Noirs tués par des policiers blancs aux États-Unis. Tout est avant tout question de rapport de force

Capture d'écran de la vidéo de l'arrestation qui a conduit au meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis

Une autre vidéo d’un policier blanc américain tuant un Noir comme si de rien n’était. Une de plus diront certains. Eh oui une de plus ! Et comme d’habitude, ça va marcher, manifester et crier leur colère, sans plus. C’est à ce genre de spectacle que les Noirs américains nous ont habitués à chaque fois qu’un des leurs est tué par un policier blanc.

Le problème avec la plupart des Noirs américains, c’est qu’ils refusent de comprendre le pays dans lequel ils vivent; ils n’arrivent toujours pas à comprendre que les États-Unis est un pays foncièrement raciste à tous les niveaux de ses institutions. Bien qu'ils sont victimes de stigmatisation, les Afro-américains ont tendance à confondre les États-Unis des médias et d’Hollywood aux États-Unis réels : un pays dans lequel on est en danger permanent quand on a la «mauvaise» couleur de peau. Le système de justice est foncièrement pourri, comme l’explique brillamment l’universitaire Michelle Alexander dans son bestseller « La couleur de la justice ».

On ne peut pas comprendre le comportement des policiers blancs américains envers les Noirs s’il l’on ne jette pas un coup d’œil sur le rétroviseur de l’Histoire. Dans la plupart des pays occidentaux où l’on a pratiqué l’esclavage et où l’on a justifié l’injustifiable au nom d'une prétendue supériorité raciale, certains comportements et réflexes du passé sont toujours présents. Il est vrai que l’Amérique de 2020 n’est pas celle de 1910 ou de 1955. Mais lorsqu’on prend du recul et observe le système américain dans son ensemble, on a une profonde impression de déjà-vu. À la seule différence que les raisons et les justifications brandies autrefois pour incarcérer ou « briser » les Noirs en toute impunité ont évolué avec le temps, s’adaptant, comme le système de caste et de domination, aux nouvelles réalités sociales, politiques et économiques de notre temps. Pendant des siècles, on a brisé la vie des Noirs au nom d’une prétendue supériorité raciale imbécile; puis on l’a fait au nom d’une prétendue mission civilisatrice, qui n’avait de « civilisée » que son côté foncièrement barbare; puis on a expliqué qu’il fallait apporter la démocratie et les droits de l’homme aux Africains, etc.

Les raisons et les justifications changent avec le temps, mais le système de domination, lui, reste le même. C’était comme ça avant et c'est toujours comme ça de nos jours. Que ce soit aux États-Unis, en France, au Canada ou en Australie, pour ne citer que ces quatre là...

Dans la plupart de ces pays, et plus particulièrement aux États-Unis, quand vous observez certains comportements biscornus à l’égard des minorités — le cas par exemple de l’Afro-américain tué par le policier blanc —, ne le circonscrivez pas aux individus, mais analysez plutôt le fonctionnement du système en place, établissez un parallèle avec le passé et vous comprendrez le pourquoi de ces comportements. La différence entre la plupart des pays dits autoritaires et certaines « démocraties » (le cas des pays susmentionnés) se situe bien souvent dans la manière de faire : les premiers affichent ouvertement leurs couleurs tandis que les seconds sont passés maîtres dans l’art de dissimuler avec un savoir-faire déroutant leur côté barbare. En fait, ils ont mis en place un système d’oppression si sophistiqué que même les victimes de celui-ci ont fini par croire qu’elles vivent désormais dans des pays de droit, où la discrimination et les stigmatisations sont proscrites. Oui, elles le sont en théorie, mais pas dans la pratique. C'est dans les détails qu'on reconnaît le diable...

Un policier blanc qui tue un Noir en France, au Canada ou aux États-Unis, s’en sort presque toujours. Aux États-Unis, le phénomène est endémique. Le dernier afro-américain a été tué hier. Les images sont incroyablement affligeantes. Il y aura un communiqué des officiels, et comme à leur habitude, les Afro-américains vont pleurnicher, manifester et, cruelle ironie de l’histoire, demander justice au système qui les tue. En fait, ils ne réalisent pas encore que les tenants de ce système ne comprennent que le langage de la violence dans laquelle ils baignent depuis leur tendre enfance. Que deux, trois ou dix policiers blancs tombent, et il y aura une grande commission d’enquête nationale aux États-Unis sur les relations entre les blancs et les Noirs. Voire avec les autres minorités aussi stigmatisées que les Noirs. Tout est avant tout question de rapport de force. « Si quelqu'un t'a mordu, il t'a rappelé que tu as des dents » dixit Ahmadou Kourouma...

Patrick Mbeko

 

Videos

Analyses et Opinions

Le NFAC , les nouveaux Black Panthers ?

Qui est la NFAC, la milice armée noire qui défile dans les manifestations anti-racisme ?

Alors que les tensions raciales se multiplient aux États-Unis, une nouvelle milice afro-américaine a récemment vu le jour outre-Atlantique : la Not Fucking Around Coalition (NFAC). Qui sont ces femmes et ces hommes ? Eléments de réponse.Leurs visages sont régulièrement cagoulés de noirs, leurs vêtements arborent la même couleur. Ces citoyens américains portent des armes, bien visibles.
Le président français Emmanuel Macron reçoit son homologue ivoirien Alassane Ouattara à l'Elysée, le 4 septembre 2020. Crédit : @AOuattara_PRCI

Côte d'Ivoire: Ce qu'il faut retenir de la rencontre Ouattara Emmanuel Macron sur le 3e mandat

Le président Ivoirien Alassane Ouattara a été reçu à déjeuner ce vendredi 4 septembre 2020 à l’Elysée par le président Emmanuel Macron. En marge de ce qui a été de ce déjeuner de travail, un tête-à-tête entre les deux homologues. La question du 3e mandat et la position de Paris surement au cœur de ce huis-clos.
Marche contre la révision constitutionnelle au Mali. / Image d'illustration

Afrique: La révision des Constitutions pour conserver le pouvoir en Afrique

Le président ivoirien Alassane Ouattara et le guinéen Alpha Condé misent sur la modification de la Constitution pour espérer briguer un nouveau mandat avec pour argument que les "compteurs sont remis à zéro".
Guillaume Soro, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. AFP

Côte d’Ivoire recherche désespérément leader politique.

La Côte d’Ivoire a eu soixante ans ce 7 août 2020. A cette occasion, son président lui a offert un cadeau d’anniversaire de très mauvais goût. Alassane Dramane Ouattara est revenu sur sa promesse de ne pas briguer un troisième mandat. C’est ce que lui aurait demandé avec insistance une majorité de sa famille politique. Il a cédé à la tentation du combat de trop. Soit par suivisme, soit par égoïsme, ou alors sous l’effet conjugué des deux.
Kader Diarrassouba, Jeune ivoirien, exilé en France depuis 6 mois, membre Générations et Peuples Solidaires ( GPS )

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République de France, par Kader Diarrassouba

Monsieur le Président, votre élection à la tête de la république française le 7 mai 2017 a sonné pour bien de jeunes africains comme un nouvel espoir, l’espoir qui diminue la peine de toutes les politiques antérieures de la Françafrique. Politique néo-coloniale décrite par François-Xavier Verschave comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement.
Rex Kazadi, secrétaire général de Ba patriotes ya Kongo (BPK)

RDC: Rex Kazadi demande à la ville de Kinshasa de déboulonner le statue de Leopold II

Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, ancienne colonie Belge va-t-elle enboiter le pas d'Anvers et déboulonner la statue du roi Leopold II ? C'est en tout cas le souhaite de Rex Kazadi, secrétaire général de Ba patriotes ya Kongo (
Aimé Gata-Kambudi, Juriste spécialisé en Droit Public Approfondi

La gestion de la crise institutionnelle au Kongo central est-elle la preuve  d'un Etat de droit à géométrie variable ?

Une analyse chronologique et démonstrative de la crise qui tend à l’ingouvernabilité de la province, par Aimé Gata-Kambudi.