Congo 2021 : mettre fin à cette gangrène nommée tribalisme !

Marien Fauney Ngombé, président des Ateliers Citoyens du Congo

Le tribalisme corrompt, avili, asservi et tue. Le dire, n’est que faire preuve d’extrême lucidité.

La majorité des maux qui rendent le corps social et l’organisme étatique malades trouvent leur origine dans l’agent pathogène nommé Tribalisme.

Nul besoin d’être infectiologue pour diagnostiquer que toute la population est atteinte. Chacun selon son degré de gravité. C’est faire acte d’humilité que de le reconnaitre.

 

Le mal à extirper en urgence est bel et bien ce tribalisme qui empêche de voir éclore un Etat-nation, de vivre en démocratie et de permettre le bien-être des populations.

Le tribalisme est défini comme une organisation politique dont le fondement essentiel est de privilégier l’appartenance à un groupe social, à une origine ethnique dans la prise de décision.

 

Selon vous, qu’est-ce qui fait le lit de la corruption généralisée dans la société congolaise ? 

Le sentiment de ne pas agir pour soi mais pour l’intérêt de sa région, de son ethnie. Cette démarche vise à amoindrir sa faute, à se dédouaner. C’est le tribalisme passif qui est brandit en alibi.

 

Selon vous à qui attribuer les 2000 morts et 50 000 personnes déplacées suite à la guerre civile de 1993 qui opposaient des milices selon leurs origines ? 

Le tribalisme décomplexé s’invite dans toutes les décisions politiques car la géopolitique congolaise peut se résumer en un seul mot : le tribalisme.

 

Selon vous, pourquoi la société du mérite est à l’agonie ? Pourquoi les meilleurs ne semblent pas être pris à leur juste valeur ? Pourquoi le niveau du système éducatif et des performances de la fonction publique sont au plus bas ? 

Avec entêtement, je vous réponds : le tribalisme. Qui ignore le nombre pléthorique d’emplois fictifs qui anéanti ce qui reste de notre fonction publique ? 

 

Les promotions se font en fonction de son origine ethnique, les emplois fictifs également se plient à la loi implacable de l’ethnie.

Je l’admets volontiers, mes réponses paraissent peut-être être des raccourcis, mais aucune analyse approfondie ne peut écarter le poids du tribalisme dans nos sociétés. Il en va du bon sens et de l’honnêteté intellectuelle.

 

La question du tribalisme renvoie à l’échec de l’Etat-nation.

La définition de l’Etat-nation par l’Unesco est la suivante : « un domaine dans lequel les frontières culturelles se confondent aux frontières politiques. L’idéal pour l’Etat-nation est que l’Etat incorpore les personnes d’un même socle ethnique et culturel. »

Dans l’ancien empire colonial français, les pays nouvellement indépendants ont voulu instaurer l’Etat-nation comme en France.

 

Ce mimétisme est habituellement utilisé dans notre organisation sociale et politique.

Cependant, nos réalités et nos organisations sociales étaient bien différentes si nous nous référons à la période précoloniale.

 

En France l’Etat à préexister à la nation et au terme d’un processus, l’Etat-nation est né grâce à certaines orientations comme l’imposition d’une langue officielle, l’instauration du service national et le sentiment d’appartenance de chaque citoyen à un cadre et un territoire commun.

Après plus de soixante ans d’indépendance et donc de tâtonnement, doit-on persister dans cette tentative ?

 

L’ORIGINE DU HYATUS

La première chose à relever est que L’Afrique subsaharienne à l’heure des indépendances a continué à calquer son organisation sociale sur celle de l’Europe. Le Congo a continué a copier la France.

Néanmoins, l’organisation politique de la France est le fruit d’un très long processus qui a commencé au 18ème siècle.

 

Rien ne dit que les sociétés africaines auraient naturellement évoluées vers l’état nation. D’autant plus que dans le cas du Congo, au-delà des trois grands royaumes transfrontaliers connus à ce jour, le pays était organisé en de nombreuses chefferies qui partageaient le même territoire souvent sans heurts.

 

La France, après la révolution est devenue l’archétype de l’Etat-nation malgré ses origines ethniques sociales et religieuses plus anciennes.

Cette construction politique et sociale est une vraie gageur quand on sait que la France de l’époque était le pays avec la plus grande diversité linguistique en Europe.

 

Mais le Congo ne peut pas nier ses réalités sous le prétexte d’une certaine paresse à écrire son histoire.

D’autant plus que pendant la colonisation, la France a essayé de gommer aux maximum la diversité des identités culturelles et linguistiques des peuples.

Ce rabotage identitaire devait se faire par la force et ne devait pas naitre de l’interaction avec des français.

 

En effet, en Afrique subsaharienne il s’agit de Colonie d’exploitation et non des colonies de peuplement.

Le plus important, le but ultime était de créer un cadre homogène pour permettre de maximiser la productivité des populations. Le but n’a jamais été de s’établir définitivement.

 

Il aurait fallu penser les choses en termes de processus.

En France, l’Etat (la politique et l’armée) a précédé la nation. L’état a créé la nation en imposant une culture et une structure sociale.

 

Au Congo, comme c’est logiquement le cas, l’ethnie a préexisté à l’Etat.

Après un processus d’unification sur le temps, l’ethnie aurait pu créer l’Etat.

 

Hélas nous n’y sommes pas.

On a voulu greffer au Congo l’Etat-nation avec un tribalisme qui ne nous quitte pas, nous sommes dans les limbes de la construction d’un système politique qui pourrait profiter aux populations.

Que proposez à notre pays ?

 

LE FEDERALISME COMME PISTE

Tout semble à croire qu’un état fédéral serait le plus adapté à notre pays le Congo. Un état décentralisé.

Un fédéralisme dont il faut organiser les contours pour libérer les énergies.

 

C’est un système politique dans lequel l’Etat reconnait la diversité des groupes le constituant en leur donnant autonomie et pouvoir.

Le centralisme nourrit par effet pervers le tribalisme.

 

Nous ne prêchons pas ici pour le séparatisme mais après soixante il faut désormais plus de dynamisme au niveau des régions, départements et communes.

La décentralisation serait une étape intermédiaire pour arriver à un ce fédéralisme qui peut soigner la société et l’Etat.

 

Le Congo peut vivre sa diversité dans l’unité sans que Mboshi, Kongo, Bembé, Tékés se regardent en chien de faïence pour une prise de décision économique ou politique.

 

Certains modèles comme le modèle Suisse peuvent être intéressants à observer. En effet certains auraient tendance à associer le fédéralisme aux grands territoires et fortes populations comme l’Inde ou encore le Nigéria plus près de nous. La Suisse avec ses 9 millions d’habitants et sa superficie de 41 285 km2, 8 fois moins que le Congo, nous prouve que c’est une idée reçue.

 

Pour un bref rappel historique, en 1798 la France a introduit le centralisme avec la république helvétique après une conquête de Napoléon. Cependant face aux problèmes d’instabilités politiques, La France va reconstituer le fédéralisme au début du 19ème siècle avec une réorganisation des Cantons.

 

Pour synthétiser, l’état fédéral Suisse, s’organise comme ci-dessous :

La commune accorde citoyenneté, perçoit l’impôt ou construit en toute autonomie les écoles.

 

Le canton détermine le montant de l’impôt, dispose de sa police, de ses propres hôpitaux et de son propre système scolaire

La confédération est responsable de la défense du pays et de la politique extérieure et perçoit l’impôt direct.

 

Pour en revenir au Congo, de la même manière, l’autonomie des communes et départements éviteraient la confiscation du pouvoir par une ethnie. Cette approche vise aussi à réduire les risques de conservatisme du pouvoir. Nos présidents deviennent otages de leur ethnie et restent parfois au pouvoir plus pour l’intérêt de l’ethnie que pour appliquer un nouveau projet de société.

 

Le fédéralisme en ce sens marquerait le début de la fin du tribalisme. Il y aurait également un effet d’émulation induit par cette mesure qui emmènera les régions à redoubler d’effort et de créativité au profit des populations. Le fédéralisme permet aussi de donner un poids plus important aux citoyens, à la société civile, qui doivent être consultés le plus possible. 

 

Un système de démocratie directe pour que la société civile devienne le poumon de l’organisation sociale.

 

RISQUES À ÉVITER ET PIÈGES À DÉJOUER 

La qualité d’une réforme politique dépend de la rigueur de sa mise en place. Le fédéralisme doit être pensé avec une réelle volonté de coller aux réalités congolaises. Ce sur quoi il faudra travailler c’est la pondération pour compenser les différences des performances économiques des régions. Les différences qui naitraient du fait que le sol du Niari ne présente pas la même richesse que celui de la Lékoumou par exemple ou que le capital humain d’une région à une autre soit inégal.

C’est la question de la péréquation financière.

 

Autre chose à prendre en compte est que certains modèles de fédéralismes sont pervertis. C’est le cas du Nigéria.

En effet, l’état fédéral crée en 1954 n’est pas une grande réussite.

 

Le peuple nigérian en appelle à une « vraie fédération ».

Au départ l’Etat fédéral avait été créé entre 3 régions qui reflétaient les principaux groupes ethniques, culturelles, économiques et politiques.

Ce sont les Hausa-Fulanis, les Yorubas et les Igbos. Chacun dominant respectivement le Nord, l’Ouest et l’Est du pays.

Mais l’échec ne vient pas du fédéralisme. Il vient d’une déviance suite au coup d’Etat militaire de 66 et de la longue guerre civile qui s’en suivit.

 

Cet évènement entraina une sur centralisation du pouvoir par l’armée.

Au final bien que l’Etat nigérian demeura fédéral chaque état ne bénéficiait pas de l’autonomie effective qui est l’acabit de ce système politique.

 

Voilà ce à quoi s’expose un fédéralisme qui serait mal appliqué.

Il faut se prémunir de toute précipitation.

Au Congo nous pourrions commencer par penser à une « vraie décentralisation ». Mener une vraie réflexion sur la répartition du pouvoir entre départements et communes.

Il s’agit d’intégrer l’esprit du fédéralisme et faire naitre un fédéralisme congolais. 

L’un des premiers pas serait de multiplier le nombre de communes de plein exercice. C’est-à-dire ne plus nommer mais utiliser le suffrage universel comme seul arbitre de l’échiquier politique.

Seule la légitimité acquise par les urnes permet de réformer efficacement un pays.

 

Par Marien Fauney Ngombé

 

 

 

 

 

 

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