Ali Bongo intensifie son action diplomatique en Afrique Centrale

Ali Bongo Ondimba, le président gabonais, en visite officielle au Burundi, passant les troupes en revue avec son homologue Christian Nkurunziza le 13 avril 2018 à Bujumbura. © DR – DCP Burundi

Ali Bongo Ondimba était en fin de semaine dernière en visite officielle au Burundi. Le chef de l’Etat gabonais, qui est également le président en exercice de la CEEAC, s’est montré ces derniers mois très actif sur le plan diplomatique, notamment en Afrique Centrale. Voici pourquoi.

Les 13 et 14 avril dernier, Ali Bongo s’est rendu en visite officielle à Bujumbura, la capitale du Burundi, où il s’est entretenu avec son homologue Christian Nkurunziza, dont le régime est isolé sur le plan diplomatique en raison de la situation politique intérieure. « L’occasion pour les deux chefs d’Etat de revisiter la relation bilatérale entre le Gabon et le Burundi », selon le compte Twitter de la présidence gabonaise.

Si, sur les réseaux sociaux, ce déplacement a été critiqué par une partie de l’opposition, de telles initiatives « sont très utiles sur le plan diplomatique car ils permettent d’aborder en privé les sujets qui fâchent. Or, Ali Bongo est conscient que la situation doit évoluer à Bujumbura. Et il est l’un des mieux placés pour en discuter avec Pierre Nkurunziza afin d’obtenir une évolution positive de la situation », explique un diplomate occidental qui connait parfaitement la situation dans l’Afrique des Grands Lacs.

Selon la présidence gabonaise, ce déplacement à Bujumbura s’inscrivait dans le cadre d’une tournée africaine. Il faut dire que depuis le début de l’année, Ali Bongo Ondimba s’est montré particulièrement actif. « Il l’est déjà beaucoup sur la scène internationale, notamment sur le dossier du réchauffement climatique, sur la scène continentale mais surtout sur la scène sous-régionale », analyse un professeur en science politique de l’Université Omar Bongo. Depuis février, le président gabonais s’est rendu dans une dizaine de pays d’Afrique Centrale.

Pourquoi un tel activisme ? D’abord, sur le plan sécuritaire, les sujets épineux à traiter en Afrique Centrale ne manquent pas, qu’il s’agisse de la crise en RDC, en Centrafrique (le Gabon est le contingent le plus important de la Minurca) ou de la situation au Burundi.

Ensuite, sur un plan économique, l’Afrique Centrale est à la traîne en matière d’intégration régionale par rapport à d’autres zones (EAC, SADC, CEDEAO, etc.) et Ali Bongo fait partie de ceux qui veulent y remédier. « Il a la conviction que son pays se développera d’autant plus que la croissance sera au rendez-vous dans la région », indique un chef d’entreprise français très présent en Afrique Centrale.

Enfin, il y a aujourd’hui clairement une place à prendre en termes de leadership dans la sous-région. « Si on met de côté les dirigeants historiques qui prennent de l’âge (Denis Sassou Nguesso, Teodoro Obiang Nguema, Paul Biya), les dirigeants mal perçus par la communauté internationale (Joseph Kabila, Pierre Nkurunziza), ceux qui sont affaiblis par la situation intérieure dans leur pays (Faustin-Archange Touadéra) ou qui sont arrivés récemment au pouvoir et qui sont en phase de prise de marque (Joao Lourenço), il ne reste que très peu d’options pour incarner le leadership politique en Afrique Centrale », explique un professeur de l’Université de Yaoundé au Cameroun. « Du coup, pour beaucoup, le mieux placé, pour ne pas dire le seul ou presque, c’est Ali Bongo Ondimba, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas », ajoute-t-il. D’autant qu’à l’extérieur du continent, le chef de l’Etat gabonais est perçu comme un partenaire fiable, sur les dossiers environnementaux (Accord de Paris, Alliance solaire internationale) comme sécuritaires (Centrafrique, etc). « Le fait qu’il est était nommé par ses pairs président du CAHOSCC ou qu’il soit autant sollicité en tant que président de la CEEAC n’est sans doute pas totalement du au hasard », suggère un diplomate à Bruxelles.

Ali Bongo Ondimba, en tout cas, n’entend pas baisser le rythme. Dès le 25 avril prochain, le président gabonais est attendu à Brazzaville pour le Sommet des Chefs d’Etat de la commission climat et fonds Bleu pour le Bassin du Congo.

Article de Hervé Mpiga