Diplomatie des USA en RDC : Féliciter Tshisekedi, reconnaitre l'opposant Fayulu et laisser Kabila dans la sphère d'influence

Félix Tshisekedi ait reçu Peter Pham, envoyé spécial des États-Unis, venu, accompagné de l’ambassadeur

LES ÉTATS-UNIS ONT FAIT LE CHOIX, AU NOM DE REALPOLITIK ET DE LEURS INTÉRÊTS, DE COUPER LA POIRE EN TROIS : FÉLICITER FÉLIX TSHISEKEDI PAR LE POIGNET DE MAIN DE PETER PHAM, RECONNAÎTRE MARTIN FAYULU ET SA RÉSISTANCE PACIFIQUE POUR LA VÉRITÉ DES URNES ET LAISSER JOSEPH KABILA DANS LA SPHÈRE DE L’INFLUENCE POLITIQUE AU CONGO.

UN COMMUNIQUÉ DU SEMBLANT

Le décryptage du communiqué du Secrétariat d’État américain tendrait, à première lecture, à faire accréditer l’interprétation du soutien américain à Félix Tshisekdi au détriment diplomatique de Joseph Kabila et de Martin Fayulu. Mais, au fond, chacun de trois protagonistes y trouve son compte et peut s’y fonder pour prévaloir ses prétentions politiques.

Le communiqué a été publié après que Félix Tshisekedi ait reçu Peter Pham, envoyé spécial des États-Unis, venu, accompagné de l’ambassadeur, présenter un poignet de main, féliciter et déclarer aux médias l’intention des États-Unis de collaborer pour les opportunités économiques entre les deux pays. Tout laisse croire que les intérêts des États-Unis comptent avant tout et que Félix Tshisekedi est perçu, malgré la contestation de sa victoire par Martin Fayulu, tel un collaborateur du moindre mal à l’épreuve de les protéger. Mais les États-Unis savent que le Congo divisé par la fraude électorale est sous menace d’instabilité potentielle. Et le communiqué a été rédigé de manière à ne pas couper le pond avec aucun de ces protagonistes.

Joseph Kabila, dont les hommes y sont sanctionnés, bénéficie, lui, d’une grande impunité. Ce qui lui laisse la possibilité de rester sur la scène politique et d’influencer le cours des événements, en tirant des ficelles dans l’ombre. Par ailleurs, le futur gouvernement, avec lequel les États-Unis entendent collaborer pour leurs intérêts, sera dominé par la majorité parlementaire qui venait de renouveler son allégeance publique à Joseph Kabila. En toute logique, même la plus élémentaire, on ne peut pas rejeter l’homme, le chef des troupes politique, militaire et policière, pour prétendre fonder quelque espoir de collaboration sur ses hommes, ses débiteurs moraux et inconditionnels. Au fond, Joseph Kabila, qui reste en place, n’est pas désavoué par les États-Unis. La raison est claire : il n’a jamais lésé les intérêts américains. Sinon, il serait parti depuis longtemps.

Cependant les sanctions contre ses hommes sont un message des États-Unis à son égard pour lui signifier que la protection et l’exonération, dont il est le bénéficiaire privilégié, est subordonnée à la condition de continuer à protéger les intérêts des États-Unis au Congo. Et il continuera à les protéger, sans pour autant perdre la main sur le pouvoir tant au niveau national que provincial.

Martin Fayulu trouve, lui aussi, son compte dans ce communiqué où les personnalités de la CENI et de la Cour constitutionnelle sont sanctionnées pour avoir organisé la fraude électorale. Et c’est là de l’eau au moulin de sa résistance pacifique pour la vérité des urnes. En plus, il peut se fonder sur ces sanctions pour consolider sa requête destinée aux instances internationales, pour s’affermir dans la contestation de la légitimité de Félix Tshisekedi et de remettre en cause la diplomatie des États-Unis au Congo sur le registre de la démocratie à restaurer au Congo.

Enfin, les États-Unis ont, par ce communiqué, fait le choix d’être de tous les côtés et de jouer à la diplomatie du semblant.

Par Joseph Anganda

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