Amnistie Internationale pour s’en rendre compte.

Mme Mushikiwabo est une défenseure acharnée de son chef, le tyran Paul Kagame. Elle n’a pas hésité à défendre les violations des droits de l’homme commises au Rwanda et contre des ressortissants rwandais à l’étranger. En 2014, elle a salué du bout des lèvres l’assassinat, en Afrique du sud, de l’ancien patron des services secrets rwandais, Patrick Karegeya. 

Au Rwanda de Kagame et de Mushikiwabo, les opposants politiques et les journalistes qui critiquent les dérives du pouvoir sont jetés en prison ; les plus chanceux réussissent à atteindre vivants le chemin de l’exil. Mais avec Kagame, l’exil n’est pas synonyme de sécurité.

Sous la direction de Louise Mushikiwabo, les ambassades du Rwanda à l’étranger sont devenues des centres de planification des assassinats des opposants et dissidents rwandais en exil. Au cours des dernières années, plusieurs d’entre eux ont été sérieusement menacés, voire assassinés. En juin 2010, l’ancien chef d’état-major, le général Faustin Kayumba Nyamwasa, exilé en Afrique du Sud, a été grièvement blessé par balles, alors qu’il rentrait chez lui. Transporté à l’hôpital, il a échappé de peu à une nouvelle tentative d’assassinat à l’intérieur même de l’établissement. Quelque temps après, en mai 2011, Scotland Yard a adressé des courriers de mise en garde aux activistes René Mugenzi et Jonathan Musonera qui résident en Grande-Bretagne, leur expliquant que Kigali pouvait attenter à leur vie à tout moment.

Même les ressortissants étrangers jugés menaçants par le régime sont visés. C’est notamment le cas de la journaliste canadienne Judi Rever, menacée en Belgique par des tueurs à la solde de Kigali à cause de ses enquêtes un peu trop fouillées sur le rôle de Kagame dans le génocide de 1994. La menace était si sérieuse que la Sûreté belge a mis à sa disposition deux de ses agents et une voiture blindée.

Connues des services de renseignement occidentaux, les activités des escadrons de la mort rwandais ont été signalées en Belgique, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, au Kenya, en Suède, au Canada et dans plusieurs autres pays.

Avec le soutien que l’Occident continue à apporter à Kigali, avec l’appui que la France, le Canada et le Québec viennent d’apporter à la candidature de Louise Mushikiwabo à l’OIF, autant dire que les politiques hautement criminelles du régime rwandais ont encore de beaux jours devant elles. 

 

Par Patrick MBEKO

Journaliste indépendant et spécialistes des questions internationales

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