F. CFA, ECO et présence française au Sahel: c'est aux Africains de prendre leurs responsabilités


Des billets de 5.000, 2.000 et 500 francs CFA, en 2017. — Crédit ISSOUF SANOGO / AFP

Ce sont les chefs d'État africains qui ont décidé de passer du Franc CFA à l’Éco, mais c'est Emmanuel Macron que certains Africains accusent de tous les maux. Alors qu’il a été décidé que la France ne nommera plus aucun représentant au conseil d'administration et au comité de politique monétaire de la BCEAO, ni à la commission bancaire de l'UMOA, il y a toujours de l’agitation dans l’air. De plus, personne parmi les agitateurs et les agités ne dit où seront planquées les réserves de change des banques centrales d’Afrique de l’Ouest qui étaient déposées jusqu’à tout récemment auprès de la Banque de France. Espérons qu’elles ne se retrouveront pas sous le lit de certains dirigeants africains.

S’agissant des questions de sécurité et de défense, là aussi le bouc-émissaire commode, c’est la France qui ne ferait rien pour défendre le Mali et le reste du Sahel. Et les armées des pays de la région ? Elles n’ont pas le temps de combattre les djihadistes et défendre leurs États respectifs, occupées qu’elles sont à protéger les régimes en place. Idem pour les services de renseignement occupés à épier les opposants, en lieu et place de faire le travail qu’on attend de tout service de renseignement qui se respecte : collecter des informations (par différents moyens tels que l’interception des communications, espionnage et contre-espionnage, surveillance, etc.) essentielles à la sécurité nationale du pays.

En réalité, tous ces Africains, qui font du bruit et s’agitent au sujet de la présence de l’armée française au Sahel, n’ont aucunement confiance dans les armées africaines de la région. C’est la raison pour laquelle ils reprochent à la France de ne rien faire face aux djihadistes qui font la pluie et le beau temps dans cette zone de plus en plus tourmentée. Or la France n’a plus les moyens de sa politique, n’a pas de stratégie viable et lisible à moyen et à long terme, et ne peut assurer la sécurité de toute la région; tâche qui, faut-il le marteler, revient avant tout aux pays africains.
Il appartient aux pays africains de prendre leurs responsabilités devant devant l’Histoire. Ce n’est pas aux Français d’assurer la sécurité des pays africains qui refusent de s’assumer. Il appartient également à la société civile des pays du Sahel de faire montre de réalisme, de pragmatisme et de sérieux, d’éviter le sensationnalisme et de sombrer dans le « combat spectacle », car les enjeux dans cette partie du monde sont trop importants pour être abordés avec légèreté.

La vérité est que si la France se retire du Sahel en ce moment, il y a de fortes chances que la quasi-totalité des pays de la région sombre dans le chaos. Les derniers événements au Mali, au Burkina-Faso et au Niger, où les djihadistes n’ont pas hésité pas à attaquer des camps militaires et à tuer des dizaines de militaires devraient interpeller les uns et les autres. Nos armées sont démunies face à la menace terroriste.
Il y a des Africains qui disent qu’il faut faire appel aux Russes pour mettre un terme à cette entreprise djihadiste et sauver le Sahel. Mais ce que ceux-ci ignorent, c’est que Bamako et Moscou coopèrent déjà militairement, et de toute façon, les Russes n’iront pas mourir au Mali ou dans le Sahel pour les beaux yeux de quelques Africains. Toutes les puissances qui interviennent dans la région (Et Dieu seul sait qu’elles sont de plus en plus nombreuses) ont leur propre agenda et agiront toujours en fonction de leurs intérêts. Dans cette optique, on ne peut pas reprocher à la France de défendre ses intérêts dans la région. Il appartient donc, ai-je souligné, aux Africains de s’organiser et de se donner les moyens pour relever les différents défis relatifs aux questions de sécurité et de défense. Il en est de même en ce qui concerne l’économie.

Vociférer à longueur de journée contre la France, alors que l’on est incapable de s’organiser et d’assurer sa propre défense, est contre-productif. Vociférer contre le Franc CFA ou l’Éco, alors que l’on est incapable de proposer une alternative viable, ne rime à rien. Enfin vociférer contre la France pour amuser la galerie et les réseaux sociaux, alors qu’ailleurs on est dans la réflexion et dans l’élaboration des politiques stratégiques, est tout aussi pathétique que la posture des chefs d’État africains que l’on fustige à longueur de journée.

L’ignorance, l’absence de rigueur et le manque de sérieux peuvent être de terribles poisons pour un peuple, un pays voire tout un continent. Ils peuvent aussi faire des gens, qui prétendent combattre un système, les alliés objectifs de ce même système. 

Par Patrick Mbeko

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Des billets de 5.000, 2.000 et 500 francs CFA, en 2017. — Crédit ISSOUF SANOGO / AFP

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