LE « NON » DE SEKOU TOURÉ À CHARLES DE GAULLE

L'ancien président guinéen Sekou Touré

À l'approche de l'indépendance des pays africains, le Général Charles De Gaulle entreprend un périple africain pour obtenir l'adhésion africaine à son projet de communauté avec la France, une sorte de commonwealth à la française. Si tous les dirigeants africains adhèrent et acceptent d'organiser des référendums dans leurs pays respectifs pour voter le "OUI", Sekou Touré oppose un "NON" catégorique et rejette l'aide française, promesse du Général De Gaulle aux adhérents à sa politique africaine.

PLUTÔT LA PAUVRETÉ DANS LA LIBERTÉ

Le 25 août 1958, le général Charles de Gaulle est à Conakry, capitale de la Guinée pour promettre, comme aux autres pays, l’indépendance et proposer l’adhésion à l’idée de former une communauté avec la France et espérer, à cet effet, une aide de la métropole. Et il en fait part dans son discours étincelant de rhétorique politique, en ces termes :

« Même à l’intérieur de la communauté, si quelque territoire, au fur et à mesure des jours, se sent en mesure d’exercer tous les devoirs de l’indépendance, et bien, il lui appartiendra d’en décider par l’Assemblée élue et, si nécessaire ensuite, par le référendum de ses habitants . Je garantis d’avance que la métropole ne s’y opposera pas »

L’indépendance, la communauté et l’aide française sont les trois mots-clés du Général De Gaulle pour séduire l’Afrique, ses futurs dirigeants et ses peuples.

La plupart de ces dirigeants, incapables de nouer avec la France une coopération libre et d’égal à égal, tombent tous d’accord et en majorité. Et ils voteront le « oui » au référendum en faveur de la communauté. Le « non » catégorique et retentissant d’éveil politique africain est voté par Sekou Touré. Le leader guinéen est partisan d’une Afrique libre et décomplexé, anti-colonialiste, panafricaniste et chantre du projet d’États-Unis d’Afrique.

Vêtu de son boubou blanc, signe de son africanité, il oppose à De Gaulle un discours frappant : « Nous ne renoncerons pas et nous ne renoncerons jamais au droit légitime et naturel à l’indépendance »

Au chantage à l’aide française usé par le Général De Gaulle pour séduire à gagner de l’adhésion, Sekou Touré répond par une phrase à jamais mémorable dans l’histoire politique africaine : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ». Cette citation politique sera reprise plus tard par Franco Luambo Makiadi, l’un des grands chanteurs de la musique du Congo-Zaïre.

De Gaulle, qui vient ainsi de perdre sa cause politique en Guinée de Sekou Touré, n’est pas cependant à court de ressources et de mots pour sauver sa face. C’est avec à-propos qu’il répondra à son interlocuteur guinéen : « On a parlé d’indépendance. Et bien, je le dis ici plus haut qu’ailleurs, l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre en disant « non » à la proposition qui lui est faite et, dans ce cas, je garantis que la métropole ne s’y opposera pas »

La Guinée sera indépendante, mais la France ne sera pas, elle, à court de stratégies et de manœuvres pour la tenir en échec. Elle ne lésinera pas sur les moyens possibles pour y parvenir, dont la politique de lâchage, le blocus économique, le soulèvement de l’opposition, la diabolisation…Mais, Sekou Touré réussira à tenir tête à l’orage, impitoyable aux opposants complices.

Sur son tableau noir : sa dictature et ses crimes, dont l’assassinat politique de Diallo Telli, Premier Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) au camp Boiro en 1977.

Pour Madifing Diane, l’ex-Ministre de la sécurité de Sekou Touré, Aboubacar Telli Diallo faisait parti du « complot 76 ». Il avait été dénoncé par son épouse en présence de leur fils et par Amadou Diallo, alors étudiant à Orléans et agent double DSGE.

Par Joseph Anganda

 

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