Cameroun : Une dictature sous cloche.

Le président Paul Buya

Ces dernières semaines, le monde entier a vu deux armées et deux populations civiles se débarrasser pacifiquement de dirigeants dont elles ne voulaient plus : Abdelaziz Bouteflika (Algérie) puis Omar al-Bashir (Soudan). Mieux que le prétendu Printemps arabe, qui avait commencé en Tunisie, avant d’atteindre l’Egypte et la Libye, il s’est agi cette fois-ci de soulèvements endogènes. Les populations ont exprimé leur ras-le-bol, et l’armée les a aidées à renverser des dirigeants qui avaient fini par croire qu’ils avaient fusionné avec leurs fauteuils présidentiels. Aucun des deux présidents déchus n’a pourtant battu le record de longévité de Paul Biya.

Devenu président de la République le 6 novembre 1982, suite à la démission de son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, le locataire du palais présidentiel d’Etoudi a trouvé la force et le courage, au bout de trente six ans de présidence, de solliciter la prolongation de son contrat de bail de sept années supplémentaires. La rigueur et la moralisation, dont l’ancien séminariste avait fait les piliers de sa politique, n’ont jamais été les valeurs les plus partagées par Paul Biya et les personnes avec lesquelles il a précipité le Cameroun dans un puits de déchéance sans fonds.

Dans certaines cultures africaines, le chef qui avait échoué à protéger son peuple de certains malheurs et dans la gestion du bien public se suicidait. Si le président de la République avait le courage et la lucidité de prendre sa part de responsabilité dans cette faillite retentissante, je pourrais, comme des millions de Camerounais.e.s, y voir des traces d’une sagesse et d’une dignité que son âge plus qu’avancé ne semblent pas lui inspirer. En lieu et place, il a choisi de se délester de personnes qui l’ont loyalement servi, plus qu’ils ne servaient les administré.e.s. Dans une telle verticalité du pouvoir, c’est le président Biya qui est condamné chaque fois que le Tribunal Criminel Spécial (TCS) rend un jugement concernant un.e ancien.ne ministre ou responsable de société (para-) publique.

Sans vouloir me réfugier dans le souvenir d’un passé que les moins de quarante ans n’ont pas connu et qui était forcément plus sucré que leur présent, je voudrais évoquer mon enfance au Cameroun. J’ai été élevé dans les quartiers populaires de Douala. Mes parents et notre voisinage n’étaient pas matériellement riches. Ma mère est une femme au foyer. Mon père était mécanicien automobile dans une entreprise qui a eu le monopole du marché du ciment au Cameroun pendant des décennies. Il a perdu sa vie dans une agression sauvage, alors qu’il se rendait à son travail. Notre famille n’a jamais été indemnisée par rapport à cet accident du travail. Mon grand-frère, ma petite-soeur et moi, avons grandi dans cet environnement. Sur la foi de cette expérience personnelle, je n’aurais aucune légitimité à prétendre que c’était mieux avant.

Pourtant, en comparaison avec le Cameroun d’aujourd’hui, je n’ai aucune hésitation à considérer que les valeurs dans lesquelles nous (ma génération et moi) avons baigné avant, nous ont préservés de certaines dérives qui s’y généralisent et deviennent presque des normes. A commencer par l’individualisme pathologique. Le fameux « fighting spirit », qui rendait irrésistibles les équipes camerounaises de football, a cédé la place à des logiques solitaires qui tirent collectivement les Camerounais.e.s vers le bas. Par ailleurs, mes compatriotes ne cherchent plus à réussir ensemble. L’échec des voisin.e.s qui semblaient réussir mieux qu’eux, leur suffit. Avec une telle mentalité, nous avons réussi à humilier toutes les personnes qui portaient un bout de la fierté camerounaise à l’étranger. De Lapiro de Mbanga à Samuel Eto’o Fils en passant par Longuè Longuè ou encore Prince Ndedi Eyango, tous y sont passés. Dans un pays où la rigueur et la moralisation sont la boussole du chef de l’Etat, cela n’aurait jamais dû se produire. De ce point de vue, le président Biya est une parenthèse dans l’histoire politique du Cameroun. Elle a été ouverte par Ahmadou Ahidjo.

Pour des raisons qui m’échappent, le peuple met trop de temps à la refermer. Ce qui m’inquiète encore plus, dans la situation actuelle du Cameroun, c’est que le peuple et l’armée semblent avoir placé le pouvoir du président Paul Biya sous cloche. Encore plus absurde : ce peuple et cette armée ont laissé un leader politique – Maurice Kamto – ses alliés et leurs militants (plus de 200 personnes), qui avaient organisé une manifestation politique pacifique, dûment déclarée auprès des autorités compétentes, être arrêtés et traduits devant un tribunal militaire. Dans aucun état de droit normal, une telle violation massive des droits n’aurait manqué de soulever un vent de protestation tout aussi massive. En Algérie et au Soudan, la population et l’armée n’ont pas chassé leurs dirigeants indésirables, parce qu’ils ne les aimaient plus. Ils l’ont fait pour des raisons politiques objectives. Ils ne méritaient plus leur confiance. Tant et si bien qu’ils les ont renversés en prenant le risque de ne pas leur trouver un.e remplaçant.e dans l’immédiat.

Au Cameroun, nous avons fait le choix de mettre un président, dont les échecs parlent plus fort que les réussites, sous cloche. Cette attitude ne grandit ni l’armée, ni le peuple camerounais. Et encore moins ses intellectuels. La saison de chasse des dirigeants obsolètes est ouverte partout, sauf au Cameroun. Décidément : le Cameroun, c’est le Cameroun.

Louis Magloire Keumayou

Videos

Analyses et Opinions

Guillaume Soro, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. AFP

Côte d’Ivoire recherche désespérément leader politique.

La Côte d’Ivoire a eu soixante ans ce 7 août 2020. A cette occasion, son président lui a offert un cadeau d’anniversaire de très mauvais goût. Alassane Dramane Ouattara est revenu sur sa promesse de ne pas briguer un troisième mandat. C’est ce que lui aurait demandé avec insistance une majorité de sa famille politique. Il a cédé à la tentation du combat de trop. Soit par suivisme, soit par égoïsme, ou alors sous l’effet conjugué des deux.
Kader Diarrassouba, Jeune ivoirien, exilé en France depuis 6 mois, membre Générations et Peuples Solidaires ( GPS )

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République de France, par Kader Diarrassouba

Monsieur le Président, votre élection à la tête de la république française le 7 mai 2017 a sonné pour bien de jeunes africains comme un nouvel espoir, l’espoir qui diminue la peine de toutes les politiques antérieures de la Françafrique. Politique néo-coloniale décrite par François-Xavier Verschave comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement.
Rex Kazadi, secrétaire général de Ba patriotes ya Kongo (BPK)

RDC: Rex Kazadi demande à la ville de Kinshasa de déboulonner le statue de Leopold II

Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, ancienne colonie Belge va-t-elle enboiter le pas d'Anvers et déboulonner la statue du roi Leopold II ? C'est en tout cas le souhaite de Rex Kazadi, secrétaire général de Ba patriotes ya Kongo (
Aimé Gata-Kambudi, Juriste spécialisé en Droit Public Approfondi

La gestion de la crise institutionnelle au Kongo central est-elle la preuve  d'un Etat de droit à géométrie variable ?

Une analyse chronologique et démonstrative de la crise qui tend à l’ingouvernabilité de la province, par Aimé Gata-Kambudi.
Royal Maroc

La Compagnie Royal Air Maroc va-t-elle prioriser le rapatriement des citoyens marocains & Africains ?

Sa Majesté le Roi du Maroc considère à juste titre que la vie des marocains a plus de valeur  que les intérêts économiques du pays, il conviendrait d’espérer que la compagnie nationale Royal Air Maroc en fasse de même quand les vols internationaux seront à nouveau ouverts à sa clientèle.
©J.M. Giordano / SOPA Imag/SIPA;

Le racisme : une plaie congénitale des USA

Toute société construite sur les fondements de l'exclusion d'une partie de la population est productrice de violence sous diverses formes, et son existence demeure gangrenée par des convulsions sociales permanentes.
Capture d'écran de la vidéo de l'arrestation qui a conduit au meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis

Noirs tués par des policiers blancs aux États-Unis. Tout est avant tout question de rapport de force

Une autre vidéo d’un policier blanc américain tuant un Noir comme si de rien n’était. Une de plus diront certains. Eh oui une de plus ! Et comme d’habitude, ça va marcher, manifester et crier leur colère, sans plus. C’est à ce genre de spectacle que les Noirs américains nous ont habitués à chaque fois qu’un des leurs est tué par un policier blanc.