Le Soft Power au Congo - Brazzaville : un levier de puissance et de développement

Gorille à dos argenté © Kiki Lawanda

Une réflexion du Think Tank A.C.C. (Ateliers Citoyens du Congo)

Le Soft Power est la puissance de séduction et de persuasion d’un Etat. L’attractivité de la culture, la force de la diplomatie publique, le rayonnement du modèle politico-économique et de ses valeurs propres sont vecteurs du soft power d'un pays.

Le Congo, sans avoir mis en place une vraie stratégie pour se doter de ce pouvoir d’adhésion, a de nombreux atouts pour faire figure de leader du Soft Power en Afrique centrale.

Pour commencer, le vocable « Congo » en lui-même est porteur de message. L’anthropologue américaine Sheila Walker a déclaré que « Congo » est le terme africain le plus utilisé sur le continent américain.

C’est un vocable qui désigne à la fois animaux, végétaux, mais également des lieux ainsi que des phénomènes culturels ou encore des groupes humains. Ce terme fédérateur parfois fantasmé, rappelle un art de vivre, un imaginaire merveilleux que le Congo Brazzaville peut réaffirmer sans trop d’efforts. Le nom Congo jouit déjà d’un leadership naturel, à l'élite congolaise d’en être à la hauteur.

 

Sur le plan historique, le Congo est au coeur du récit sur la traite négrière. Il faut savoir que sous l’impulsion des puissances européennes, près de 12,5 millions d’esclaves noirs africains ont été déportés vers les cotes américaines dont 45% provenant du Royaume Kongo ( côte de Loango/Angola ). Le Congo a donc toute la légitimité nécessaire pour utiliser cette référence au passé, afin de se reconnecter avec son histoire.

Les commémorations pourraient raviver le sentiment d’une mémoire commune et d’une certaine adhésion à des valeurs afin de lier des affects et des significations entre les congolais eux-même et les Afro-descendants du monder entier. Nous devons nous imprégner des expériences historiques pour comprendre les défis actuels et réfléchir aux solutions. Nous ne voulons plus de ces drames, le Congo Brazzaville au regard de son histoire peut donc prendre également ce leadership naturel pour porter cette voix.

Son attractivité culturelle ne s’arrête pas en si bon chemin. Car Congo c’est aussi ce fleuve légendaire long de 4 700 km. Ce fleure entouré d’un écosystème, le Bassin du Congo, considéré comme le deuxième poumon de la terre après la forêt amazonienne, et constitue un grand réservoir de biodiversité. Il dispose, entre autres, de gigantesques provisions de réserve carbone et une importante réserve d’eau douce. Ce pays de 342 000 km2 peut se targuer d’avoir 5 grandes parcs nationaux: Odzala-Kokoua et Nouabalé-Ndoki dans le nord, Conkouati-Douli sur le littoral (dans le Kouilou), Tokou-Pikounda (à cheval sur les départements de la Sangha et de la Cuvette, dans le nord), et Ogooué-Lékéti (Plateaux et Lékoumou) qui permet de mettre en valeur une faune et une flore luxuriante. A l’heure de lister ses atouts, le Congo citera le potentiel de son tourisme mémoriel à Loango et son l’éco-tourisme avec une flore qui couvre 65% tu territoire. 

Que dire de sa langue nationale, le Lingala? Avec ses 15 millions de locuteurs dans le monde, elle est aussi une arme qui compte dans l’arsenal du soft power du Congo. Comme toute langue, elle véhicule une façon d’appréhender le monde par ces aphorismes. Elle témoigne aussi du mode de vie du Congo.

 

 

Traduite ou non cette langue séduit par sa musicalité. Constitutive de l’identité du pays, elle dispose d’un véhicule qui la rend encore plus attractive : la rumba congolaise. C’est la rumba qui a offert à toute l’Afrique noire, un hymne pour marquer les années des indépendances, « Indépendance Cha Cha » de Grand Kallé à titre d’exemple. Au Sénégal, au Bénin, au Cameroun, les pionniers des indépendances ont ces mélodies en lingala gravées dans leurs esprits.

Si l’industrie de la rumba est encore à codifier au Congo, nous pouvons mesurer à l’aune du nombre des collaborations entre les artistes rumbas et ceux d’autres pays son poids prépondérant dans la création musicale du continent.

 

Cependant, il est important de rassurer les uns et les autres sur une approche concrète du Soft Power. Au delà du concept, il faudrait réussir à chiffrer, à mesurer l’impact de tout cela. La preuve par l’exemple permet de mieux l’appréhender.

Le cas de la Chine avec « la diplomatie du Panda » nous le montre.

En effet, l’animal prisé à travers le monde contribue à embellir l’image de la Chine quand l’opinion internationale voudrait évoquer des sujets délicats comme celui de la mise à mal des libertés fondamentales.

Le Panda est un atout du soft power chinois. Concernant les retombées économiques, la Chine a preté 7 Pandas à travers le monde.Chaque prêt rapporte 1 million de dollars par an.

Un autre exemple, celui de la superpuissance américaine est encore plus probant. L’ « American way of life » qu’Hollywood promeut depuis des décennies a des effets sur le monde entier. Le cinéma américain a plus de 50% de parts de marché mondial.

Parmi les retombées du Soft Power, il y a non seulement les effets directs sur l’économie mais aussi la puissance du pays qui s’accroit.

Le Maroc est l’étalon bien choisie pour cette mesure. Ce royaume du continent se démarque avec une vraie politique d’influence. Sur le volet de la diplomatie publique, le retour du Maroc dans l’Union africaine après plus de 30 ans d’absence n’est pas anodin.

 

Il a par exemple développé des partenariats économiques avec un pays comme l’Ethiopie deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (94 millions d’habitants).

Le royaume étend sa puissance sur le continent. Elle use aussi de l’arme diplomatique grâce aussi à un soft power religieux. De nombreuses réformes comme la laïcisation des Imams et le lancement de programme de formation d’Imams a emporté l’adhésion de nombreux pays musulmans.

 

Pour revenir au Congo, son attrait culturel peut être aussi créateur de richesses notamment en pensant au tourisme mémoriel, à l'éco-tourisme, à une industrie vestimentaire qui permettrait de tirer parti du phénomène de la "sapologie". Toutes ces pistes non exhaustives aideraient à émergence de grandes entreprises ambassadrices du soft power congolais.

Tout ceci n'est que partiel si nous écartons la diplomatie publique comme moyen d'accroître sa puissance et son attractivité.

Sur ce terrain également le Congo a également des opportunités.

C’est en cela que le Congo peut regretter le faible écho du Fespam (festival panafricain de musique) qui permettrait de valider son leadership musical.

Cette grande messe musicale est un moyen de séduire le continent et plus large ment, le monde.

Sur le plan de la diplomatie toujours, la création du fond bleu, l’organisation des différents colloques ou l’aide apportée à des pays comme la Centrafrique auraient pu avoir un réel effet sur le rayonnement du Congo si cela était le fruit d’une vision globale stratégique. Ces actions posées dans des contextes délicats n’ont pas toujours eu les effets escomptés.

Enfin, concernant nos valeurs, il serait aussi propice de réfléchir sur une pensée philosophique propre. Une politique du livre pourrait aider à diffuser le rapport du Congo au monde. Dépositaire de 3 grands royaumes africains, il y a lieu de tirer de cette histoire une identité propre.Ce que la Chine a réussi avec les instituts Confucius, le Congo pourrait d’une certaine manière oser le pari de la réappropriation de son sytème de valeurs et la diffusion de sa cosmogonie ancestrale.

 

Selon Joseph Nye, initiateur du Soft power, " La séduction est l’un des principaux leviers du soft power et prend pour matière première un modèle culturel ou une idéologie qui sauront s’imposer à une échelle régionale, voire mondiale, comme référence et donneront ainsi légitimité à celui qui l’aura proposée".

 

Rarement un pays n’a eu autant d’autours que le Congo pour amplifier son pouvoir de séduction.

 

Marien Fauney Ngombé et Marcel Loembé

 

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